II. Travail industriel
Le travail industriel moderne est basé sur l'emploi des machines, la division et la spécialisation du travail. L'accroissement de production cpii a pu être ainsi obtenu est prodigieux.
Le métier .lacquart a presque ([uadruplé la productivité du tisserand ; les lileuses mécaniques inventées par Richard Arkwrigt ont rendu la puissance productive de l'homme, dans l'industrie cotonnière, 320 fois plus forte qu'auparavant ; mais ce résultat est bien dépassé parles inventions plus modernes; les dévidoirs qui faisaient 4.000 révolutions en 1874 en font 10.000 aujourd'luii. Un homme produit 10 à l'i. 000 fois plus (pi'une lileuse à son rouet.
Il fallait jadis une journée de travail pour détacher une livre de coton de sa gaine ; en 179;$, t^Zli Withney inventa le cottoiujin, (|ui permettait d'en détacher 100 livres par jour. Vers 1800, le docteur Forbes l'a perfectionné, de sorte qu'un homme et une femme pouvaient détacher 7ôO livres'de coton par jour. Actuellement un homme peut en détacher 1000 livres.
Avec les hauls-foinneaux un ouvrier produit 2.') fois plus de fer qu'avec l'ancienne méthode.
Un métier rotatil" à tricoter lait 480.000 mailles par minute, louvrière avec ses aiguilles en faisait 80.
Avec douze tours à décolleter spéciaux qu'il peut conduire seul, un jeune homme peut fabriquer ;^0.00() vis par jour.
10 compositeurs et 5 pressiers, employant les presses rotatives, livrent autant de . travail que 300.000 copistes il y a cinq siècles.
Un ouvrier fabrique par jour 120.000 épingles au lieu de 6000.
Tels sont les moyens d'action presque illimités que la science met aux mains de l'homme pour améliorer les conditions de son existence.
Nous allons voir si la société capitaliste en tire tout le parti possible.
Dans cette partie de notre étude nous ne pourrons, comme précédemment, nous éclairer des lumières de la statistique. Nous pensons, comme M. Leroy-Beaulieu, que « les statistiques industrielles sont presque impossibles à faire exactement, et qu'il s'y glisse une part considérable de fantaisie, de parti pris, tout au moins d'erreur ». Mais à défaut de chiffres plus ou moins précis, nous nous appuierons sur des faits tellement notoires que nos démonstrations n'en seront pas moins évidentes aux yeux de tous.
La grande industrie se substitue de plus en plus à la petite, mais elle est loin de l'avoir complètement dépossédée.
Or si, dans une mesure que nous essaierons tout à l'heure de déterminer, la grande industrie utilise les progrès scientifiques, la petite industrie en est encore aux moyens de production primitifs, aux outils à main, empêchée qu'elle est d'employer les machines-outils, d'abord parce qu'elles coûtent trop cher, ensuite parce que chaque petit patron n'aurait pas assez de travail pour les alimenter.
11 ne faut pas oublier en effet que l'emploi d'une machineoutil immobilise un certain capital dont l'intérêt augmente les frais généraux ; de plus, cette machine-outil s'usant dans un certain nombre d'années, il faut encore augmenter les frais généraux de la déperdition constante de sa valeur. Si elle travaille constamment et produit beaucoup, ces frais généraux supplémentaires, répartis sur un grand nombre d'objets, sont
négligeables ; si elle produit peu, ils grèvent lourdement le prix de revient et lélèvent au-dessus de ce qu'il serait dans une lahrication manuelle. Celte augmentation de prix de revient s'aggrave encore j)ar les Irais du moteur mécani(|ue qui, le plus souvent, est l'auxiliaire indispensable des maeliines-outils.
L'emploi des machines n'est donc prati((ue que dans une grosse fabrication et la petite industrie a raison de s'en abstenir. Mais (jfie d'eftbrt humain gaspillé ! que de temps perdu !
Considérons ce menuisier qui veut fabriquer les boiseries d'une fenêtre : il choisit son bois, le refend péniblement à la scie, le rifle, le rabote, y pratique les moulures au bouvet, fait lesjoints avec le guillaume et le bédane, perce au vilebrequin les trous pour les chevilles et assemble le tout. Il a fallu bien des heures pour parfaire ce travail.
