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filles ; elles prennent contact par là avec la vie saine et simple du paysan qu’elles ne connaissent pas. Ce sera peut-
être pour quelques-unes le point de départ de réflexions
susceptibles de les détourmer du mirage des villes où ie ont déjà connu tant de misères et de souffrances.
Sous-section IV. — L'éduentonel lieu
La loi de 1850 prévoyait pour les pupilles une éducation à la fois morale, religieuse et professionnelle. Lie règlement du 15 février 1930 prévoit dans ses articles 22 et 44 des cours d'instruction religieuse. La nuance est sensible.
A la suite de la promulgation de la loi de 1905, le Ministre de l'Intérieur avait été amené à décider que l’éducation religieuse ne serait pas donnée, en principe, dans Îles établissements publics aux jeunes gens internés des deux sexes. L'autorisation de suivre les cours de cathéchisme ou d’assister aux offices religieux serait accordée :
1° sur la demande des parents avec le consentement des enfants ;
2° sur la + AE des enfants, s’il n° y avait pas de parents où s’ils étaient déchus. Dans tous les cas, l'avis de la pupille était prépondérant. Cette prescription ministérielle est encore en vigueur.
Laisser à l’enfant lle choix d’un enseignement religieux nous semble faire un crédit exagéré à son esprit de décision : si son libre arbitre s’exerçait de même à l’égard des autres enseignements, soit professionnel, soit intellectuel, les réponses négatises ne feraient aucun doute.
Il n’entre pas dans notre pensée de critiquer les décisions de l'Administration, cependant, même en envisageant les
choses du point de vue exclusivement juridique, nous som-
mes amenés à conclure que la mesure inspirée par lPinter-
prétation de la loi de 1905 est contestable.
Que dit en effet la loi du 5 août 1850 dans son article 17? « Les mineurs reçoivent soit pendant leur détention
préventive, soit pendant leur séjour dans les établissements pénitentiaires une éducation morale, religieuse et professionnelle ». Le mot éducation serait incompatible avec la loi de 1905. Dans son article 44, celle-ci porte abrogation d’un certain nombre de lois, où nous ne relevons pas la loi de 1850. Cette énumération n’est, il est vrai, qu’indicative et précédée de cette formule « sont et demeurent abrogées toutes les dispositions relatives à l’organisation publique de cultes antérieurement reconnus par l'Etat, ainsi que toutes les dispositions contraires à cette présente loi... »
‘ Il est incontestable que la loi de 1850 n’est pas relative « à l’organisation de cultes reconnus » qu’elle ne contient pas davantage de dispositions contraires à la nouvelle loi » Bien mieux, l’article 2 de la loi de 1905 pourrait justifier le maintien d’une éducation religieuse puisqu'il prévoit des crédits budgétaires pour services d’aumônerie dans certains établissements publics.
Nous croyons donc qu'aucun motif légal ne pourrait s’opposer au maintien en vigueur de l’article 1°’ de la loi de 1850, dans son intégralité. Evidemment, une telle disposition est contraire à la législation française actuelle. Mais nous avons cru nécessaire (de signaler le désaccord qui existe entre une loi toujours en vigueur et des règlements d'administration publique.
Aujourd’hui, l'établissement de Cadillac assure non pas une « éducation » mais l’exercice d’un culte. La grosse majorité des pupilles répondent affirmativement à la question posée sur l'assistance aux exercices religieux. Aucun prosélytisme n’est exercé, c’est une question de conviction intime dont on ne saurait méconnaître le caractère essentiellement personnel et délicat, sans porter atteinte à la liberté de conscience. Il est vrai que la plupart des pupilles ne s’embarrassent pas de tels scrupules de conscience et beaucoup suivent les exercices du culte à titre de distraction ; les chants religieux et la musique sont un agréable dérivatif à la vie quotidienne.
HN Niue
Cependant, l’instruction religieuse vient s'ajouter très heureusement pour certaines, à l’instruction morale reçue par ailleurs. En dehors de l’étude du dogme, l’enseignement religieux comporte l'exercice de vertus qui ne peuvent qu'influencer très heureusement le relèvement de ces jeunes filles. L’une d’entre elles a même atteint les sommets dans cette voie puisqu'elle a changé, voici quelques années, son habit de bure de détenue contre l’habit ‘de bure de la religieuse. Nous avons pu voir, en bonne place, sa photographie dans le parloir.
Sous-section V. — L'éducation morale.
C’est le point le plus important de notre étude de l’œuvre de rééducation puisque le plus décisif dans ses résultats. II n’est pas dans l’'Œuvre de relèvement des jeunes délinquantes de question plus complexe que celle de leur éducation morale. La matière est extrêmement ingrate. N’oublions pas que Cadillac est, dans l’échelle des maisons que nous. avons successivement étudiées, placée au dernier échelon ; il y a là, venues de la France entière, les plus perverties des justiciables des tribunaux pour enfants, les pupilles indisciplinées de l’Assistance publique et des enfants renvoyées de sociétés de patronage ; ce sont de pauvres filles vicieuses, amorales et pour la plupart héréditairement tarées. À l’âge de dix-huit ans beaucoup ont déjà pratiqué les vices les plus abjects, sont abruties par l'alcool ou les stupéfiants, et souvent, rongées par la maladie.
Leur éducation morale ne se fera pas seulement par des causeries à caractère officiel, à jours et à heures fixes, mais. par l’action persévérante et de tous les instants des maïtresses et du Directeur.
