‹ L'application du système collectivisteChapitre 35 sur 82 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Agriculture.

Rappel du but général de cet ouvrage.

Ministère de l'Agriculture. — Directions et bureaux. — Conseil supérieur de l'Agriculture. — Conseils départementaux et cantonaux.

Directeurs communaux. — Leurs attributions : Surveillance des cultures, conseils aux cultivateurs, centralisation des commandes, réjiartition des produits agricoles, livraisons aux magasins généraux, choix des semences, entretien des bâtiments ruraux, statistique et projets d'utilisation des terrains improductifs.

Directeurs cantonaux. — Leur rôle. — Ecoles d'agriculture pratique.

Directeurs départementaux. — Instituts agronomiques. — Contrôleurs départementaux.

Centralisation des services. — Cas où elle serait nécessaire ou nuisible.

Augmentation de la production. — Répartition des cultures par départements, cantons, communes et cultivateurs. — Limitation de la production aux quantités nécessaires.

Grande culture. — Associations agricoles.

Petite culture. — Formation des lots. — Révision de ce travail. — Lots d'égal produit mais non d'égale surface — Division des cultivateurs en trois classes. — Mojens à emplo3'cr pour compenser l'inégalité de la fertilité du sol dans les différents lots — Salaire minimum des cultivateurs. — Apprentis. — Eventualité de lots plus considérables occupant deux adultes. — Avantages et inconvénients.

Attribution des lots. — Réserve d'une partie en faveur de certains besoins. — Concession des lots à titre d'usufruit viager. — Echanges. — Transmission à l'un des enfants du titulaire.

Récompense aux mérites agricoles exceptionnels.

Organisation du crédit aux cultivateurs. — Avances non remboursables. — Estimations à l'entrée et à la sortie. — Achats et ventes au comptant.

Indemnités en cas de pertes accidentelles.

Elèves des écoles et apprentis. — Journaliers agricoles. — Leurs classes. — Leur rôle.

Cultures diverses.

L'agriculture coloniale.

Au début de ce chapitre, qui commence la série de ceux devant traiter spécialement de l'organisation administrative dans la société collectiviste, nous croyons nécessaire de rap-

peler que nous n'avons nullement la prétention de présenter une organisation complète, prête à fonctionner du jour au lendemain. Une telle œuvre est tellement vaste qu'elle excède les forces d'un seul homme ; elle exigerait le concours de nombreux collaborateurs, travaillant patiemment pendant plusieurs années et apportant chacun ses aptitudes, ses connaissances particulières. Notre but, beaucoup plus modeste, est simplement d'indiquer les bases sur lesquelles cette organisation pourrait être faite, afin de prouver qu'elle n'est pas chimérique et de provoquer l'élaboration d'un projet complet, détaillé, immédiatement applicable.

Cette explication préliminaire nous défendra contre le reproche d'avoir laissé des lacunes dans notre exposé ou d'avoir insuffisamment étudié certains points ; nous nous en rendons parfaitement compte : mais nous ne cherchons pas à pousser notre étude plus à fond, ne voulant pas sortir du cadre que nous nous sommes assigné.

Le ministère de l'agriculture sera divisé, comme il l'est actuellement, en un certain nombre de directions à la tête desquelles seront placés des spécialistes. Le nombre et les attributions de ces directions seront déterminés selon les besoins du service. Pour donner une idée de cette division, nous en indiquerons seulement quelques-unes.

Composition et attribution des lots de culture.

Céréales, Prairies,

Viticulture,

Bétail,

Cultures diverses (betterave, olivier, mûrier, tabac, etc.),

Amendements et engrais,

Forêts et reboisements.

Défrichements, irrigations et drainages,

Pisciculture, apiculture, etc.,

Statistique générale.

Le cabinet du ministre centralisera les travaux de toutes ces directions et transmettra les instructions aux directeurs départementaux.

Il va sans dire que chac[ue direction sera divisée en bureaux ayant chacun ses attributions spéciales. Ainsi la direction des cultures diverses comprendra les bureaux des betteraves, pommes de terre, maïs, olivier, mûrier, tabac, houblon, pommiers à cidre, arboriculture, cultures maraîchères, etc. Inutile d'insister. Cette simple indication fait suffisamment comprendre l'ensemble de l'organisation.

A côté de ces directions, qui constitueront la partie agissante de l'organisation, existera le service du contrôle, placé également sous l'autorité du ministre, et (jui comprendra des inspecteurs régionaux; ces fonctionnaires donneront constamment leur avis sur le fonctionnement des divers services compris dans leur ressort et la valeur de leurs chefs, signaleront les imperfections et les progrès, indiqueront les améliorations réalisables, etc.

Les ordres ministériels seront adressés aux directeurs départementaux et transmis par ceux-ci aux directeurs cantonaux qui les transmettront à leur tour aux directeurs communaux.

L'esprit de routine ayant toujours la tendance de se glisser dans le sein d'une administration livrée à elle-même, et dont les membres n'ont de communication entre eux que dans la limite de leurs relations de service, des conseils consultatifs seront créés pour développer les progrès de toute nature et les innovations utiles.

A côté du ministre et sous sa présidence siégera le Conseil supérieur de l'Agriculture composé :

Des inspecteurs régionaux.

Des directeurs au ministère.

Des directeurs départementaux.

Des directeurs des instituts agronomiques, Et de délégués agricoles, nommés, comme il sera dit plus loin, à raison d'un par département.