Mettons maintenant à sa place un ouvrier disposant de machines-outils ou plutôt un atelier dans lequel chaque ouvrier est spécialisé. L'un se borne à refendre le bois à la scie circulaire, l'autre le passe à la machine à raboter, l'autre à la machine à moulurer, l'autre fait les tenons, l'autre les mortaises, l'autre perce les trous, le tout mécaniquement et presque instantanément; il ne reste plus qu'à monter. Chacun des sept à huit ouvriers occupés à ce travail aura, à la fin de de sa journée, produit 10 à lô fois plus que l'ouvrier qui travaillait manuellement. Ce que nous disons des menuisiers s'applique à tous les petits industriels, serruriers-mécaniciens, ébénistes, charrons, boulangers, cordonniers, tailleurs, etc. Nous examinerons tout à l'heure le fonctionnement des grands ateliers de la société collectiviste et on verra, par la comparaison des procédés de travail, combien il y a actuellement de forces perdues.
Nous avons d'abord à parler de la grande industrie. Là, seml)le-t-il, comme dans les grands magasins de commerce, tout doit aller [)our le mieux puisque les ouvriers, sous l'œil vigilant du capital, travaillent dans des conditions plus modernes, c'est-à-dire avec les moyens de production perfectionnés découverts par la science.
Cela est vrai, mais en partie seulement. Si puissante que soit la grande industrie, ses ressources ne sont pas illimitées ; elle recule souvent devant des dépenses de renouvellement d'outillage, qui la placeraient, il est vrai, dans une meilleure situation vis-à-vis de ses concurrents, mais qui seraient trop onéreuses parce qu'elles entraineraient la mise au rebut d'un outillage susceptible encore de faire de longs services et figurant pour une somme importante à l'inventaire : Ce n'est donc que tardivement et incomplètement que la grande industrie utilise les progrès scientifiques.
Pour que ce fait ne soit contesté j)ar personne, nous ferons encore appel au témoignage de M. Leroy-Beaulieu. Et dans cette circonstance il revêt une autorité particulière puisque son auteur fait précisément un mérite à la grande industrie de ce que nous relevons comme une notable infériorité. M. Leroy-Beaulieu, il est vrai, n'avait pas prévu les conséquences que nous tirerions de son aveu : faisant face à l'un des principaux griefs des ouvriers contre le macliinisme capitaliste, celui de jeter sur le pavé des millions d'ouvriers à chaque invention nouvelle, il s'efforçait de justifier le capital, ou tout au moins d'obtenir en sa faveur les circonstances atténuantes, et ne s'apercevait pas que les faits invoqués par lui ouvraient la porte à une autre critique non moins sérieuse que la première. Il explique donc que le renouvellement du matériel se fait lentement et ne réduit pas au chômage beaucoup d'ouvriers à la fois. « Les machines nouvelles, dit-il, ont à lutter non contre la main désarmée de l'ouvrier, mais contre des machines anciennes qui peuvent opposer une plus longue résistance. On n'abandonne pas immédiatement un outillage même un peu inférieur. On l'améliore par
degrés Le capital, sous la forme des anciennes machines,
qui ne sont pas encore usées, continue à lutter vaillamment contre les inventions plus récentes; il ne cède la place que peu à peu. » (1)
Nous n'avons pas dit autre chose ; mais voilà comme les économistes capitalistes, perdus au milieu des inextricables
(l) Le Collectivisme, opus citalum, p. 298 et ."ÎOl.
contradictions de leur fausse science, ne peuvent éviter un écueil sans se jeter sur un autre !
Une cause, moins générale mais importante néanmoins, d'amoindrissement de la production industrielle réside dans le trop grand nombre d'ateliers similaires, ce qui oblige chacun à ne labricpier qu'une quantité relativement faible des mêmes objets et l'empêche de bénéficier des énormes avantages attachés aux grands ateliers spécialisés qui produisent les mêmes objets constamment et par quantités considérables.
Prenons pour exemple un atelier qui fabrique des moteurs à vapeur ; il devra, pour répondre aux multiples besoins de sa clientèle, pouvoir livrer des moteurs de plusieurs types et de plusieurs forces ditïérentes. Comme le nombre de moteurs de même type et de même force ne peut être grand, l'écoulement de machines de cette importance étant limité, il est impossible à l'industriel d'avoir des machines-outils spéciales pour chaque genre de moteur. Le travail se fait sur des machines-outils propres à exécuter également des travaux difîérents, mais avec beaucoup moins de rapidité. Puis chaque fois qu'on change de travail, il y a toute une mise en train à faire sur la machine-outil pour y caler la pièce à travailler, s'assurer de la précision du travail, etc. L'ouvrier lui-même a un petit apprentissage à faire. Enfin une partie de l'ajustage doit souvent être faite à la main. On \oH combien cette organisation imparfaite doit enlrainer de pertes de temps ; mais on s'en rendra mieux compte par comparaison (piand nous aurons fait connaître les conditions du travail dans lesateliers collectivistes.
