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CHAPITRE IV

Le Travail.

Droit à la paresse. — Ses conséquences pour le paresseux. — Possibilité de la transmission de valeurs monétaires du père à son fils. — Durée et condition du travail. — L'organisation collectiviste du travail étend la liberté au lieu de la restreindre.

Lenfant au sortir de l'école — Première sélection pour l'enseignement secondaire. — Seconde sélection pour les écoles professionnelles et les services administratifs. — Le résidu et sa destination. — Facilités laissées à ceux qui en font partie de s'élever par un travail ultérieur. — Travailleurs sédentaires et mobiles. — Emplois supérieurs.

Budget communal du travail.— Budget départemental.— Budget général.— Suppression des budgets de finances. — L'autonomie locale et les droits de l'Etat. — Distinction entre l'utilité générale et l'utilité particulière. — Délimitation des pouvoirs des assemblées représentatives.

Force et souplesse de l'organisation collectiviste. — Facilités d'accroître ou de restreindre la production. — Equilibre des besoins et des disponibilités. — Changements de professions et de domiciles.

Travail des femmes. — Sa suppression complète dans l'avenir. — Améliorations sensibles dans le présent. — Instruction des jeunes filles.

Les responsabilités civiles en matière d'accidents du travail. — Loi actuelle trop dure pour l'ouvrier — Changement proposé trop dur pour le patron. — L'assurance ne peut être obligatoire. — Risque professionnel. — La solidarité sociale substituée aux responsabilités individuelles.

Le droit de ne pas travailler est reconnu à tout citoyen ; mais s'il est valide et dans l'àge du travail, il perd, en ne travaillant pas, son droit à toute aide sociale sauf en cas de maladie ou de blessiue. C'est à lui de se tirer d'affaire comme il le juge à propos. S'il tombe dans le vice et dans le crime, l'application des lois pénales en débarrassera le pays.

Ce n'est pas là une inliumanité ni un attentat à la liberté individuelle : lorsque la société s'acquitte intégralement de ses devoirs envers ses membres, ceux-ci n'ont pas d'excuse

(le lui refuser en échange la légère part de liavail (|u'ils lui doivenl. l'^n le Taisant ils se [)lacent deux-niènies en dehors de ses lois el ne sont pas fondés à se plaindre s'ils ont à souflrir de l'état c[u'ils ont choisi.

D'ailleurs, dans la société future, un père de famille pourra thésauriser pour permettre à ses enfants de vivre sans rien faire, s'il juge à propos de leur rendre ce mauvais service. Les fonds accumulés ne ra[)porteront aucun intérêt et ils devront être consommés pour être utilisés ; voilà toute la différence.

Un père de famille que son intelligence aurait porté aux plus hautes fonctions, c'est-à-dire à la fortune, et qui, reconnaissant dans ses enfants une intelligence moindre, verrait avec peine qu'ils sont voués à une existence médiocre dont ils soulï'riraient par comparaison, pourra donc leur laisser assez d'argent pour qu'ils n'aient pas trop à regretter la situation qu'ils avaient de son vivant.

Hors de ces cas exceptionnels, chacun devra être lui-même l'artisan de sa fortune el s'élèvera suivant ses mérites et par son travail.

La période légale du travail sera de 15 ans à ôô ans, sauf exceptions justifiées et sauf modifications ultérieures.

Seront considérés comme travaillant, les jeunes gens audessus de lô ans qui auraient été admis dans les lycées et écoles professionnelles.

Toute fille, mère d'un ou plusieurs enfants au-dessous de 10 ans et les élevant elle-même, sera dispensée du travail.

Toute femme mariée, même sans enfant, sera dispensée du travail, et recevra cependant l'équivalent du salaire qu'elle touchait lors(|u'elle a contracté mariage, sans que cette allocation ])uisse être inférieure au salaire d'un journalier de troisième classe et à la moitié du salaire du mari.

La difïérence de condition entre la femme mariée et la célihataire sera de nature à favoriser les unions légales. Le principe qui inspire cette distinction c'est que, dans l'intérêt de la morale et de l'hygiène de la femme et des enfants, il faut laisser la femme au foyer conjugal.

On a beaucoup répété — et c'est le principal argument contre le collectivisme — qu'une société établie sur ce prin-

cipe serait un bagne, une caserne, un couvent, où tout serait réglé mécaniquement ; on se lèverait au coup de cloche, on s'habillerait d'habits semblables ; on prendrait ensemble les repas, on se rendrait au travail par pelotons, compagnies et bataillons, chacun serait attaché à sa profession comme le serf l'était jadis à la glèbe. Et on n'aurait même pas le plaisir de l'égalité puisque les travailleurs auraient au-dessus d'eux, pour les surveiller et diriger, l'armée innombrable des fonctionnaires. Nous avouons que si c'était là l'idéal que le collectivisme peut offrir aux masses, nous en serions nous-même assez peu séduit. Nous ne nous étonnons pas que les bonnes gens qui lui attribuent ces règles fantastiques prennent ses adeptes pour des fous.

