‹ L'application du système collectivisteChapitre 14 sur 82 · TOTAUX · texte numérisé non relu

TOTAUX

HoteliVrs, caletiers, logeurs, cabaretiers . MarchaDds eu détail : Alimentation. . . 1 » Ameublement. . .

» Habillement . . .

» Divers ....

Gendarmerie et police . . . Magistrats

Totaux

Nous allons examiner successivement tous ces groupes et évaluer les réductions (jue comporte chacun d'eux :

Hôteliers, cafetiers, logeurs, cabaretiers. — Les débits de boisson se sont scandaleusement développés depuis quelques années. Dans certains départements comme la Seine et le Nord, leur proportion est effrayante, puisque dans diverses villes du Nord il existe un cabai'et pour 14 électeurs. Le besoin de se désaltérer doit pouvoir être satisfait dans toute société ; mais la multiplication des débits crée des besoins factices et contribue beaucoup à étendre Talcoolisme. Chaque débit ne compte en mojenne qu'un petit nombre de clients et le personnel occupé à les servir reste presque toute la journée les bras ballants. Le matin il travaille au nettoyage du local, et la quantité de ce travail serait notablement diminuée si le nombre des locaux était moins grand.

Dans la société future il y aura un nombre beaucoup plus restreint de cafés et cabarets ; chacun deux sera vaste, bien installé, d'un séjour aussi hygiénique que possible ; un nombre bien moindre de garçons et de gérants fera face à toutes les

demandes à la satisfaction du consommateur et on évitera ainsi une énorme déperdition de forces.

Il en sera de même pour les hôtels et maisons garnies. Il est bien certain qu'en réduisant leur nombre dans la proportion de 10 à 1, ce qui est facile, on n'aurait plus besoin que d'un personnel bien restreint.

Il y a dans ce groupe 315.988 patrons et un personnel subalterne de 133.000 employés et ouvriers seulement. Beaucoup d'établissements sont donc exclusivement tenus par les patrons ; ceux-là sont en général de minuscules maisons où l'arrivée d'un client est un événement. Le patron passe ses journées à d'interminables " manilles " et ne fait jamais œuvre de ses dix doigts.

Ce groupe, à pari d'honorables et utiles exceptions, est un groupe parasite et nuisible par excellence. On pourra le réduire des deux tiers au moins et le service n'en marchera que mieux. Soit 299.758 suppressions à effectuer.

Marchands en détail. — Ce groupe important occupe 1 061 .507 personnes dont 496.819 patrons. Pour apprécier les réductions dont il est susceptible, nous nous sommes entouré des renseignements les plus précis et les plus minutieux émanant de personnes d'une compétence absolue. Nous pouvons donc non seulement garantir l'exactitude de notre conclusion, mais affirmer qu'elle est bien au-dessous de la réalité.

Comme on le verra plus loin au chapitre du commerce, les magasins de détail seront remplacés dans l'organisation collectiviste par des magasins généraux, en nombre infiniment plus restreint, les petites communes n'en ayant qu'un et les petites villes trois ou quatre seulement. On va voir les conséquences heureuses de ce changement.

Tout d'abord on remarque le nombre considérabl'e de patrons existant dans la classe de l'alimentation par rapport à celui des employés et ouvriers. Il tient principalement à la quantité des petites épiceries qui se sont créées dans les villes et dans les campagnes. Le chiffre d'affaires de chacune est infime ; elles comptent peu de clients et chacun ne fait quune dépense de quelques sous à chaque achat. Le détail des mar-

chaiidises pai' li\)i) petites quantités ciitraine une perle de temps appréciable. Il est nécessaire dans une société où les gens vivant difficilement Ibrmenl l'immense majorité ; mais il sera supprimé dans la société collectiviste où le large nécessaire sera assuré à tous.