Ajoutons que sous le rapport de l'emploi des machinesoutils, la France est de beaucoup en arrière, non seulement des Etats-Unis d'Amérique, mais de l'Angleterre et de l'Allemagne. Quand nos manufactures d'armes ont besoin de machines-outils perfectionnées c'est en Américpie qu'elles se les procurent. Nous aurions beaucoup à faire pour nous mettre à la hauteur de ces trois Etats, bien (|u"ils soient, comme nous, soumis au régime capitaliste.
Le but de la production actuelle étant non l'utilité générale,
mais le gain, et ce gain étant limité par la concurrence, chacun s'ingénie à diminuer son prix de revient pour pouvoir vendre moins cher que les autres producteurs similaires ; l'emploi des machines, la réduction du prix de la journée des ouvriers, l'augmentation des heures de travail sontaunomhre des moyens employés pour atteindre ce hut ; mais ce ne sont pas les seuls : on emploie des matières premières inférieures et parfois on soigne moins la façon, La qualité de la marchandise s'en ressent, il est vrai, et souvent même beaucoup, mais c'est une considération secondaire pour l'industriel capitaliste s'il peut arriver, ce qui lui est ordinairement facile, à laisser à la marchandise son aspect extérieur, de façon à induire en erreur sur sa véritable qualité les connaisseurs superficiels. Dans cette voie regrettable, le fabricant est presque toujours assuré de la complicité du commerçant qui revendra la marchandise : lui ne se trompe pas sur la qualité réelle, mais que lui importe s'il peut partager avec le producteur le bénéfice supplémentaire obtenu ainsi, ou si, sans augmenter son bénéfice il arrive à vendre meilleur marché que ses concurrents, c'est-à-dire davantage. L'industriel et le négociant ont un autre intérêt à vendre des produits de qualité inférieure, bien que donnant l'illusion de la bonne qualité : ces produits s'usent plus vite et on doit les renouveler plus souvent, ce qui, chaque fois, crée en leur faveur un nouveau profit.
Ce que le commerce recherche avant tout dans une marchandise c'est l'apparence, l'cfTet, iœil, la main. On détruit souvent, et sciemment, les qualités de tond pour rendre l'extérieur plus attrayant ; c'est le cas de certaines teintures, apprêts, nettoj'ages chimiques qui donnent aux tissus un éclat merveilleux, mais corrodent les fibres de la matière textile et occasionnent une usure rapide ; c'est le cas des agents chimiques qui ont remplacé l'écorce de chêne dans le tannage des cuirs. Combien nous pourrions citer d'autres exemples !
Et c'est ainsi que notre époque voit s'affermir de plus en plus le triomphe de la camelote, du faux, du toc. Où sont les habits de fête de nos a'ieux, qui se transmettaient à plusieurs générations? Où sont les vieux parapluies de famille inusables,
les vieux meubles niassils qui défiaient les ravages du temps, ces mille ustensiles solides qu'on se souvenait d'avoir toujours vus chez ses grands-parents et ([u'on laissait intacts à ses enfants ? Quelques mois, quel([ues années au plus ont raison des fragiles créations de l'industrie moderne.
Encore si la diminution du temps du service était compensée par une diminution correspondante du temps employé pour la fabrication. Mais il n'en est rien ; dans quelques industries on peut réaliser une économie de main-d'œuvre en fabriquant de mauvais produits ; dans d'autres la dépense est la même ; dans d'autres elle est même su})érieure. C'est ce qui arrive par exemple lorsqu'on emploie des déchets de coton au lieu de cotons de bonne qualité ; cette matière première nécessite un traitement spécial assez coûteux en dehors du travail ordinaire du coton.
Or, supposons qu'à raison dc^ ces faits, qui ne peuvent rencontrer aucun contradicteur, l'ensemble des objets de consommation dure deux fois moins de temps qu'il ne durerait si la fabrication en était plus consciencieuse. Il en résulte qu'avec la moitié de la main-d'œuvre actuelle, en l'appliquant à une bonne fabrication, on ferait face aux mêmes besoins.