Quand on aura lu ce chapitre, on verra au contraire qu'aucune autre forme sociale ne sauvegarde plus complètement que la nôtre la liberté, l'indépendance, la dignité de l'être humain, tout en l'affranchissant des misères par lesquelles la société actuelle leur fait acheter non pas même la réalité, mais l'apparence de ces avantages.

D'abord le droit — peu enviable — à la paresse appartiendra comme présentement à tout citoyen, ainsi que nous venons de l'expliquer. Comme présentement aussi, n'en pourront user que ceux qui auront de quoi vivre sans travailler. Le nombre en sera moindre ? C'est un progrès indiscutable. Du moment où le principe est maintenu, personne n'a rien à dire.

Ensuite, malgré la fixation de l'âge légal du travail, pourront toujours, en droit et en fait, se reposer prématurément ceux qui auront amassé de quoi vivre sans rien faire.

Puis n'oublions pas que le travail, allégé de ce qu'il a actuellement de pénible, de malsain, réduit à un petit nombre d'heures, sera une récréation plutôt qu'une charge.

Enfin, outre les facilités de s'élever par son travail et sa bonne conduite, qui seront beaucoup plus grandes qu'à présent, il sera toujours loisible à un citoyen de quitter une profession qui ne lui conviendrait pas pour en embrasser une autre. Nous voyons donc bien ce qu'on gagnera au change, mais nous cherchons en vain ce qu'on y perdra. Plus de bien-

èlre et plus de lil)erlé. La comparaison est toute en faveur de la société collectiviste.

h^xaminons uiaintenaul Torganisation du travail.

L'enfant sort de l'école primaire à quinze ans, pourvu de toutes les notions élémentaires qui lui seront nécessaires i)our occuper un rang modeste dans la société.

Un concours passé cîuujue année, et dans lequel il est tenu compte à la fois des réponses verbales ou écrites de l'élève, de ses notes de classe et de sa conduite, désigne, dans une proportion fixée par les besoins généraux, le nombre des élèves qui, ayant été reconnus d'une intelligence au-dessus de l'ordinaire, seront admis à entrer dans un établissement d'enseignement secondaire. Sont admis à passer ce concours tous les élèves qui ont terminé leurs études primaires élémentaires, quel que soit leur âge. Mais passé douze ans l'examen doit comprendre les matières de l'enseignement primaire supérieur.

Un deuxième concours a lieu entre les élèves qui n'ont pas été lauréats du précédent et qui, parvenus à l'âge de quinze ans, ont terminé leurs études primaires. Il a pour but de faire un deuxième choix parmi leurs intelligences afin de déterminer ceux qui seront admis dans les écoles professionnelles ou les carrières administratives. La proportion des admissibles est également fixée chaque année, par décret ministériel, d'après les besoins divers que les statistiques font exactement connaître.

Cha(iue élève reçu au concours choisit l'école professionnelle ou la carrière administrative qu'il i)réfèrc, à moins cependant c|ue certaines d'entre elles ne présentent des engorgements, auquel cas le choix est limité aux meilleurs numéros du concours.

L'élève qui se destine aux services administratifs y entre en la qualité de surnuméraire qu'il conserve pendant trois ans, ai)rès lesquels il est titularisé de troisième classe, les classes supérieures étant réservées à ceux qui les mériteront. Il peut ensuite s'élever dans la hiérarchie des bureaux, selon sa valeur et sa bonne volonté.

L'élève qui entre dans une école professionnelle y reste également trois ans, pendant lesquels il reçoit toutes les connaissances théoriques et pratiques nécessaires à lexercice du métier quil a choisi. LEtat, bien entendu, pourvoit aux besoins de l'adolescent, comme de l'enfant en bas âge, jusqu'à ce qu'il soit capable d'exercer une profession. C'est donc aux frais de l'Etat exclusivement que sont entretenus les élèves de toutes les écoles. Leur dépense représente l'équivalent de ce qui est alloué comme salaire aux surnuméraires ou aux apprentis journaliers dont nous allons parler. Pour revenir aux élèves des écoles professionnelles, ils en sortent ouvriers de troisième classe, et il dépend d'eux ensuite de s'élever davantage.

Restent donc les intelligences les plus faibles, qui n'ont pu arriver ni à l'enseignement secondaire ni aux écoles professionnelles ou aux services administratifs. Celles-là fourniront les journaliers sans profession absolument définie, les manœuvres, dont le concours est nécessaire dans toutes les branches de l'agriculture et de l'industrie, et les domestiques. Il est bien juste, il est bien légitime que les emplois inférieurs de la société soient réservés aux sujets intellectuellement inférieurs. Néanmoins on peut trouver trop rigoureuse cette sélection au concours qui élimine impitoyablement et définitivement des sujets qui ont pu manquer seulement de présence d'esprit dans leurs réponses, ou qui, s'ils ont été paresseux ou médiocres pendant leur jeunesse, deviennent plus tard des hommes de valeur.

