SECTION VII. —— LA DISCIPLINE
Elle est assurée par l’usage de récompenses et de punitions. Toutes les mesures de rééducation intellectuelle, morale ou professionnelle doivent être observées rigoureusement et l’inobservation comme l'exécution doivent être sanctionnées.
Les punitions sont très strictement réglementées. Elles ne sont pas à la disposition du personnel qui peut simplement les proposer au directeur. Celui-ci décidera sans appel. Il. est interdit au personnel de se porter à des actes de brutalité sur des pupilles et d’user à leur égard, soit de termes injurieux, soit d’un langage grossier ou familier (Réglement du 7 juin 1928).
Les punitions ordinaires consisteront dans la réprimande. par le directeur, dans la radiation du tableau d’honneur, la perte des emplois de confiance (infirmerie, cuisine). On infligera des corvées supplémentaires.
Les punitions plus sévères sont le pain sec ordinaire et le pain sec de rigueur qui se subissent aïnsi : |
Pain sec : L'enfant reçoit ila soupe le matin, pain sec à midi, une portion le soir.
Pain sec de rigueur : L'enfant reçoit la soupe le matin, pain sec à midi, la soupe le soir, ou soupe le matin, pain sec à midi et le soir.
La punition de cellule est subie dans une pièce assez, vaste, suffisamment salubre, éclairée par un vasistas. La pupülle n’est pas laissée seule et doit recevoir obligatoirement la visite du directeur, du surveillant qui a provoqué la punition, et, deux fois par semaine, celle du médecin.
Mais la punition la plus redoutée est l'obligation de passer la nuit dans ‘une immense salle qui fait suite à la chapelle, et où sont entassés des meubles brisées et autres vieil- : leries inutilisées qu’il faut conserver pour linventaire. Dans cette grande pièce, en effet, la peur s’ajoute pour l’enfant à l’impression provoquée par son isolement,
Au terme de la liste des punitions figure l’envoi au quartier correctionnel de Clermont. La déclaration d’insubordination qui entraîne ce transfert est rendue par le Conseil de surveillance sur proposition du directeur.
Les récompenses doivent être distribuées largement et équitablement pour montrer à lenfant que des sentiments justes animent ses maîtres et que ses efforts sont pris en considération. D’ailleurs, la sous-direction tient à la disposition des pupilles un cahier public où celles-ci peuvent noter leurs désirs ou leurs réclamations. Nous l’avons eu en mains et nous avons pu remarquer qu’une annotation du directeur suivait régulièrement l'expression du désir de Penfant. On avait tenu compte soit de ses aspirations, soit de ses réclamations. Nous distinguerons parmi Îles pupille en cours de peine, le pécule, la mise en liberté provisoire, le placement.
Les récompenses ordinaires sont les suivantes :
1° L'inscription au tableau d'honneur réservée aux pupilles qui dans le courant du trimestre n’ont fait l’objet d’aucune sanction disciplinaire. Le tableau d'honneur est affiché dans Île parloir et constamment tenu à jour. Cette inscription donne droit au port d’un insigne distinctif, et les emplois de confiance sont réservés aux pupilles qui en sont porteurs. Lorsque la bonne conduite a duré un semestre, la pupille reçoit un témoignage de satisfaction qui est donné en public par le directeur.
2° Pour sanctionner la bonne tenue de chaque jour, des bons points sont alloués aux pupilles. Une circulaire du 7 juin 1928 prévoit les modalités de leur attribution. Chaque pupille reçoit quotidiennement trois notes : note de conduite, note de travail, note d’école. Le total de ces notes quotidiennes détermine lattribution de bons points pour chaque spécialité.
La sous-directrice possède dans son bureau un placard contenant de menus objets qui permettent à ces jeunes filles quelque coquetterie : savons parfumés, peignes, mou-
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choirs de poche, etc. Les bons points sont utilisés pour Vachat de ces objets, ou encore pour l’achat de vivres supplémentaires, de revues, etc. RARE
3° Nous devons enfin signaler une institution spéciale à Cadillac, que des pupilles ont appelée « le club des méritantes », qui se tient tous les dimanches ‘après-midi dans une salle gaiement décorée située au-dessus de la salle de cours ménagers. di
Seules les pupilles qui ont eu une bonne conduite dans la semaine y sont admises : une vingtaine environ. Elles mettent par-dessus leur. costume d’uniforme un tablier
brodé à leur fantaisie, servent [le thé, écoutent la musique,
dansent entre elles. Le directeur et la sous-directrice assistent à ces petites. fêtes hebdomadaires qui sont évidemment très goûtées de la jeune population.
Après les récompenses ordinaires vient le pécule qui, s’il ne procure pas des satisfactions immédiates, est néanmoins fort intéressant.
Chaque pupille touche, par journée de travail, O0 fr. 50 la première année et 0 fr. 75 les années suivantes. Elle possède un livret de caisse d'épargne à son nom dont elle disposera à sa sortie. À ces sommes modiques, il faut ajouter les sommes beaucoup plus élevées que la pupille a pu gagner au Cours de son séjour à Cadillac, soit dans latelier en entreprises concédées, soit en vendanges. L’avoir de ces enfants peut devenir important, il variera évidemment avec la durée du séjour de la pupille.
Voici, à titre d'exemples, un tableau des avoirs :
Supérieurs à Supérieurs à De 1.000 à De 700 à De 500 à 2.200 fr. 1.500 fr. 1.500 fr. 1.000 fr. 700 fr. L Il 3 7 17 De 300 à De 100 à Au-dessous de 500 fr. 300 fr. 100 fr.
Quelques-unes possèdent donc un véritable petit capital qui pourra à leur sortie faire face aux premières nécessités. Re
Mais la récompense la plus prisée est, on le comprend, le placement familial. Beaucoup de pupilles aspirent à être placées ; elles voient là un grand pas vers la liberté dont parfois, hélas ! elles seront trop tentées d’abuser. Très usité entre 1927 et 1930, le placement a notablement diminué, les résultats me s'étant pas toujours révélés excellents.
Le directeur place lui-même les pupilles chez des personnes éprouvées, connues de lui : dix à douze en moyenne chaque année.
IL dresse leur contrat de louage de service à caractère d'apprentissage professionnel. Le contrat fixe les conditions de nourriture, de couchage ainsi que la somme à remettre à la pupille chaque dimanche.
Le directeur surveille ces placements, fait des visites fréquentes et n’hésite pas à faire réintégrer la pupille qui se conduit mal ou qui se trouve simplement en danger moral.
Ces placements familiaux qui n'étaient prévus qu'après un an de bonne conduite peuvent dorénavant être accordés au bout de neuf mois, le calcul étant effectué à compter. du jour de l’arrestation de l’enfant et non de son entrée à l'Ecole de préservation.
SECTION VIII