Telles sont les principales causes du gaspillage de force humaine auquel se livre, en vertu de son principe même, et par conséquent sans remède possible, l'industrie capitaliste. C'est principalement de la force ouvrière, presque exclusivement matérielle, que nous avons parlé : mais que de dépenses intellectuelles viennent s'y ajouter ! La lutte contre la concurrence toujours menaçante dévore les cerveaux, absorbe de précieuses facultés ; la recherche du capital nécessaire au lancement d'une airaire, à ses développements, aux renouvellements de matériel (jui peuvent s'imposer, et aussi aux immobilisations de marchandises à faire pendant les crises économifiues, est une source constante de préoccupations et de soucis. Klle est si terrible, la situation créée aux chefs d'industrie par linstabililé des cours des matières premières, les variationsde la consommation, l'incertitude où se trouve chaque producteur sur ce (|ue tout ses concurrents ! La
détermination de la valeur de leurs produits par la loi arbitraire de l'ofïre et de la demande les expose à de si cruels mécomptes !
Faut-il passer un marché pour s'assurer l'approvisionnement de matières premières dont on aura besoin ? On s'expose à de grosses pertes s'il y a baisse dans les cours. Vaut-il mieux acheter au jour le jour ? Ce sera désastreux s'il y a hausse. Dans les deux cas on sera à la merci d'un concurrent mieux informé, plus habile ou simplement plus heureux.
Faut-il fabriquer beaucoup de ce tissu léger convenant aux toilettes dété ? On en gardera un gros stock si Tannée est humide et froide. Même situation pour les gros draps si l'hiver est relativement chaud.
Mille causes imprévues déconcertent les calculs les plus sages et mettent une maison en péril.
Un tisseur ignore complètement ce que font les autres tisseurs qui lui cachent leur situation comme il leur cache la sienne. Lun deux croit devoir fabriquer unequatité considérable d'une certaine étoffe, qu'il peut établir à un prix de revient satisfaisant et qui, selon ses prévisions, aura un grand écoulement. Il met en marche ses métiers et remplit ses magasins, comme s'il devait approvisionner seul tout le marché. Or dix, vingt de ses concurrents ont eu la même idée, de sorte qu'il y a engorgement et que rien ne se vend. Le plus pressé d'argent se décide à baisser les prix ; il est bientôt suivi par un deuxième, qui fait une réduction plus forte et finalement, pour éviter la faillite, on est heureux de liquider bien au-dessous du prix de revient.
Jadis le champ de la concurrence était limité à une rue, à une ville, à une province. Maintenant il dépasse les frontières ; c'est des antipodes que viennent fondre sur nos marchés nationaux des marchandises dont on ne soupçonnait pas l'existence. Comment résister à ces chocs ? Comment les prévoir ? Comment s'en défendre même en les prévoyant ?
Les périls croissants de cette situation ont rapproché les industriels divisés par l'antagonisme de leurs intérêts. Ils ont compris la nécessité de s'unir contre l'ennemi extérieur, de se renseigner sur ses moyens d'action, sur les invasions qu'il
prépare. De là le développement rapide des chambres syndicales patronales cpii permettent, en même temps, d'organiser la résistance contre l'ennemi intérieur : l'ouvrier. Il est intéressant de lire les procès-verbaux des réunions des chambres syndicales patronales lorsqu'ils sont ])ubliés dans les organes corporatifs. On y constate l'anarchie de la production, et les eU'orls tentés i)Our y introduire un peu de méthode : on y voit aussi l'insuffisance des remèdes contre une situation qui tient aux principes fondamentaux de la société capitaliste.
Le plus clair des intelligences, des facultés directrices des chefs d'industrie et de leur haut personnel se consume dans réternelle lutte qu'ils doivent soutenir contre ces difficultés sans cesse renaissantes. Combien la production serait accrue s'ils pouvaient s'y consacrer exclusivement 1 que de progrès seraient réalisés ou accélérés 1
Jetons maintenant un coup d'œil rapide sur la société collectiviste, dont l'organisation ne pourra être décrite en détail que dans les chapitres suivants.
La petite industrie disparait complètement ; dans la plupart des villes et gros bourgs, on ne conserve que quelques ouvriers avec des outils à main pour la pose du travail et les réparations. Encore le plus souvent renonce-t-on aux répaiations, devenues plus coûteuses que le remplacement de l'objet détérioré.
Il n'existe plus que de grands ateliers, installés dans les meilleures conditions d'hygiène et de commodité, munis d'un outillage tenu au courant de tous les perfectionnements, et intégralement remplacé lorsqu'une invention nouvelle la mis dans une situation de productivité inférieure.