A Paris et dans les grandes villes il existe beaucoup de petits revendeurs de marée, légumes, volailles, etc., qui crient leur marchandise dans les rues. Ces modestes commerçants n'auront plus de raison d'être quand les ménagères pourront aller elles-mêmes, profitant de la gratuité des transports, s'approvisionner au.\ halles et marchés où elles seront toujours mieux servies pour un prix bien intérieur. Un grand nombre de camelots figurent au tableau sous la rubrique « divers » ; ils disi)araîtront également.

Il n'y a pas besoin d'entrer dans de longues considérations pour démontrer que le remplacement de tous les petits magasins d'une localité par un magasin général permettra de réaliser d'énormes économies de personnel :

L'ensemble des petits magasins doit d'abord immobiliser un stock de marchandises plus considérable qu'un magasin général faisant le même chiffre d'affaires, car chacun d'eux doit avoir un assortiment à peu près complet de marchandises de sa spécialité. La manutention de ces marchandises à la réception, au rangement, à la confection des étalages emploie beaucoup de temps ;

Le nettoyage, la mise en ordre de tous les petits magasins sont beaucoup plus longs (jue ne le seraient ceux du magasin général ;

La comptabilité est beaucoup plus compliquée puis(|u"elle comprend le crédit avec ses aléas, les recouvrements, le paiement et l'encaissement des valeurs, et un détail infini de petites ventes qui seront supprimées dans les magasins généraux.

Dans presque tous les petits magasins, patrons et employés restent de longues heures inoccupés à attendre la clientèle, raréfiée parla concurrence.

Le patron se donne aulanl de [)eint> et emploie autant de kMni)s pour faire ses ])elils achats (jue pour en faire de dix

fois plus considérable. Le souci de ses affaires, l'étude des moyens de les étendre et de diminuer ses irais généraux absorbent toutes ses facultés. Voilà pour le petit commerce.

Considérons maintenant ces vastes bazars modernes où l'on vend de tout et qui tendent de plus en plus à se substituer aux petits magasins spécialisés. Là le capital affamé de bénéfices a déployé toute son âpre science pour les augmenter. On tire du malheureux personnel tout ce qu'il peut humainement — et même surhumainement — donner. S'il est vrai, comme l'affirment les économistes, que l'initiative privée, mise au service d'intérêts privés, doit faire mieux que l'Etat agissant dans l'intérêt général, c'est bien là, plus que partout ailleurs, qu'elle va en donner la preuve. Malheureusement pour elle ses efforts, aussi puissants qu'intelligents, nous le reconnaissons, sont paralysés par- la fatale concurrence, cette boite de Pandore d'où sortent tous les maux de l'humanité.

Oui, les employés de ces immenses maisons travaillent beaucoup, mais leur travail est irrégulier ; parfois ils restent des heures, des journées même à ne savoir que faire, et parfois après des journées bien remplies ils ont à passer une partie de la nuit pour remettre la marchandise en place. C'est ce qui arrive aux époques d'expositions. Les magasins sont envahis par une foule compacte, l'enfièvrement des affaires amène un effroyable désordre, les marchandises jetées pêle-mêle se détériorent et exigent beaucoup de temps pour être rangées de nouveau sur leurs rayons.

Les jours d'exposition, le personnel est toujours insuffisant; les jours ordinaires il est beaucoup trop considérable ; ce fait est de notoriété publique ; les patrons, ne pouvant embaucher leurs vendeurs pour la période active seulement, sont forcés de les conserver, du moins ceux auxquels ils tiennent, qui constituent les cadres de leur personnel, car ils ne se gênent pas pour jeter sur le pavé les supplémentaires pendant la morte saison. Ces malheureux ne trouvent d'occupation nulle part et le chômage qu'ils subissent entraine une déperdition considérable de forces utilisables.

Il en sera autrement sous le régime collectiviste : la vente se fera normalement sans arrêts subits ni accélérations

passagères ; un nombre plus restreint d'employés suffira donc pour le même service.