Il faut arriver à rendre souples et dociles ces esprits et ces corps instinctivement rebelles. Pour cela une surveillance très serrée est indispensable. La plupart des pupilles
sont aux prises, physiologiquement parlant, avec un tempérament ardent et passionné. Elles se trouvent, du fait de leur internement, contraintes à une continence absolue qui s'accorde mal avec leurs habitudes antérieures et les exigences d’un système nerveux sunmené et irrité: Le besoin d’affection, le besoin surtout de s'attacher à quelqu’un, à quelque chose, se fait impérieusement sentir. Beaucoup de pupilles sont alors portées à l'homosexualité et rechercheraïent leurs compagnes. C’est de ce côté-là, peut-être, que la lutte est la plus sévèrement organisée ; il s’agit d'éviter l'échange de correspondances clandestines, de prévenir les caresses furtives au cours des mouvements, de rendre impossibles les rencontres ou les isolements, d'empêcher enfin toute liaison douteuse.
Les mesures prises consistent dans la suppression des allées et venues sans motif et dans la vigilance du personnel ; en ce qui concerne les rencontres nocturnes, les chambrettes individuelles et des rondes fréquentes donnent toutes garanties.
Si la sous-directrice soupçonne une liaison, immédiatement les pupilles sont séparées en classe, au dortoir, au réfectoire. Bien mieux, l’établissement a deux cours de récréation isolées l’une de l’autre pour permettre une séparation complète du couple.
En cas de flagrant délit, la sanction suit immédiatement : mise en cellule ou envoi au quartier disciplinaire de Clermont.
Certaines, que l’on sent exaltées, font l’objet d’une surveillance particulière. Suivant l'expression même du Directeur : « On brise le corps pour briser les nerfs ». Elles sont chargées des travaux fatigants : bois à scier, à monter ; culture du jardin, etc., de telle sorte que, le soir, le corps n’aspire plus qu’au repos.
Pour chasser les idées perverses, on s’efforce d’orienter leur imagination vers le but le plus noble : le foyer familial. Toutes les instructions sont dirigées dans ce sens, et on
Jeur répète sans cesse que le but à atteindre est de faire de bonnes ménagères, sachant tenir économiquement, pratiquement un intérieur, élever sainement un enfant. On leur cite les exemples nombreux de celles qui les ont précédées, qui ont édifié un foyer et qui sont heureuses dans leur honnêteté.
Ces exhortations sont faites par les monitrices, les institutrices, la sous-directrice surtout, à chaque moment du jour et tout événement même le plus léger est un prétexte à moraliser. Cette morale ne prendra pas un tour trop austère, on s’efforcera de créer autour d’elle une atmosphère familiale.
On usera pour cela de petits moyens délicats qui font mieux apprécier le geste accompli. Ainsi, avant la circulaire du 31 octobre 1934, les photographies de famille étaient interdites ; elles étaient conservées chez la sous-directrice qui les montrait à titre de récompense. La circulaïre parue, on ne procéda pas à une remise totale et générale. Le geste parut venir des autorités seules et être provoqué par la bonne tenue des pupilles, peu à peu toutes les photographies furent distribuées comme récompenses et... on oublia de les retirer. Sin
Les visites sont en général peu nombreuses, elles ont lieu les dimanches et jours de fêtes en dehors des exercices de ja journée, une monitrice est toujours présente. Les parents peuvent être admis à visiter l’établissement et spécialement le quartier ou l'atelier de leur enfant. Ces visites ne sont pas, à part de très rares exceptions, d'excellents moyens de remoralisation. Mais elles sont nécessaires pour prouver à l'enfant qu’elle n’est pas en prison, mais dans une sorte de pension obligatoire.
La correspondance est au contraire un moyen beaucoup plus efficace. Il est touchant de voir les lettres, parfois pleines de conseils et d'encouragements, écrites par certains parents. Primitivement, les pupilles ne pouvaient écrire
que- tous les mois, la circulaire du 31 octobre 1934, ést venue notablement élargir cette prescription :
« J’estime, dit le Garde des Sceaux, qu’il y a intérêt à ce que les pupilles correspondent le plus souvent possible avec leurs proches ou leurs protecteurs recommanidables et je vous invite à autoriser toutes celles qui le désirent à écrire aux leurs chaque semaine. »
La même circulaire supprimait le papier à lobe en usage, papier réglementaire qui portait en tête, indépendamment d’un emplacement réservé aux notes sur la santé, la conduite, le travail et l’instruction de l’intéressée, l’indication de la maison d'éducation surveillée, et en marge, d’assez longues recommandations à l'adresse tant de la pupille que du destinataire de ses lettres. à
La circulaire ajoutait : « Le texte de ces recommandations et ces instructions est sage, mais tel qu’il est reproduït, il laisse à la lettre envoyée l'allure d’une lettre de détenu. Les pupilles ne sont pas des détenues. Je vous prie en conséquence, de vouloir bien prendre les mesures nécessaires pour que les lettres des pupilles soient écrites sur du papier blanc ou de couleur, portant simplement comme entête le lieu de l’expédition et l'adresse pour répondre, sans autre inscription.
» I faut que ceux qui écrivent le fassent sans gêne et il faut que ceux qui reçoivent la lettre puissent la lire et la faire voir sans confusion. » l
Il est cependant un point qui a échappé à la vigilance de l'administration : Il suffit que de mauvais parents, et c’est ici trop souvent le cas, indiquent sur le papillon réservé aux adresses, celle d’un petit ami ou d’une compagne douteuse pour qu’une correspondance pernicieuse vienne à s'établir. En dépit des précautions prises (les lettres sont toutes lues) le tour sera joué : la correspondance, élément de rééducation, risque alors d'entretenir un foyer de corruption. |
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