Nous répondons à cela, d'abord que, de neuf ou dix ans jusqu'à quinze ans, les enfants pourront se présenter à six ou sept concours successifs, que les bons élèves finiront sûrement par triompher des obstacles résultant de leur timidité, de leur mauvaise chance ou d'un relâchement momentané dans leur application, et que, seuls, les fruits secs et les paresseux invétérés resteront éliminés définitivement ; ensuite que tous les emplois resteront accessibles aux candidats de bonne volonté et qu'un simple journalier pourra reconquérir le rang dont une défaillance passagère l'aurait privé. D'abord les moyens de s'instruire, cours publics et gratuits, bibliothè-

ques, etc., seront à la porlée dv tous. Los jeunes gens éeartés par les eone()urs[)()urront done avec la i)lus grande lacilitéeonipléter leurs eonnaissanees et j)asser ensuite un examen spécial qui, s'il ne leurcréepas de litresabsolus, les recommandera à l'attention de leurs supérieurs. Ils pourront même concjuérir successivement plusieurs grades universitaires, la durée de la journée de travail étant assez réduite pour leur laisser des loisirs, et il est bien évident que les chefs de service ne laisseront pas se morfondre dans les rangs des simples manœuvres les jeunes gens ([ui auront donné d'aussi évidentes preuves de courage et d'intelligence. Ils les élèveront rapidement à la première classe pour les nommer ensuite soit ouvriers, soit employés, selon leurs aptitudes. Il sera formellement recommandé, en effet, de réserver aux journaliers une partie des situations les plus élevées et de ne pas attribuer ces dernières exclusivement aux élèves des écoles. Donc, en résumé, pour personne l'avenir ne sera fermé.

Mais reprenons ces jeunes gens, d'intelligence moindre, à leur sortie de l'école primaire, c'est-à-dire à làge de quinze ans. Ils auront à faire un apprentissage de trois ans avant de devenir journaliers de troisième classe. Les uns entreront chez des cultivateurs possesseurs de lots ; d'autres seront attachés aux services des bâtiments, des transports, etc. On ne leur fera faire qu'un travail en rapport avec leurs forces et ils ne serviront pas de commissionnaires ou de domestiques comme les apprentis des ateliers actuels, dont la plupart sont si indignement exploités. Enfin d'autres se feront domestiques.

Nous avons oublié de dire que les écoles professionnelles seront toujours annexées à des usines de la même industrie, de sorte que les élèves se familiariseront avec leur métier en le pratiquant eirectivement. Le plus souvent l'élève quittant l'école restera dans l'usine même où il aura fait son apprentissage. Il pourra, un peu plus lard, être envoyé dans d'autres usines similaires afin de se perfectionner davantage en appliquant les différents procédés de fabrication.

L'ouvrier laborieux et capable pourra, après avoir passé par la deuxième et la première classe, devenir contre-maître, ingénieur et même monter [)lus haut encore selon ses aptitudes

Les journaliers el ouvriers seront divisés en deux catégories, en dehors de toute question de classe : les sédentaires et les mobiles. Les sédentaires ne ponrront être contraints, sauf dans des circonstances tout à faitexceptionnelles, à quitter la localité où ils auront établi leur domicile. Les mobiles, au contraire, seront à la disposition des chefs de service qui pourront les envoyer sur tous les points de la France continentale (un recrutement spécial sera institué pour les colonies : nous en parlerons à ce chapitre). Il est évident que les déplacements seront aussi rares et aussi peu considérables que possible.

Chaque ouvrier ou journalier choisira sa catégorie et en changera à son gré. Un mobile qu'on voudrait envoyer dans un pays qui ne lui conviendrait pas pourrait refuser de s'y rendre. Mais après trois refus successifs il serait de droit incorporé dans les sédentaires, et cela à titre définitif. Les mobiles toucheraient, à classe égale, un petit supplément de salaire destiné à couvrir leurs frais de déplacement.

Aux chapitres de l'agriculture, de lindustrie, de Finstruction publique, nous parlerons des écoles pratiques secondaires et supérieures, d'où sortiront les chefs de l'armée du travail : contre-maitres, ingénieurs, directeurs, inspecteurs ; ce serait nous répéter que d'entrer dans plus de détails sur ce point. Rappelons seulement, car nous ne saurions trop le faire, que les emplois supérieurs ne seront pas le privilège exclusif des élèves des écoles ; ils seront attribués également, dans une proportion fixée, aux sujets qui, dans les emplois inférieurs, auraient donné des preuves indéniables de capacité et de bon vouloir. Le principe de la société collectiviste en cette matière c'est qu'il ne peut y avoir aucune carrière fermée.

Tous les ans, le conseil municipal de chaque commune établira le budget du travail qui comprendra, tout d'abord, l'état de toutes les personnes des deux sexes dans l'âge et remplissant les conditions légales du travail, avec indication de leurs professions. Ce tableau sera divisé en deux parties : la première comprenant les fonctionnaires, employés, cultivateurs possédant un lot, ouvriers attachés à un atelier et

généralemenl loules les ix'rsoniies nécessaires pour assurer le ronelionneuu'ul des services courants ; la deuxième comprenant le sur|)lus disponible delà main-d'œuvre, c'est-à-dire les personnes n'ai)parlenant à aucun service permanent et susceptibles d'être occupées successivement par tous les services selon les besoins.