Chaque membre de ce conseil apportera dans ses délibérations le fruit de ses observations personnelles et l'écho des besoins de sa région ; toutes les propositions seront étudiées et celles qui seront reconnues pratiques seront condensées en

un projet de règlement ou de loi que le ministre appliquera ou soumettra à la Chambre.

Le nombre et la durée des sessions du Conseil supérieur, comme des conseils dont nous allons parler, seront déterminés selon les nécessités reconnues.

A côté du directeur départemental et sous sa présidence, siégera un conseil départemental composé en outre :

Des contrôleurs départementaux,

Des directeurs cantonaux.

Des directeurs de iermes-écoles.

Des délégués agricoles à raison d'un par canton.

Les vœux des Conseils départementaux seront transmis à Tautorité compétente s'ils ont un caractère d'intérêt communal, cantonal ou départemental, et au Conseil supérieur s'ils ont un caractère général.

A côté des directeurs cantonaux et sous leur présidence siégeront des Conseils cantonaux composés :

Du directeur de la ferme-école.

Du chef de culture de cet établissement. Des directeurs communaux.

Et des délégués agricoles communaux à raison d'un par commune.

Les délégués agricoles communaux seront élus par les cultivateurs possesseurs d'un lot de chaque commune ; les délégués cantonaux seront élus par les délégués communaux et les délégués départementaux seront élus par les délégués cantonaux.

Ces divers Conseils auront d'autres attributions que nous indiquerons plus loin.

Nous allons maintenant indiquer les principales allributions des directeurs de l'agriculture, et nous commencerons par les directeurs communaux, base de tout le système.

Un directeur communal de l'agriculture sera incontestablement le fonctionnaire le plus important de tous ceux des communes rurales. Il recevra un traitement très convenable et aura deux ou trois employés dans ses bureaux. Il donnera

des conseils ou des ordres dans toutes les questions relatives à la culture.

Presque toujours en route, visitant successivement tous les cultivateurs de sa commune, il analysera leurs terres, leur indiquera les cultures, les engrais et amendements les mieux appropriés, les tiendra au courant des progrès agricoles de toute nature, les engagera à faire les améliorations utiles, bref, sera en tout leur conseil et leur guide. Les cultivateurs seront parfaitement libres de ne tenir aucun compte de ses avis. Mais s'ils négligent leur culture, l'abandonnent en tout ou en partie, le directeur leur donnera trois avertissements écrits après lesquels, sur délibération du conseil municipal, le lot qu'ils exploitaient leur sera retiré.

Par contre le directeur signalera dans ses rapports les exploitations les plus florissantes, dont les chefs seront récompensés comme nous le dirons plus loin.

Le directeur sera l'intermédiaire des cultivateurs pour tous leurs besoins : avances en espèces, semences, amendements, engrais, bestiaux, instruments aratoires, etc. Chaque année, à des époques déterminées, il centralisera les demandes de sa commune et les transmettra au directeur cantonal. En cas de désaccord entre un cultivateur et son directeur communal sur rétendue 'de ses besoins, le directeur cantonal statuera.

Le directeur communal établira chaque année et adressera au directeur cantonal la statistique précise de tous les produits agricoles ; il mettra dans une colonne à part la portion réservée par le producteur pour ses besoins personnels afin d'obtenir, par une soustraction, les quantités qui resteront disponibles pour l'approvisionnement local ou général.

En même temps, le directeur communal se fera remettre par le directeur du magasin général de la commune la statistique des produits qui y ont été consommés l'année précédente, avec ses prévisions pour celle qui suit. Muni de ce renseignement, le directeur communal retiendra dans la commune les produits nécessaires à sa consommation et mettra le surplus à la disposition du directeur cantonal. On verra plus loin comment s'en effectuera la répartition.

Gomme conséquence naturelle, le directeur communal sera

I"int( rniédiaire du ciillivateiir pour les livraisons à effectuer par ce dernier au magasin général et le règlement du montant de ces livraisons. Pour éviter d'encombrer les greniers des magasins généraux, le directeur du magasin donnera crédit au cultivateur du montant total de sa récolte (déduction laite de sa réserve })ersonnclle) sur une fiche signée par le directeur agricole et laissera cette récolte chez celui qui l'aura produite jusqu'à ce qu'il l'avise de venir la livrer à une date déterminée. De cette façon, dès le lendemain de sa récolte le cultivateur en recevra la valeur sans risque ni délai.

Avant de livrer les récoltes à la consommation le directeur aura soin de trier et mettre de côté les semences, qui seront payées plus cher au cultivateur. Il enverra un spécimen de toutes ces semences au directeur cantonal, qui, après comparaison avec celles qu'il recevra des autres communes, choisira les meilleures et rejettera les autres. Il y aura également, comme nous le verrons plus loin, des sélections de semences au département et au ministère afin que les bonnes semences soient envoyées dans les communes qui ne peuvent les produire.

Lorsqu'un cultivateur sera mis en possession d'un lot, c'est le directeur communal ipii mettra à sa disposition les semences, bestiaux, instruments aratoires, etc., dont il aura besoin.

Le directeur communal signalera gu service des bâtiments les réparations à faire dans les fermes, ainsi que les constructions nouvelles qu'il jugera nécessaires.