\'oilà pour rirrégulnrité du travail ; mais il nous reste maintenant à voir si le travail elïectif est un travail indispensable et si, dans l'organisation collectiviste, on ne pourrait pas en supprimer une notable ([uantité sans diminuer celle des ventes.

L'art des étalages, poussé très loin, prend beaucoup de temps et gaspille beaucoup de marcbandises. La concurrence l'exige, car il faut flatter l'œil du client pour l'attirer chez soi et l'empêcher d'aller chez le voisin. Les magasins collectivistes n'auront pas besoin de cet appât.

La livraison à domicile occupe des quantités d'employés, de chevaux et de voitures, chaque maison devant pouvoir livrer dans tous les quartiers et même dans la banlieue. Si ces livraisons étaient concentrées par un service commun à tous les magasins et groupées rationnellement par quartiers, une seule voiture, partant avec un plein chargement et un itinéraire bien établi, ferait autant de livraisons que cinq ou six agissant séparément pour le compte de plusieurs maisons.

Un grand magasin — à qui l'idée n'a pas profité d'ailleurs — ayant imaginé, pour développer sa clientèle, de reprendre la marchandise ayant cessé de plaire, tous ont dû l'imiter. (>es rendus, qui donnent carrière à toutes les fantaisies des clients, sont entrés dans les mœurs et créent des complications considérables. Les magasins collectivistes n'auront aucune raison pour s'y astreindre.

La grande cause de fatigue et de perte de temps des employés des grands magasins c'est qu'ils doivent déployer des efïorts de persuasion immenses pour amener le client à acheter, non ce qui répondrait à ses besoins, mais ce qui laisse un plus gros bénéfice à la maison. On affiche des articles à des [)rix très bas. Ceux-là, les employés ne doivent pas les vendre, ou n'en vendre qu'une minime quantité ; ils doivent appeler l'attention du client sur des articles similaires laissant un gros bénéfice, et lui en vendre i)eaucoup plus qu'il n'eu aurait réellemeiil besoin ; pour les intéresser à celle vente, on leur alloue une remise plus ou moins forte connue sous le nom de (jnelle. C'esl donc une véritable lutte qui s'engage entre le

client et le vendeur ; le mensonge est Tarme courante de ce dernier ; il fait de la marchandise gueltée un éloge tellement extraordinaire (|ue le malheureux client se laisse prendre neuf fois sur dix. Mais il ne se rend pas sans avoir longtemps résisté, et là où remployé pourrait servir cinq ou six clients s'il n'avait pas à soulever cet interminable débat, il arrive à n'en servir qu'un.

Dans les magasins généraux de la société collectiviste, on n'aura aucun intérêt à pousser à la vente ; le client sera laissé parfaitement libre de choisir la marchandise qui lui plaira et de borner son achat à la quantité minimum au-dessous de laquelle détail ne se fera pas. De plus, l'employé ne sera pas obligé de le dérouler d'innombrables pièces d'étoffe pour lui permettre de faire son choix ; au milieu de chaque magasin existera un grand hall dit des échantillons, sur les comptoirs duquel, classés par genres d'étoffes, prix, nuances, etc., seront déposés des échantillons d'au moins cinquante centimètres de tous les tissus existant dans le magasin ; chacun portera un numéro et le prix de vente qui, ainsi qu'on le verra plus loin, correspondra toujours à la valeur exacte de la marchandise. Le client, sans avoir à subir aucune pression, sans avoir à demander aucun renseignement aux employés, déterminera la marchandise qui lui convient, se fera indiquer le rayon où elle se trouve et la demandera en en indiquant simplement le numéro et la quantité qu'il désire. On conçoit très bien que, dans ces conditions, la vente sera beaucoup plus rapide qu'elle ne l'est dans les magasins actuels.