Le ])remier tableau, qui ne subira en général que de laibles variations cba([ue année, aura peu d'intérêt au point de vue communal. (Vest dans le second, au contraire, (ju'on trouvera les éléments de toutes les ci'éations, de toutes les améliorations.

Ayant déterminé ainsi la (juantité et la nature de la maind'œuvre disponible, le conseil municipal indiquera la destination qu'il propose de lui donner. Il s'elYorcera de se mettre d'accord sur ce })oint avec tous les chefs de service, directeur agricole, directeur des bâtiments et de la voirie, etc., de façon à faire des propositions communes tant sur la nature des travaux à proposer que sur leur urgence. L'accord s'établira le plus souvent puisque toutes les parties n'auront en vue que le bien général. En cas de désaccord, le conseil municipal d'une part, les chefs de service d'autre part, feront séparément leurs propositions. Une commission arbitrale nommée par le conseil général se prononcera d'urgence et en dernier ressort.

Admettons donc l'accord étal)li,soit spontanément, soit par arbitres. Les propositions seront transmises au conseil général qui, avant de les examiner, déterminera les travaux d'intérêt départemental à eiTectuer et prélèvera sur la maind'œmvre dis[)onible dans chaque commune un tant pour cent sufhsant [)Our les exécuter. La réduction ainsi opérée sur la disponibilité de chatjue commune s'imputera sur les travaux qu\ auraient été classés comme les moins urgents.

Les travaux d'intérêt déj)artemental exigeront ordinairement la concentration sur certains points d'un nombre d'ouvriers ou journaliers supérieur à ceux qui s'y trouvent ha!)ituellement. C'est alors (|u'on fera appel aux travailleurs mobiles, en les prenant de préférence dans la région où ils habitent, tout en ayant soin (Ven prélever dans toutes les communes

un contingent proportionnel au chiffre de la population, afin de répartir également les charges.

Après le prélèvement départemental, le surplus de la maind'œuvre disponible dans cha(iue commune sera affecté aux travaux dont l'état aura été fixé par le conseil municipal. Mais dans certains cas le conseil général aura à apporter certaines modifications aux propositions qu'il recevra des communes ; les unes voudront entreprendre des travaux disproportionnés avec leur importance : il appartiendra au conseil général de les ramener à de justes limites ; d'autres se montreront lentes et paresseuses et il y aura lieu de leur tracer un j)rogramme de travaux utiles à exécuter; celles-ci auront troj) peu de bras disponibles pour faire face à des besoins réels ; celles-là ne sauront que faire de leur excédent ; le conseil général enverra aux premières une partie des mobiles des dernières et maintiendra ainsi l'équilibre.

Mais il convient d'observer que les travaux d'intérêt communal et déi)artemental dont nous venons de parler ne s'exécuteront pas seulement au moyen tle journées d'ouvriers ou de manœuvres faisant partie de la disponibilité de la commune ou du département : ils comprendront des éléments, fer, bois, matériaux divers, qui devront être fournis par d'autres services, et il importe à cet égard que l'ensemble des demandes n'excède pas la productivité générale. Toutes les propositions des communes et des départements devront donc être soumises à l'autorité centrale, non pour les discuter en elles-mêmes, mais pour savoir s'il est matériellement possible de les accueillir.

F2n conséquence, à la suite de chaque budget communal figurera l'indication des matériaux que l'exécution des travaux projetés comportera, les dits matériaux seront portés ensuite dans un tableau récapitulatif résumant en un chiffre les quantités demandées à chaque service ; par exemple tant de tonnes de fer, tant de mètres cubes de bois, de pierre, etc.

Le conseil général groupera en un seul tableau tous les travaux communaux, redressés par lui au besoin, y ajoutera les travaux départementaux et fera les totaux tant du nombre de journées à employer sur la disponibilité que des quantités

(le chaque matière nécessaire à rexécution des travaux projetés.

Ce tahieau, envoyé au niinisli'e de l'intérieur, sera comniuni(|ué par lui aux autres ministres (|ui rexamineronl à un double point de vue :

1" Prélever sur la main-d^euvre dis[)onil)le le tant [)our cent (|ue nécessiteraient les travaux d'intérêt général. (Dans la praticpie, le tant pour cent à prélever pour travaux d'intérêt général, de même (jue le tant pour cent pour travaux départementaux seraient connus à peu près d'avance, de sorte (jue les communes en tiendraient compte dans leurs budgets et n'auraient pas ensuite à réduire sensiblement leur programme par suite de ces pi^élèvements.)