Le directeur communal dressera la statistique détaillée des terrains imi)ro(luctirs de sa commune; pour chaque i)arcelle, une analyse chimi(jue du terrain et un plan seront établis par lui. Il indi([uera les causes de l'état improductif du terrain, les cultures auxquelles il pourrait être [)ropre et les moyens à employer pour le mettre en valeur. Il indiquera les défrichements, reboisements, drainages, irrigations à faire et leurs avantages. Il fera trois catégories des terrains improductifs selon les diflicuités et les dépenses que nécessiterait leur mise en valeur. Ses rapports seront adressés au directeur cantonal.

L'énumération des attributions des directeurs communaux indique à peu près celles des directeurs cantonaux et départementaux.

Les directeurs cantonaux Teront des tournées dans les communes et y constateront l'état des cultures; ils adresseront des rapports au directeur départemental.

Ils auront sons leur surveillance une école d'agriculture pratique ou ferme-école qui sera créée dans chaque canton et le dépôt d'étalons qui y sera annexé.

Ils recevront les demandes des semences, engrais, instruments aratoires, etc., des directeurs communaux et les transmettront au département.

Ils présideront les Conseils cantonaux et, sur leur avis, feront la répartition entre les différentes communes de leur ressort des cultures qui auront été attribuées au canton par le conseil départemental.

Ils recevront les statistiques communales des produits agricoles et de la consommation locale, les centraliseront pour leur canton, et dirigeront sur les communes où existeraient des manquants l'excédent disponible de certaines autres. Ces compensations opérées, s'il reste un surplus disponible ils en aviseront le directeur départemental.

Ils feront la sélection des semences qu'ils recevront des directeurs communaux, |Ln feront des catégories et les soumettront au directeur départemental.

Enfin ils centraliseront tous les documents se rapportant à leur canton et les transmettront au département.

Les directeurs départementaux, correspondant directement avec l'administration centrale, joueront vis-à-vis des directeurs cantonaux le rôle de ceux-ci vis-à-vis des directeurs communaux. Nous croyons inutile de préciser davantage.

Dans la moitié des départements environ, en choisissant ceux qui sont le plus indiqués pour ce but, il sera créé un institut agronomi(jue dans lequel on donnera aux jeunes gens un degré d'instruction agricole supérieur à celui qu'ils recevront dans les écoles pratiques cantonales. Là sera la pépinière des employés de direction et des directeurs eux-mêmes. Cet

inslilut sera sous la surveillance du directeur du département dans lequel il sera situé.

Chaque institut agrononîi(jue coniprerulra une ou plusieurs écoles spéciales pour le genre de culture dominant dans la région où il sera créé.

Les directeurs déj)arlenientaux auront sous leur direction deux contrôleurs qui voyageront constamment pour leur rendre compte de l'état des cultures et du mérite des directeurs cantonaux et communaux.

Au ministère tout sera centralisé, sauf bien entendu les questions qui, n'ayant pas d'intérêt d'ensemble, pourront être tranchées à la commune, au canton ou au département. Il est bien évident que ce serait pousser trop loin l'amour de l'unification des services que de vouloir réserver au ministre la solution des mille détails (jui seront à régler tous les jours sur tout le territoire. Les règlements de la société collectiviste seront au contraire inspirés par un esprit largement décentralisateur, laissant une part considérable à l'initiative et à l'intelligence des corps secondaires. Mais sur bien des points la concentration des services sera une condition de bon fonctionnement et un énergique instrument de progrès. Par exemple citons la sélection des semences. Il ne suffirait pas que cette sélection fût faite entre plusieurs communes d'un même canton ou même entre plusieurs cantons d'un même département, car il pourrait se faire que tels départements donnassent d'excellentes semences, tandis que tels autres n'en donneraient que de médiocres. Il faudra donc bien que le choix se fasse entre les échantillons de tous les (lé[)artemenls.

Sur d'autres points tels (jue la concentration des commandes annuelles d'engrais, amendements, instruments aratoires, etc., l'action du ministère sera encore nécessaire, car il connaîtra ainsi les (fuantités totales à commander et se mettra en mesure de les faire livrer à temps. Les livraisons se feront directement des usines aux communes. Le directeur communal opérera la répartition entre les intéressés.

C'est encore par les soins du ministre que les départements ne produisant qu'une partie des produits agricoles nécessaires

à leur consommation recevront le supplément dont ils auront besoin des départements dans lesquels existerait un excédent des mêmes produits. Bien entendu les concentrations au ministère ne s'opéreront que sur le papier et les expéditions se feront directement du lieu de production au lieu de consommation.

Quant à Texcédent de la production générale, il sera livré au commerce extérieur qui en opérera la vente à l'étranger aux meilleures conditions possibles.

On voit déjà toute la supériorité dune aussi puissante organisation sur l'anarchie actuelle, dans laquelle chaque cultivateur, livré à ses seuls moyens intellectuels et pécuniaires, privé de tous renseignements, travaille sans méthode et sous les inspirations d'une aveugle routine. La société collectiviste lui apporte tout ce qui lui manque, met de plus à sa disposition les conseils de la science et lui permet ainsi de produire beaucoup plus de produits meilleurs, sans plus de fatigue.

Donc la production générale sera considérablement augmentée et améliorée. Nous allons voir maintenant que rien ne sera plus facile (|ue de la limiter aux quantités nécessaires à la consommation et d'éviter ainsi tout effort inutile.