Chaque atelier ne fabricpie (ju'une sorte de produits, sur l'amélioration de laquelle se concentrent toute la sci(Mice des ingénieurs, tout le savoir-faire des ouvriers. Les ouvriers ont, il est vrai, le désagrément de faire d'un bout de l'année à l'autre le même travail, ce ([ui le rend monotone ; .mais comme ils le font sans aucune fatigue, n'étant que les surveillants de la machine, comme la journée est réduite à un petit nombre d'heures et toujours largement rémunératrice.
ils se résignent volontiers à ce léger inconvénient. Quant à perdre leur temps, très peu y songent tant le travail est devenu facile ; d'ailleurs le voudraient-ils qu'ils le pourraient difficilement : la machine marche toujours de la même vitesse; il faut la suivre, sinon le contre-maitre constate facilement, à la diminution du rendement, que l'ouvrier a manqué à son ' devoir. Or, chacun est récompensé selon ses œuvres !
Le travail se fait non seulement mécaniquement, mais de plus en plus automatiquement ; c'est-à-dire que chaque jour le perfectionnement ou l'addition d'un organe à la machine réduit la part de travail de l'ouvrier, laisse moins de place à son initiative et, tout en l'allégeant, augmente la précision du travail.
Les statistiques donnent le nombre d'objets ou la quantité de marchandise de chaque sorte que nécessite la consommation. On voit combien d'ouvriers sont nécessaires et on les répartit dans un nombre d'ateliers convenable, dont on fixe l'emplacement en tenant compte à la fois des conditions qui rendent la production plus économique et des besoins régionaux de la consommation.
Non-seulement chaque atelier ne fabrique qu'une spécialité, mais il arrive que plusieurs ateliers concourent à la fabrication d'un même objet. Ainsi, en mécanique, les pièces de fonderie sont fabriquées à part ; certains organes spéciaux sont également produits par des usines distinctes.
On n'éparpille plus le travail sur un nombre exagéré de types de machines créés par la concurrence sans utilité pour la production. On les ramène tous à un seul ou à quelquesuns au plus, en choisissant, bien entendu, les meilleurs. Les moteurs de petites forces ont disparu puisqu'il n'y a plus de petits ateliers.
Un atelier de mécanique, par exemple, fabrique exclusivement des moteurs à vapeur de cent chevaux, fixes et horizontaux ; d'autres ateliers produisent les types différents ; un autre atelier fabrique exclusivement des presses typographiques à retiration format double raisin ; un autre des métiers à tisser le coton d'une dimension donnée, etc.
Dans le service des bâtiments, les portes, les fenêtres, les
volels, les persiennes, les boiseries, les parquets, les charpentes se ("ont par séries. Il y a par exemple deux ou trois types (le ienètres et deux ou trois dimensions par chacjue type. Certains ateliers ne l'ont ([ue des Fenêtres ou même (juun type et une dimension de Ienètres. D'un bout de l'année à l'autre les machines tournent pour l'aire le même objet; les ouvriers, rompus à cette besogne, l'exécutent avec perl'ection et trouvent des procédés nouveaux pour la simplifier encore.
Quant à la qualité ck^s matières premières employées, elle est toujours excellente, la façon soignée, de sorte que le maximum de durée est assuré aux objets fabriqués. On écarte tous les procédés ([ui nuisent à la valeur réelle, même quand ils sont plus économiques et quand ils donnent à l'objet une apparence meilleure.
Ainsi que nous venons de le dire, l'importance de la production est fixée chaque année dans les ditlerentes branches de l'industrie, et le travail réparti aussitôt entre les usines similaires. Le nombre des ouvriers et des outils est réglé en conséquence et le travail commence, pour se poursuivre régulièrement, sans accélération, sans chômages, d'un bout de l'année à l'autre. Aucune préoccupation, sauf celle d'accomplir le mieux possible la tâche assignée, ne vient troubler les directeurs d'usines. C'est le calme, dans la simplicité et dans la force, qui succède au surmenage, à l'agitation fiévreuse, aux soubresauts désordonnés de l'industrie actuelle.
Faut-il insister pour démontrer l'incomparable supériorité de l'organisation collectiviste ? Est-il nécessaire d'être technicien pour comprendre qu'elle développera la production dans une proportion difficile à chiffrer, mais colossale, étant donné surtout qu'elle accélérera beaucoup les progrès de la science et s'en emparera aussitôt pour doter l'humanité d'une plus grande quantité d'objets utiles avec ime moindre dépense de force ?