2" Voir si certains départements n'absorbent pas une quantité de matériaux disproportionnée avec leur importance et si, même la proportionnalité n'étant pas violée, l'ensemble des matériaux demandés n'excède pas les quantités qui peuvent être produites, en tenant compte des besoins des services courants.

Dans ces deux cas le ministre de l'intérieur renverra le budget aux départements en indiquant le tant pour cent de réductions à apporter dans chaque nature de matériaux, et le conseil général remaniera le budget dans ce sens.

Un conseil général qui estimerait que le ministre n'apprécie pas é(|uital)lement les besoins de son département saisirait la Chambre dune réclamation, et une commission nommée par la Chambre se prononcerait en dernier ressort.

Si l'on a bien suivi l'enchainement des explications (jui précèdent, on verra que le ministère recevra de tous les départements l'étal de la main-d'œuvre employée aux services courants, de la main-d'œuvre disponible, des travaux aux- (juels cette dernière pourra être employée, des matériaux que cet emploi nécessitera. 11 complétera ces tableaux eu les l'usionnant en un seul au(|uel il ajoutera les travaux d'intérêt général, comparera les ([uantités de matériaux demandés, augmentées des besoins des services d'entretien et de la consommation courante, aux quantités produites précédemment, verra de la sorte s'il est possible de les produire, et dressera

l'état général de la main-d'œuvre et de son affectation qui constituera le budget du travail dans ses deux parties : recettes et dépenses, ou mieux : travail disponible et son emploi.

La main-d'œuvre nécessaire à l'exécution des travaux d'intérêt général sera empruntée à l'élément mobile dont nous avons parlé. La Chambre répartira entre tous les départements le contingent nécessaire, en prenant soin d'observer la proportionnalité et cependant de recruter ses ouvriers autant que possible dans la région où s'effectueront les travaux. Les conseils généraux répartiront le contingent départemental entre les diverses communes d'après le même principe.

Le budget sera soumis à la Chambre qui y apportera les modilications reconnues utiles, accélérera l'activité de certains services, ralentira les autres, etc.

Nous croyons inutile de dire que pour donner à ces divers budgets l'élasticité indispensable, chacun d'eux contiendra une réserve pour travaux imprévus.

Par l'usage d'un budget ainsi établi, la plus belle ordonnance présidera aux travaux : toutes les forces seront utilisées ; les travaux seront exécutés dans l'ordre de leur urgence, aucune commune, aucun département, aucune région ne sera sacrifié puisque les unes et les autres auront un recours soit au conseil, général, soit à la Chambre, contre l'arbitraire d'un fonctionnaire ; l'abondance de la main-d'œuvre disponible, qui ira croissant au fur et à mesure que se développeront et fructifieront les institutions collectivistes, basées sur la science et la raison, permettra d'entreprendre et de réaliser les plus vastes programmes de travaux, de transformer la France et ses colonies.

Qu'on fasse la comparaison de cette formidable synthèse des forces sociales et des ressources infinies qu'elle crée, avec le gâchis de la malheureuse société capitaliste dans laquelle, faute d'organisation, tant de forces sont perdues, et qui se heurte à de misérables difficultés financières chaque fois qu'elle veut réaliser le moindre progrès matériel ou moral.

Il résulte de ce qui précède qu'il n'y aura plus de budgets de finances, mais des budgets du travail seulement. Observons à ce propos que l'Etat, expropriant les particuliers et devenant

possesseur unique du sol, des bâtiments et des moyens de production, expropriera en même temps les collectivités telles que les communes et les départements. Il en résultera une grande simplification dans les services, et les communes ne seront lésées en rien puisque, par leurs conseils municipaux, elles fixeront le programme des travaux d'amélioration qu'elles jugeront opportuns. Qu'importe à un citoyen que riiùtel de ville, la maison d'école, l'assiette des chemins appartiennent à la commune ou à l'Etat, pourvu que l'holel de ville, la maison d'école et les chemins existent ? Quand on considère le fouillis inextricable qui résulte actuellement de de renchevètrement des finances communales, départementales et nationales, les retards, les obstacles qui en sont la conséquence, on se sent saisi de pitié pour la malheureuse société capitaliste et d'admiration pour l'organisation collectiviste si simple, si forte et si souple ! En ce moment l'habitude de vivre au milieu dès absurdités nous en rend le contact moins sensible ; mais nos arrière-neveux, élevés dans la logique et la clarté du système collectiviste, n'arriveront pas à comprendre comment leurs ancêtres ont pu supporter des siècles une forme sociale aussi barbare.

Observons encore que le projet d'organisation que nous présentons assure l'autonomie communale et départementale aussi complètement que possible, puisque les volontés des conseils locaux ne rencontrent d'obstacles que dans l'impossibilité matérielle où peut se trouver l'Etat de les satisfaire.

On pourrait même faire à notre organisation du travail le reproche de laisser à l'initiative communale et départementale une telle latitude, et de réduire tellement les attributions du pouvoir central qu'aucune idée d'ensemble ne pourrait prévaloir et que les forces productives, éparpillées au gré des fantaisies locales, vers des buts ditïérents et parfois contradictoires, ne donneraient jamais les grands résultats qu'on est en droit d'espérer de la remise à l'Etat des moyens de production.