Chaque année les statistiques établiront exactement les quantités de chaque produit consommé. On majorera ces quantités des augmentations présumées s'il y a lieu, et sur ces données, la Chambre fixera, dans son budget général de la production, les quantités qui devront être produites l'année suivante. On tiendra compte, bien entendu des incertitudes des récoltes et on se basera sur des moyennes. De fortes réserves, constituées durant les bonnes années, permettront de combler l'insuffisance des mauvaises.

Le ministre, assisté du conseil suj)érieur de l'agriculture, répartira la production générale entre tous les départements, en se basant sur la production de chacun les années précédentes. Quand il y aura à apporter des variations dans les quantités habituellement produites, par exemple à augmenter la viande en diminuant les céréales, le conseil supérieur fera

à son choix porter ces variations sur l'cnsomble des départements ou sur certains d'entre eux seulement. II pourra de cette façon supprimer de certaines régions, pour les transporter dans d'autres plus lavorisées, les cultures qui y donneraient de médiocres résultats.

Les directeurs départementaux, assistés du conseil départemental, l'eront ensuite la répartition de la production par cantons ; les directeurs cantonaux, assistés du conseil cantonal, la feront entre les communes ; les conseils municipaux de chaque commune, sur les propositions du directeur communal, la feront entre cultivateurs, en tenant compte dans la plus large mesure du possible des convenances de chacun et en se basant en général sur les quantités produites les années précédentes. On remar(juera d'ailleurs que les chiffres provenant de ces différentes répartitions n'auront rien d'absolu et qu'il n'y aura aucun inconvénient majeur à ce que la réalité soit un peu au-dessus ou au-dessous des prévisions budgétaires; il sera facile d'ailleurs de la maintenir au-dessus des besoins de la consommation, malgré l'accroissement considérable que prendra celle-ci, la production organisée scientifiquement devant donner un accroissement plus considérable encore.

Dès le début cependant, à raison de l'insuffisance actuelle de la plupart de nos récoltes, il pourra y avoir manquant. Le quantum fixé à chaque cultivateur d'après les prévisions budgétaires sera quelquefois supérieur à ce qu'il pourra produire. Mais peu à peu, grâce aux efforts de tous, stimulés par le concours de l'administration et la certitude d'une rémunération avantageuse, la production générale de la France s'élèvera au chiffre de ses besoins et s'y maintiendra malgré Taugnientation certaine et rapide de la population, (Chaque cultivateur n'aura plus alors qu'à s'en tenir à peu près au chiffre des années précédentes, et on affectera les terres nouvellement défrichées, en France ou aux colonies, à de nouvelles cultures. A défaut de mieux, on boisera toutes les terres alors incultes, ce (pii permettra de substituer partout le chauffage au bois, [)lus agréable et plus sain, au chauffage à la houille, et de ménager nos gisements houillers qui iie

sont pas éternels. Les boisements ont (railleurs, au point de vue de l'hygiène générale, de la régularisation des cours d'eau, etc., d'autres avantages sur lesquels il est inutile de nous étendre.

En résumé, avec l'organisation collectiviste, certitude complète de voir, dans toutes les branches de l'agriculture, la production s'élever et se maintenir au niveau des besoins ; certitude égale de ne pas les dépasser sensiblement et de ne pas produire d'accumulations inutiles : (quand nous parlons des besoins, nous y comprenons ceux du commerce extérieur qui échangera à l'étranger une partie de nos produits agricoles contre des objets que nous ne produirions pas en France) ; enfin suppression des conséquences fâcheuses des variations annuelles des récoltes par la constitution de fortes réserves. Que peut-on souhaiter de plus? C'est l'abondance et la sécurité pour tous. Bacon navait-il pas raison de dire : « L'âge d'or est devant nous, non derrière .' ))

La société collectiviste, qui réalise un pas en avant si énorme dans la voie du progrès, ne peut lui tourner le dos sur aucun point.

Il faut donc qu'en agriculture surtout les machines-outils puissent être employées partout où elles répondront à une utilité réelle.

Dans les pays accidentés, la plupart ne sont ni vraiment utiles ni même simplement pratiques. Dans ces pays la division de la terre en petits lots pouvant occuper seulement un cultivateur et sa famille donnera les meilleurs résultats. Tout sera bien utilisé ; rien ne sera perdu. C'est ce qu'on constate déjà aujourd'hui dans les régions où la propriété est divisée.

Mais dans les pays de grandes plaines, le morcellement exagéré des terres, en faisant obstacle à l'emploi des machines, pourrait élever le prix de la production.

Dans les cas où il sera reconnu avantageux de cultiver par lots plus considérables, ces lots seront confiés à des associations agricoles librement formées et dont les statuts seront déterminés par l'administration de façon à ce qu'aucun membre ne soit exploité par les autres. Ces associations

désigneront clles-niènios leur chelcjni sera renouvelable dans des conditions déterminées et aura droit à une part spéciale. Dans les cas où aucune association ne se présenterait pour réclamer certains lots de grande culture, ils seront cultivés en régie. Dans tous les cas le chef de culture sera placé sous la surveillance du directeur communal.

Dans cette esquisse rapide d'une organisation agricole, nous n'avons rien de plus à dire pour la grande culture ; mais nous devons entrer dans des détails plus circonstanciés sur la composition, Tatlribution et l'exploitation des lots de petite culture ([ui, vraisemblablement, représenteront la plus grande partie de la surface cultivable du pays.