Ces derniers ont bien d'autres causes de dépenses et de perte de temps que les magasins collectivistes éviteront ; citons, par exemple : 1" la publicité, qui emploie à l'intérieur du magasin tout un personnel et à l'extérieur une armée de typographes, imprimeurs, fabricants de papier, colleurs d'affiches, confectionneurs de bandes, facteurs des postes, distributeurs de prospectus, etc.: 2» le service des achats, qui occupe des employés spéciaux, choisis parmi les plus habiles, et envoyés dans le monde entier pour y découvrir non les objets les plus utiles, mais ceux ([ui, faisant beaucoup d'effet par rapport à leur prix d'achat, doivent flatter l'œil des clients

et être revendus avec gros bénéfice. Nous bornons là cette énumération pour ne pas entrer dans des détails fastidieux ; mais nous pourrions la prolonger.

Nous avons pris auprès de divers commerçants, parfaitement au courant du fonctionnement des grands magasins, les renseignements qui précèdent et nous leur avons demandé en même temps à combien ils évaluaient l'économie de personnel qui pourrait être faite dans les magasins de la société collectiviste. Leurs réponses ont peu varié ; nous prenons le chiffre minimum qui est de GO pour 100 et nous sommes certain d'être au-dessous de la vérité.

Si on réalise une telle réduction dans les grands magasins, dont l'administration est aussi parfaite que possible, on en pourra obtenir une bien plus forte dans les petits magasins chez lesquels, aux mêmes vices organiques, exagérés encore, s'ajoutent les défauts spéciaux que nous avons indiqués. Si l'on tient compte en outre des ambulants qui seront supprimés, on peut, en toute justice, fixer aux deux tiers la diminution à effectuer sur le groupe des commerçants de détail dans son ensemble, ce qui représente la suppression de 707.671 emplois inutiles.

Gendarmerie et police. — Ce groupe comprend 47.824 personnes. Il est évident que la gendarmerie et la police seront beaucoup moins nécessaires lorsque l'ardente convoitise du capital aura disparu, qu'il n'y aura plus de vagabonds, et que la misère et l'alcoolisme ne feront plus sentir leurs dangereuses excitations. Il n'est donc pas exagéré de réduire ce groupe de moitié, soit à 23.912 personnes.

Magistrats. — La suppression des trois quarts des tribunaux, des neuf dixièmes des cours, des 99 centièmes des causes civiles à juger permettront de réduire le groupe judirciaire des quatre cinquièmes au bas mot, soit de 9065.

Récapitulation des réductions opérées sur le présent chapitre :

Hôteliers, cafetiers, etc 299.758

C^ommerçants en détail 707. (wl

(iendarmeric el police 23.912

Magistrats 9.065

Total 1.040.406

Nous avons lieu d'espérer que la plus grande partie des faits qui précèdent ne sera pas contredite par M. Leroy- Beaulieu, car lui-même les constate :

La société économique actuelle, dit-il... contient ime foule de

rouages inutiles Le nombre des intermédiaires de toute nature est

excessif. Entre le fal)ricant et le consommateur il se lilisse trop d'hommes dont le seul rôle est de grapiller sans réellement produire. Un grand nombre de commerçants en gros et en demi -gros pourront être éliminés sans que le corps social en souffre dans la mesure la plus minime.

... Dans le commerce d'alimentation... c'est le nombre infiniment trop élevé des marchands au détail qui fait renchérir les prix

... En triomphant, les grands magasins diminueront toute la somme, aujourd'hui si considéiable de faux frais qui, par le nombre excessif des boutiques, le luxe désordonné des étalage.s, attire justement les critiques des socialistes...

... Le nombre d'hôteliers, cafetiers, logeurs, cabaretiers, est extravagant... (1)

Ce ne sera pas la seule fois que nous aurons à nous trouver d'accord avec ]NL Leroy-Beau lieu et à nous appuyer sur ses propres données. Nous en serons toujours heureux.

Nous allons maintenant passer à l'examen des groupes agricoles et industriels.

Page 1