Ce qui peut faire naître celte idée, heureusement dénuée de fondement, c'est (jue dans les pages qui précèdent, nous n'avons peut-être pas assez insisté sur ce fait (pie les services

courants de la production générale échappent complètement à l'action locale et restent sous la dépendance directe de la Chambre et du Gouvernement. Or ces services courants représenteront au moins les quatre cinquièmes de la main d'œuvre existante. Le pouvoir central pourra faire de ces quatre cinquièmes l'usage le plus coniorme dans l'intérêt général, augmenter ou créer telle industrie ou telle culture, diminuer ou sui)primer telle autre ; il pourra, comme on dit vulgairement, tailler en plein drap. Il sera donc toujours à même de faire face aux besoins de la consommation.

Le dernier cinquième, qui constitue en quelque sorte la main d'œuvre flottante, se)"a seul à la disi)osition des autorités locales ; et encore la (Chambre pourra-t-elle y opérer tels prélèvements qu'elle jugerait utiles en vue d'objets d'utilité générale, ou pour augmenter le personnel des services courants. De cette façon le champ d'action des diverses assemblées représentatives sera bien délimité : aux conseils municipaux, aux conseils généraux, le droit de régler souverainement les travaux d'utilité locale ; à la Chambre le règlement des travaux d'utilité générale.

On peut nous pousser plus loin encore et nous dire : où s'arrêtera l'utilité particulière et où commencera l'utilité générale ?

La distinction entre elles ne saurait être faite d'après des principes absolus. On pourrait soutenir que lout est d'intérêt général et que tout est d'intérêt particulier ; il y aurait d'excellents arguments en faveur des deux thèses. Mais ce sont là des subtilités métaphysiques qui nous importent peu. Il suffit, pour la bonne administration de la société collectiviste, que les limites des pouvoirs des assemblées représentatives soient déterminées conventionnellement d'une façon bien précise.

Ainsi, il y a dans une ville un certain nombre d'ouvriers disponibles ; on peut les employer à la démolition et reconstruction de maisons, à la création de jardins publics, de théâtres, de musées, de chemins, etc II dépend du conseil municipal de se prononcer en laveur des travaux qui lui paraissent les plus utiles et les plus urgents. Pourquoi le

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pouvoir central voudrait-il imposer un théâtre à une population qui prélèrerait un square ?

Mais ce que le pouvoir central a le droit d'imposer, c'est ce qui touche l'exécution des lois générales ; par exemple n'cst-il pas évident (juavant de songer à créer un théâtre, un square, ou de reconstruire des maisons encore habitables, il laul assainir la ville par la création d'un bon système dégoûts, ou lui donner les écoles qui peuvent lui manquer ? L'utile doit passer avant l'agréable et le gouvernement saurait le rappeler aux municipalités qui l'oublieraient.

Un règlement administratif bien étudié, complétant et élucidant les dispositions d'une bonne loi, sera le guide des assemblées locales pour les empêcher de laire incursion sur le terrain réservé à l'Etat, et nous n'avons pas à entrer dans plus de détails sur ce sujet.

Nous avons dit que l'organisation collectiviste joint la souplesse à la force. Il suffit d'en comprendre le mécanisme pour se rendre compte de son élasticité.

La main-d'œuvre vient-elle à faire défaut ? On en ouvre un réservoir immense en augmentant d'une heure la journée de travail. Dans les campagnes, à certaines époques, les cultivateurs possesseurs de lots seront peu occupés. En faisant appel au concours volontaire de ceux d'entre eux qui seraient désireux d'ajouter le produit de quelques journées bien rétribuées à celui de leur exploitation, on aura une pépinière d'ouvriers laborieux et intelligents. Ces ressources seront-elles insuffisantes? On pourra employer la main-d'œuvre étrangère qui ne fera jamais défaut dans les pays restés soumis au régime capitaliste. On congédiera ces ouvriers supplémentaires quand la cause qui les aura fait venir cessera d'exister.

Au contraire, les progrès de toutes les branches de la production rendront-elles disponible une partie notable de la main-d'œuvre? On accélérera les grands travaux publics, on déveloj)pera la colonisation, ou on diminuera le nombre d'heures de la journée de travail, on abaissera làge de la retraite, on accordera des congés aux travailleurs.

De toute façon il sera toujours facile de tenir en constant

équilibre les disponibilités et les besoins.

Pour assurer le bon ronclionnement de tout le système, des inspecteurs généraux et départementaux, attachés au Ministère de Tintérieur, parcourront les communes, se feront représenter le budget du travail et en constateront Tapplication. Les chefs de service coupables de gaspiller les journées de travail mises à leur disposition, soit en les laissant inutilisées, soit en n'en tirant pas tout le produit normal, seraient Tobjet de rapports qui pourraient non seulement nuire à leur avancement, mais au besoin les faire rétrograder.