Dès le début du fonctionnement du nouveau régime, il sera procédé à une formation rapide et provisoire des lots de culture qui seront immédiatement livrés aux cultivateurs. Ce travail sera effectué par des commissions communales sur les bases indiquées par l'administration centrale. Le principe général sera de laisser leurs terres aux petits propriétaires en les augmentant si elles ne représentent pas l'importance d'un lot, en les diminuant si elles la dépassent ; de partager les domaines entre les fermiers et métayers qui les cultivent, enfin d'attribuer le surplus aux journaliers agricoles les plus méritants.

Mais aussitôt après cette répartition sommaire commencera un travail de révision ayant pour but de corriger les erreurs qui s'y seront forcément glissées. Cette révision sera une œuvre de longue haleine ; elle durera vraisemblablement plusieurs années et sera entourée de toutes les garanties désirables. Les commissions qui y procéderont comprendront non seulement des éléments locaux, indispensables pour leur connaissance des lieux, mais aussi des éléments étrangers, détachés de tout intérêt local, et dont l'indépendance assurera ré(piité dans leurs opérations. 11 importo, en effet, que dans la France entière, les lots aient une valeur équivalente et que dans certaines comnumes ils ne soient pas démesurément augmentés.

Un registre spécial, mis dans cha(iue mairie à la disposi-

tioii (les intéressés, recueillera leurs ol)servalions sur la répartition provisoire et on peut être sur quelles ne manqueront pas ! Ce sera une première indication pour les commissions de révision ; mais elles n'en devront tenir compte que dans une certaine mesure.

Nous nous sommes demandé s'il convenait de faire tous les lots non pas d'égale superficie, mais dun revenu égal et s'il ne serait pas préférable d'en créer de différentes valeurs pour pouvoir les attribuer comme récompense aux cultivateurs les plus méritants et ne pas les décourager en limitant trop étroitement les résultats de leurs elTorts. Après réflexion nous croyons que ce serait créer une complication inutile et certaines difficultés, et qu'on peut, tout en les évitant, récompenser facilement les travailleurs laborieux et intelligents de façon à stimuler toujours les bonnes volontés.

Nous avons vu, aux cbapitres du travail et des salaires, que les ouvriers de toutes professions seront divisés en trois catégories ou classes, à chacune desquelles correspondra une augmentation de salaire. Il est juste d'appliquer la même règle aux cultivateurs. Ceux-ci seront donc également divisés en trois classes.

A ceux de troisième classe, on paiera leurs produits aux tarifs ordinaires.

A ceux de deuxième classe on majorera ces prix de 10 à 15 0 0.

A ceux de première classe on les majorera de 20 à 30 "/o.

De cette façon les cultivateurs méritants trouveront une large récompense de leurs efYorts sans avoir besoin de se livrer à un supplément de travail pour cultiver des lots plus étendus. Il est à peine nécessaire d'indiquer que ces majorations seront tout à fait indépendantes de celles que pourront recevoir les cultivateurs pères de famille comme représentant la part de leurs femmes et de leurs enfants. Pour quiconque a bien compris k fonctionnement de l'organisation collectiviste, ces majorations de prix, qui seront comprises dans les frais généraux sociaux, n'auront d'inconvénient ni au point de vue de la comptabilité ni à celui de la production. En effet, on basera les prix de revient des produits dérivés de ceux de l'agricul-

lure sur les prix du lariT ordinaire, (jui s(M'onl payés à la troisième classe, les majorations accordées à la deuxième et à la première classe ne constituant (juc des gratifications supj)lémentaires. D'autre part nous avons démontré que l'augmentation énorme de la production agricole et industrielle permettra de donner satisfaction à (]v^ besoins beaucoup plus étendus que ceux de la société actuelle. Ajoutons que toutes les majorations comprises dans les frais généraux sociaux, soit pour l'agriculture, soit pour l'industrie, soit pour les autres services, ne seront accordées qu'autant que le permettront les ressources du budget de la production, de sorte que l'Etat ne prendra pas d'engagements au-dessus de ses forces.

L'étendue des lots de culture devra forcément varier selon la valeur des terrains et la nature des cultures puisque leur revenu devra être égal dans toute la France.

Nous avons vu au chapitre tles salaires que la composition des lots de culture serait faite de façon à occuper le temps et la force du cultivateur, de sa femme et de son apprenti, payé par l'Etat, et que déplus l'Etat lui fournirait gratuitement le nombre de journées supplémentaires qui pourrait lui être nécessaire. Le nombre de ces journées supplémentaires varierait selon chatjue lot et serait fixé d'avance, une fois pour toutes, au moment de la composition des lots. Il serait peu considérable et se réduirait à quelques jours dans les époques des grands travaux, fenaison, moisson, vendange, pour les lots de bonne qualité et de petite superficie, ou encore pour les lots situés dans les pays d'élevage ; il s'augmenterait en proportion de l'étendue des lots, de la stérilité du sol et des difficultés des cultures. Dans certains cas il comporterait même l'adjonction au cultivateur d'un aide permanent, sans préjudice d'aides temporaires aux époques des travaux exceptionnels.

De cette façon on arrivera à assurer à tous les cultivateurs de France, quelle que soit la région à laquelle ils appartiendront, un salaire égal pour un travail égal. Les différences s'établiront par les qualités personnelles de chacun d'eux.

Quel serait le salaire minimum à assiner à chaque culti-

vateur par l'importance de son loi ? Il devrait être un peu supérieur à celui des journaliers agricoles de première classe, puisque l'attribution d un lot de culture serait Favancement donné à ces derniers. On a vu, au chapitre des salaires, sur quels éléments on se baserait pour le déterminer. Mais la femme du journalier agricole ne sera tenue à aucun travail, tandis que celle du cultivateur d'un lot sera tenue de vaquer aux mille soins d'une ferme qui ne sauraient incomber à son mari. Il en résulterait une différence au détriment du possesseur de lot qui se trouvei'ait ainsi n'avoir d'avantage sur le journalier de première classe qu'à raison du travail de sa femme. Il conviendra donc de composer les lots de façon à assurer au cultivateur un salaire supérieur à celui d'un journalier de première classe marié, sans préjudice des majorations dont il bénéficiera pour sa femme et ses enfants s'il en a. ^ Nou.s avons parlé à plusieurs reprises de l'apprenti qui serait adjoint à chaque cultivateur et qui, dans la plupart des cas, serait l'un de ses fils. C'est parce que nous avons admis que dans toute exploitation agricole il y a, à côté dugrostravail qu'un adulte seul peut faire, des travaux moins pénibles appropriés aux forces d'un adolescent, de môme que certains autres qui sont du ressort exclusif de la ménagère. D'ailleurs pour certains travaux l'homme a besoin d'un aide, fùt-il moins fort que liii. La nécessité d'un apprenti est donc évidente. Mais n'y aurait-il pas lieu de pousser plus loin et de composer des lots de telle sorte qu'ils donnent de l'occupation non seulement au cultivateur et à son apprenti, mais à un journalier agricole en permanence? C'est une question complexe que nos lumières ne nous permettent pas de trancher, car elle présente des avantages et des inconvénients. D'une part, en augmentant la superficie des lots et en mettant dans chacun deux hommes et un apprenti, on pourrait peut-être faire de meilleure culture ; de plus, on créerait une pépinière de journaliers agricoles très expérimentés en culture et très aptes à tirer bon parti des lots qui leur seraient confiés plus tard, tandis qu'à défaut de ce procédé les journaliers agricoles, occupés à des travaux très divers, pourront ne pas réunir l'ensemble des connaissances suffisantes pour devenir cvilti-

vateiiis de lois. Daiilro pari, le système que nous indiquons aurail le gros inconvénient de diminuer de près de moitié le nombre des lots, c'est-à-dire des cultivateurs indépendants, et d'augmenter celui des salariés. Nous nous bornons donc à indiquer le problème, laissant aux spécialistes qui seront chargés de réaliser l'organisation du tra\ail agricole le soin de le résoudre. On pourra d'ailleurs faire l'expérience des deux systèmes et choisir ensuite celui qui aura donné les meilleurs résultats.

C'est au directeur communal que s'adresseront les possesseurs de lots quand ils auront besoin de la main d'œuvre supplémentaire qui leur sera lournie par l'Etat. Les aides {{u'ils recevront ainsi seront toujours ou des journaliers agricoles de première classe, lesquels en participant aux cultures deviendront plus aptes à cultiver le lot qui leur sera plus tard attribué, ou des élèves des écoles pratiques d'agriculture.

Nous avons dit que les lots, composés d'après les principes qui viennent d'être indiqués, seront, au fur et à mesure des vacances, attribués aux journaliers agricoles de j)remière classe les plus méritants, par décisions du conseil municipal prises sur les propositions du directeur communal. Quelques exceptions seront apportées à cette règle :

Ainsi, il conviendra de laisser le dixième ou le cinquième des lots à la disposition du conseil général, qui en disposera, sur la proposition du directeur départemental, en faveur de journaliers agricoles d'un mérite exceptionnel. On peut aussi admettre que dans certaines communes il y aiua beaucoup de candidats pour les lots disponibles, tandis que dans d'autres il y en aura une proportion bien moindre. Il résulterait decesdifférences, que dans les dernières, lescandidats seraient pourvus immédiatement d'un lot, tandis qu'à mérite égal ou même supérieur, ils l'attendraient de longues années dans les premières. Les lots laissés à la disposition de l'administration déi)artemenlale permettront d'écfuilibrcr les chances.

Nous avons dit aussi (jue rattril)ulion des lots serait faite à titre d'usufruit à vie, ce qui équivautlrait en apparence au maintien de la propriété actuelle et faciliterait le changement

de régime en le rendant moins sensil)le. Il est évident que les possesseurs de lots pourront faire entre eux tels échanges qu'ils jugeront convenables ; nous voulons dire échanges d'un lot contre un autre et non dételle parcelle contre telle autre, ce qui bouleverserait les lots établis. Ces derniers échanges pourront cependant toujours s'opérer par la volonté persistante des parties ; ils deviendront nuls dès que Tune d'elles le voudra. En tout cas ils ne modifieront en rien la composition des lots, à moins que cette modification ne soit reconnue avantageuse par l'administration.

Les possesseurs de lots ayant obtenu des récompenses pour leur travail pourront aussi abandonner leur lot pour prendre un des lots vacants qui leur plairait davantage. Leur option aura toujours la priorité sur les droits des nouveaux candidats.