Les chômages ne pourraient se produire que par la négligence ou l'incapacité des chefs de service, ou par suite de circonstances accidentelles. Il va sans dire que les ouvriers n'auraient pas à s'en préoccuper et que leurs journées leur seraient payées dans tous les cas.

Comme les écoles professionnelles ne recevront qu'un contingent d'élèves en rapport avec les besoins de chaque profession, il est difficile de prévoir que certaines carrières puissent être encombrées tandis que d'autres seraient à peu près désertées. Si certaines se trouvaient dans ce dernier cas, il faudrait en conclure que les avantages qui y sont attachés ne compensent pas leurs inconvénients et il conviendrait soit d'augmenter le taux de la journée, soit de diminuer la durée du travail. De cette façon on trouverait vite des postulants.

Si par suite de circonstances exceptionnelles mais possibles il y avait surabondance d'ouvriers de certaines professions, on serait^quitte pour en verser un certain nombre dans des professions similaires, tout en ne diminuant pas leurs avantages. Ainsi un maçon pourrait faire des terrassements, un travail de carrières, etc. ; un horloger pourrait travailler dans la petite mécanique et les instruments de précision ; un mécanicien pourrait être manœuvre dans un atelier mécanique, un tailleur employé dans un magasin d'étolTes. En aucun cas on n'astreindrait un ouvrier à exercer une profession s'écarlant trop sensiblement de la sienne.

On voit combien, dans tout ce qui précède, nous nous sommes attaché, tout en apportant de l'ordre et de la méthode dans le travail social, à laisser le champ libre aux aspirations

individuelles. Un jeune homme, dans le cercle où le confine lorcémenl le degré de son in(elligence, peul choisir sa i)rofession : il j)eul s'élever ensuite aussi haut (]ue le comporteront les services qu'il rendra à la société ; il peut, devenu journalier ou ouvrier, rester dans sa commune ou voyager, choisir même les lieux de ses déplacements parmi ceux qui lui seront proposés. La liberté assurée aux travailleurs sera plus grande encore, car ils pourront de plus changer de profession et de domicile.

Toutefois quelques restrictions, dictées par le simple bon sens, seront apportées à l'usage de ces derniers droits pour les empêcher de tomber dans l'abus. Dans la société actuelle, en principe le travailleur est libre comme l'air : il va, vient, change de pays et d'occupations autant qu'il lui plait, chôme ou travaille. C'est le rêve.... Mais en fait, il ne peut se déplacer que s'il a des fonds pour faire les frais de son voj^age, il ne peut quitter une ville où il a du travail pour aller dans une où il n'en aurait pas ; enfin il ne peut changer de métier que s'il en connait un autre et s'il trouve de l'ouvrage dans ce dernier. Faute de réunir toutes ces conditions son droit reste absolument illusoire.

Dans la société collectiviste il trouvera un avantage marqué : la gratuité des chemins de fer, qui lui permettra de se déplacer tout à loisir s'il aime à changer de pays et de rentrer dans le sien tpiand il aura perdu le goût des pérégrinations. Mais il est bien entendu que s'il lui plaît de quitter une ville où ilavait de l'occupation pour aller dans une autre où on n'aurait que faire de ses bras, il y séjournera à ses frais et dans la limite de ses ressources. De même s'il quitte une profession où il est utile à la société pour en embrasser une autre, il faudra qu'il se procure un emploi danr^ la profession ((u'il aura préférée, et pour cela (ju'il justifie des connaissances spéciales à celte profession. En fait donc, un travailleur soucieux de ses devoirs et de sa dignité, devra, avant de' quitter une localité ou une profession, s'assurer si. dans la localité-ou la profession qu'il préfère, il peut trouver de l'ouvrage. Dans l'affirmative, en cas de changement de domicile, le transport gratuit sera accordé non seulement à sa personne et aux

membres de sa famille, ce qui est de droit, mais à son mobilier, sur justification qu'un chef de service lui a promis du travail là où il veut se rendre.

Il n'y a dans tout cela aucune tyrannie ; c'est l'application d'un principe d'ordre sans lequel il n'y a rien de possible. On conçoit que sans ces mesures de précaution, il pourrait y avoir afflux de bras sur certains points, notamment à Paris dont le rayonnement attirera toujours la province. Les avantages de la capitale, la certitude d'y être nourri même si l'on n'y trouvait pas d'ouvrage — nous pourrions même dire dans bien des cas : surtout si l'on n'y trouvait pas d'ouvrage — y amèneraient une foule de travailleurs des départements. Que ferait-on de cette armée oisive qui, pendant qu'elle encombrerait Paris, laisserait en suspens les travaux les plus urgents de la province ? Ce serair créer un état de choses intolérable, et personne ne pourra nous reprocher les restrictions, si naturelles et si bénignes, que nous apportons à l'exercice du droit fondamental de changer de profession et de pays.

Il nous reste à nous occuper du travail des femmes. Nous avons déjà dit qu'il ne serait pas une obligation pour les femmes mariées, ou veuves avec enfants, ou filles mères dans certaines conditions.