Parvenus à la limite dàge, qui sera vraisemblablement de ôô ans, les possesseurs de lots abandonneront leur lot et recevront une pension égale à la moyenne des cinq dernières années de leurs produits. Ceux d'entre eu.\ qui, ayant fait des économies, voudraient se retirer quelques années plus tôt, ne toucheront leur pension qu'à l'âge légal : mais ils auront le droit de transmettre immédiatement leur lot à un de leurs fils journalier de première classe. Osera rendre plus forte encore lapparence de leur droit de })ropriété, auquel les cultivateurs sont si fort attachés, et cette satisfaction, sans aucun inconvénient pour le système collectiviste, contribuera beaucoup à le faire accepter dans les campagnes.

Il nous reste à nous préoccuper des récompenses à accorder aux cultivateurs faisant })reuve d'une valeur exceptionnelle. A ceux-là, tous les degrés de la hiérarchie administrative seront accessibles, car dans la société collectiviste il n'y aura pas de carrière fermée, pas de parcage des citoyens en des classes infranchissables. Les possesseurs de lots ayant atteint les plus hautes récompenses attachées à leur situation et en méritant de nouvelles, pourront être nommés directeurs communaux, directeurs d'écoles pratiques, professeurs aux

insliluts ngron()iiii(|iies, clc, el sôlevcr cnsuile aussi liaiil ((lie le c()nij)orU'ra knir valeur.

Nous avons déjà dil ([ue [yav rinlerniédiaire des direcleiirs coiniminaux, les possesseurs de lots livrcraienl leurs produits aux magasins généraux et en seraient crédités même au ])esoin avant la livraison. Nous avons dit aussi que le prix appliqué à ces produits serait invariable et calculé d'avance de laçon à assurer au cultivateur une rémunération minimum convenable. Donc plus d'incerlilude sur la possibilité d'écouler sa marchandise, plus d'inquiétude sur la baisse possible des mercuriales. Il va de soi qu'il n'y a plus ni impôts, ni loyer, ni redevance d'aucune sorte à payer.

Nous parlerons plus loin, au chapitre de la comptabilité, d'une organisation de crédit permettant à tous les citoyens, quelle que soit leui- situation, de recevoir les avances, en espèces ou en produits, dont ils auraient besoin dans des circonstances exceptionnelles.

Les possesseurs de lots bénéficieront nalurellement de ces dispositions communes à tous les Français. Mais ils auront droit en plus, à raison des nécessités particulières de leur profession, à des avances spéciales devant faciliter leur exploitation.

En prenant possession de son loi, le cultivateur y trouvera généralement tout ce (|ui est nécessaire pour le cultiver, c'està-dire bestiaux et insliumenls agricoles. Il sera dressé un état estimatif de l'ensemble, dont il sera débité sur un registre spécial tenu par le directeur agricole.

Mais il arrivera parfois que la quantité des bestiaux et instruments agricoles existant dans le lot ne sera pas suffisante pour les besoins de l'exploitation. Le chitTre minimum de ces besoins sera réglé par une commission compétente d'une manière uniforme pour tous les lots, mais cependant en tenant com|)te de leur étendue et des conditions spéciales de la culture (|ui y sera |)rati(juée. Un crédit en bestiaux et outils agricoles sera ouvert aux détenteurs de lots pour leur donner le minimum fixé s'il n'est pas atteint; il leur sera en outre ouvert des crédits en engrais, semences, amendements et en

espèces pour leur permettre de vivre en attendant la récolle.

L'enseml)le des crédits ouverts ne sera jamais remboursable; mais par la suite les cultivateurs devront aclieter et payer comptant tous les bestiaux, instruments agricoles, engrais, semences, etc.. dont ils auront besoin : et ce ne sera que justice puisque le prix auquel on leur payera leurs récoltes comprendra tous les Irais généraux et amortissements.

Les possesseurs de lots seront tenus d'entretenir en suffisante quantité et en bon état les bestiaux et instruments agricoles nécessaires à leur exploitation ; faute par eux de le faire, ils s'exposeraient à se voir retirer leur lot sur un rapport du directeur agricole, un avis du conseil municipal et après trois mises en demeure restées infructueuses.

Si, à leur sortie, le prix de restiniation est supérieur au prix d'estimation à l'entrée, la différence leur sera versée en espèces. Si ce prix est inférieur, ils seront tenus de verser la différence ; un délai pourra leur être accordé pour leur permettre de le faire par retenues mensuelles sur leur pension de retraite.

Les mêmes retenues seraient effectuées sur leur salaire de travail si leur lot leur était enlevé avant leur admission à la retraite ; s'ils refusaient de travailler ou de se libérer dans un délai à fixer, ils pourraient être envoyés dans un lieu de travail forcé pour y payer leur dette.

Il sera donc tout à fait inutile d'ouvrir un compte courant aux cultivateurs sur les registres des magasins communaux. Ils livreront leurs produits et achèteront au comptant ce dont ils auront besoin I^es avances ([ui leur auront été faites la première année et qui seront maintenues pendant tout le cours de leur exploitation, les mettront toujours à même d'avoir les fonds nécessaires ijour se procurer tout ce dont ils auront besoin pour leur culture et leur consommation personnelle.

I^a plus grande indépendance sera ainsi assurée aux cultivateurs. Ils ne recevront du directeur que des conseils et ne pourront être tracassés en aucune façon, à moins que leur culture ne soit reconnue défectueuse.

Dans certains cas spéciaux, tels que amendements sur une grande échelle de terres de mauvaise qualité, drainages consi-

dérables, etc., il pourrait leur être ouvert des crédits exceptionnels, non remboursables, en main-d'œuvre et matériaux. Ces mesures ne seraient prises que de l'avis du directeur agricole en tenant compte des ressources disponibles.