Le progrès des sciences devant avoir pour conséquence d'arriver un jour à affranchir presque totalement l'humanité de l'astreinte au travail matériel, il est évident que la femme devra bénéficier avant l'homme de cette exemption. Sa délicatesse plus grande, ses fonctions de mère et de nourrice, les soins de son intérieur, qui lui incombent à l'exclusion de l'homme, son rôle naturel et social en un mot exige qu'elle soit déchargée de toute obligation de participer à la production générale. E^xception sera faite bien entendu pour un petit nombre de professions dans lesquelles on ne pourra se passer des qualités spéciales de la femme. Mais elles seront assez rares pour qu'on en recrute facilement le personnel par concours volontaires, grâce aux avantages qui y seront atta-

chés, et (jiron puisse un jour, (juc nous espérons proehain, affranchir la femme de tout travail obligatoire.

En attendant, toutes les mesures seront prises pour que le travail des l'emmes et des jeunes filles soit aussi rapproché que possible des conditions hygiéniques nécessaires pour assurer leur plein développement physique. Plus de surmenage, plus de journées interminables dans des ateliers ou magasins à l'air vicié, plus d'emploi de la l'orce l'éminine comme moteur de machines. Presque du jour au lendemain donc, (rimmenses améliorations seront réalisées sur l'état présent.

Les jeunes filles recevront toutes comme les jeunes garçons l'instruction primaire ; les [)lus intelligentes seront envoyées dans les lycées ; les autres seront mises en apprentissage ou placées comme surnuméraires dans certaines administrations, principalement dans les magasins généraux ; au bout de trois ans elles seront ouvrières ou employées de troisième classe. La plupart se marieront jeunes.

Nous n'avons pas à entrer dans de plus longs détails à ce sujet, les règles posées plus haut pour le travail des hommes devant s'appliquer également à celui des femmes.

Disons, pour terminer ce chapitre, quelques mots d'une grosse question, ([ui a fait dire bien des paroles et couler bien des flots d'encre, et dont toutes les difficultés sont tranchées d'un trait de plume par le système collectiviste: nous voulons parler de la responsabilité civile des patrons en matière d'accidents. Celle responsabilité est établie par les articles 1382et 138:i du Code civil.

La jurisprudence, conformément aux principes du droit commun, a mis à la charge de l'ouvrier la preuve que l'accidenl était le résultat de la négligence ou de rim[)rudence du patron.

Naturellement les ouvriers étaient, neuf fois sur dix, dans rinq)()ssil)ililé de iaire cette |)reuve, même dans le cas où il y a\ait réelleuK'ul inii)rudence ou négligence du palron, parce que les témoins pouvaient manquer ou, dépendant du patron, ne pas oser déposer contre lui.

Les défenseurs des intérêts de la classe ouvrière ont alors essayé de renverser la situation et de mettre à la charge du patron la preuve qu'il y avait eu faute de la part de l'ouvrier.

C'était fouler aux pieds bien hardiment l'un des principes les plus sains de notre droit civil et méconnaître les droits légitimes des patrons (|u'on considère par trop, quand on se préoccupe exclusivement des ouvriers, comme exploitables à merci. Il y a évidemment beaucoup de patrons assez riches pour payer les indemnités sans en souffrir ; mais il en est d'autres — et ce sont les plus nombreux et les plus intéressants — pour lesquels il peut n'y aller de rien moins que de la ruine.

En un mot c'était tomber d'un abus dans un autre non moins criant

On l'a compris, et c'est alors qu'on a vu surgir l'idée de l'assurance, contre les accidents, payée partie par le patron, partie par l'ouvrier. Mais cette assurance ne peut être obligatoire ni par l'Etat envers le patron ni par celui-ci envers ses ouvriers. Ce n'est donc pas une solution et la question reste pendante.

Où est la vérité ?

Pour quiconque connaît un peu l'industrie, il est évident que la plus grande partie des accidents n'arrivent ni par la faute du patron, ni par celle de l'ouvrier. Il y a une somme de risques inhérente à chaque profession et que la prudence humaine ne peut conjurer. C'est ce qu'on a appelé le risque professionnel. Lorsqu'on se trouve en présence d'un accident de cette nature, est-il juste d'en faire peser la responsabilité sur le patron '? Et d'autre part est-il humain de laisser sans secours un ouvrier qui, même s'il était victime de son imprudence, devrait être secouru, mais qui est plus intéressant encore s'il n'a pas même une imprudence à se reprocher ?

Dans ce cas l'intervention de l'Etat s'impose, et le système collectiviste résout cette difficulté comme bien d'autres en laissant à la charge de la nation la réparation intégrale du préjudice causé par tout accident à l'ouvrier, qu'il soit occupé

dans les ateliers de l'Etat ou par des employeurs particuliers, qu'il y ait faute de la victime ou de Temployeur.

O n'est d'ailleurs qu'une ap])licalion particulière du principe de solidarité sociale qui est la base du collectivisme.

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