Nous avons dit déjà (|ue la solidarité sociale couvrirait cbacjue citoyen contre tous les accidents pouvant l'atteindre dans sa personne ou dans ses biens. Le possesseur d'un lot, empêché par une blessure et une maladie prolongée, de vaquer à ses travaux, recevra non seulement les soins médicaux et remèdes nécessaires, mais en plus l'assistance d'un suppléant, le tout à titre absolument gratuit.

En cas de destruction de tout ou partie de son avoir par l'incendie, la foudre, la grêle, l'inondation, l'orage ou toute cause exceptionnelle de perte, il sera intégralement indemnisé.

Nous ne parlons pas de la sécheresse, de la gelée ni des autres laits nuisiJ)les aux récoltes, mais qui, rentrant dans les risques ordinaires de la culture^ ne peuvent donner lieu à aucune indemnité, une bonne année en compensant une mauvaise et le revenu de chaque lot ayant été déterminé sur des moyennes.

On se demande ce que l'agriculture pourra désirer de plus.

Nousnous sommes étendu sur la situation qui serait l'aileaux possesseurs de lots ; il convient de nous préoccuper aussi de ceux qui ne seraient pas encore parvenus à cette situation avantageuse.

Prenons l'enfant à sa sortie de l'école primaire, c'est-à-dire à 15 ans. Après une première sélection qui aura prélevé les sujets les plus intelligents pour les envoyer au lycée, les élèves restant })asseronl des examens pour entrer dans les écoles professionnelles vers lesquelles les porteront leurs aptitudes et leurs goûts.

Nous ne nous préoccupons ici que de ceux qui se consacreront à l'agriculture. (^ha(|ue année donc les élèves qui auront passé avec le })lus de succès les épreuves du concours seront envoyés à l'école d'agriculture du canton, où ils passeront trois années et recevront, avec le complément de notions

scientifiques nécessaires à Texercice de leur profession, les

connaissances pratiques du bon cultivateur. Ils en sortiront

avec le titre de journaliers agricoles de première classe.

Quant aux élèves qui n'auraient pas été admissibles à l'école d'agriculture du canton, ils entreront en apprentissage chez des cultivateurs possesseurs de lots, à qui l'Etat paiera leur nourriture et leur entretien ; ils recevront en plus de l'Etat une petite gratification en espèces. Souvent l'apprenti restera en cette qualité chez ses parents.

Après trois ans d'apprentissage ils deviendront journaliers agricoles de troisième classe et s'élèveront, s'ils le méritent, aux classes supérieures, à l'obtention d'un lot, etc. Les élévations de classe seront accordées sur avis conforme du conseil municipal et du directeur communal, par l'autorité départementale. Cette dernière sera fixée chaque année par le ministère sur la quantitéd'élévations qu'il est possible de consentir, eu égard aux ressources de la production générale.

Les journaliers agricoles seront chargés non seulement de prêter leur concours, temporaire ou permanent, aux possesseurs de lots, mais d'exécuter tous les travaux d'utilité communale relatifs à la culture ou s'y rattachant, tels que délVichements, reboisements, drainages, irrigations, chemins et routes, terrassements de toute nature, exploitations forestières, aide aux ouvriers des bâtiments, assainissements, endiguements, transports, etc.

Ces différents travaux seront classés par le conseil municipal par ordre d'urgence, et la main-d'œuvre disponible sera répartie entre ceux d'une urgence égale proportionnellement à leur importance.

Bien que dans un livre comme celui-ci on ne puisse pas tout dire, nous devons indiquer en passant que certaines branches spéciales voisines de l'agriculture, telles que la pisciculture, l'apiculture, la sériciculture, etc., y seront rattachées et rangées sous l'autorité des directeurs agricoles.

Ajoutons qu'elles recevront ainsi une impulsion extraordinaire qui se traduira par une sensible augmentation de certains produits alimentaires ou industriels.

La culture du mûrier, restaurée dans le midi de la F'rance, développéedansnos colonies, nous dispensera d'aller chercher à rétranger les cocons nécessaires à nos ral)riques de soie.

La piscicullure, repeuplant nos étangs et cours d'eau dévastés, fournira un aliment excellent et une distraction saine aux populations riveraines.

Les abeilles, intelligemment traitées, nous donneront en abondance leur miel parfumé.

Des soins spéciaux seront pris pour la conservation et la reproduction du gibier.

Tout sera facile avec une organisation simple et forte et des ressources illimitées en main-d'œuvre.

Mais avec le développement rapide de la population, il ne faudra pas se borner à tirer sa subsistance de la mère patrie, si féconde soit-elle. Il faudra songer à utiliser nos riches colonies, qui pourraient, à elles seules, nous nourrir et qui, grâce à l'anarchie capitaliste, nous sont plutôt à charge qu'à profit. D'ailleurs il est des pro(kiits (|ue le climat de la France continentale ne peut donner et nous devons aller les chercher sous de plus basses latitudes. Rien ne nous est plus facile puisque nous avons des colonies à climat tempéré, comme l'Algérie, la Tunisie, et d'autres placées dans la zone équatoriale comme le Sénégal, le Soudan, le Congo, l'Indo-Chine, Madagascar, la Guyane. Mais bien que cette question se rattache à certains égards à l'agriculture, nous croyons préférable de ne pas la scinder, et nous la traiterons dans son ensemble au chapitre des colonies.

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