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CHAPITRE XII

Commerce intérieur et extérieur.

Divisions et organisation de ee ministère.

Commerce intérieur. ~ Magasins généraux. — Leur approvisionnement en produits agricoles et industriels. — Leur fonctionnement dans les petites communes et les villes. — Contrôle.

Petites industries groupées autour des magasins généraux. — Hôtels, restaurants, cafés, coiffeurs, tailleurs, cordonniers, couturières, modistes, lingères, blanciiisseuses, repasseuses. — Conditions dans lesquelles elles scxerceront dans les villes et dans les campagnes.

Commerce extérieur. — Nécessité de maintenir notre commerce d'exportation. — Possibilité mais inutilité et même danger de trop 1 accroître, — Industries à créer en France pour nous dispenser de maintenir le chiffre de nos imjjortations. — Consuls de France à l'étranger ; leur mission. — Extension de la flotte marchande en cas de besoin.

Kapjiel des chapitres du présent ouvrage relatifs au commerce.

Réponse à l'objection tirée de l'impossibilité de supj)léer convenablement à l'industrie privée dans certains cas — Exemple choisi dans le cas le plus difficile, la mode. — Le collectivisme ne la supprimera pas. — Palais de la mode. — Leur rôle, leur utilité et leurs agréments. — Emulation entre chefs d'atelier et ses résultats. — Nos exportations de ces articles ne pourront qu augmenter.

Le titi'e de ce chapitre indique immédialemenl les deux grandes directions que comprendra le ministère du commerce et qui sont toutes naturelles.

La première, sous le nom de commerce intérieur, aura pour but de livrer aux consommateurs de Tintérieur les objets provenant de l'agriculture ou de l'industrie.

La seconde achètera à l'extérieur les matières premières et produits manufacturés que nos ressources nationales ne pourront nous fournir, et y vendra le surplus de notre production.

Dans chacune de ces dircclions il pourra être créé plusieurs sous-directions si on reconnaît que les chefs placés à leur tète auraient à diriger un trop grand nonihre de bureaux.

Le service du commerce intérieur et extérieur, ayant un caractère purement administratif et nullement technique, fonctionnera au moyen des chefs de services généraux, départementaux et communaux et de représentants à l'étranger, sans l'assistance des conseils techniques institués dans certains autres ministères.

Commerce intérieur.

Les objets de consommation seront mis à la disposition du public dans des magasins généraux dont il existera un au moins dans chaque commune.

Tous les directeurs de magasins généraux d'un mùme département seront placés sous les ordres d'un directeur départemental avec qui ils correspondront et qui correspondra luimême avec le ministère.

Nous avons vu, au chapitre de l'agriculture, cpie chaque année le directeur du magasin général de la commune remettrait au directeur agricole la statistique des objets consommés pendant ladite année, y joindrait ses prévisions pour l'année suivante et que, muni de ces renseignements, le directeur agricole retiendrait dans la commune la quantité de produits agricoles nécessaires à sa consommation et mettrait le surplus à la disposition du directeur cantonal.

Mais il arrivera souvent qu'une commune ne pourra récolter la quantité des produits agricoles nécessaires à sa consommation ; telle, où surabondera le froment, n'aura pas de vin, etc. Le directeur agricole remettra donc de son côté au directeur du magasin général une liste des produits qu'il pourra lui livrer, avec les ressources dont il disposera. Le directeur du magasin général, déduisant de la liste totale de ses besoius le montant de ce (ju'il trouvera sur place, connaîtra les quautités (ju'il devra recevoir du dehors et les signalera au directeur départemental.

Tout ce qui précède concerne seulement l'agriculture, dont

les sources de production existent dans toutes les communes. Pour rindustiic, dont le nombre des établissements est limité, l'organisation doit être dilïërente. Le directeur du magasin général ne se préoccupera pas de ce qui peut être produit sur place. Il dressera l'état des objets consommés Tannée écoulée, indiquera ses prévisions pour la suivante, les justifiera et transmettra sa demande au directeur départemental.

C'est sur l'ensemble de ces demandes, transmises par ce dernier au ministère, et auxquelles se joindront les demandes des autres services, que sera établi le budget du travail et de la production. Les quantités produites cliaque année correspondront donc toujours aux besoins, et les magasins seront approvisionnés sans difliculté.

Ainsi que l'avons vu au chapitre de l'industrie, les directeurs des magasins généraux, au fur et à mesure de leurs besoins et à des intervalles réglés, sauf pour les cas d'urgence, adresseront au directeur départemental la liste des produits industriels ou agricoles qui leur seront nécessaires. Ces commandes seront concentrées au ministère du commerce qui s'adressera, pour les faire livrer, à ses collègues de l'industrie et de l'agriculture. Ces derniers donneront des ordres aux usines ou aux directeurs départementaux agricoles pour que les livraisons soient faites directement à chaque magasin communal. Aucun retard ne sera apporté i)uisque, toutes les prévisions étant établies d'avance, il y aura toujours en réserve un stock suffisant pour satisfaire à toutes les demandes.

Le mécanisme du fonctionnement des magasins généraux, en ce qui concerne leur approvisionnement, sera donc extrêmement simple et ne comportera aucune cause d'erreur ou de dérangement.

Nous allons examiner maintenant leurs rapports avec les consommateurs.

Dans les petites communes il n'y aura qu'un seul magasin général, dans lequel seront groupés tons les produits à vendre, mais seulement, bien entendu, ceux d'un usage courant. Quant aux autres ils figureront seulement dans les prix courants, accompagnés autant que possible d'échantillons. De cette façon l'habitant d'une petite commune pourra, sans se

déranger, se procurer des objets rares cxislaiil seideme-iil dans les magasins spéciaux des grandes villes, dont nous allons parler.

Dans les villes secondaires, il y aura plusieurs magasins généraux, l'un pour les produits alimentaires, l'autre pour les tissus, etc.

Enfin, dans les grandes villes, la spécialisation sera presque complète : chaque magasin ne sera plus en quekjue sorte qu'un rayon contenant un assortiment de marchandises de même nature. De plus dans les villes de premier ordre il faudra établir dans les diiîérents quartiers plusieurs magasins de vente des mêmes objets pour la commodité des consommateurs.

Tous les achats se feront au comptant.

Il serait superflu de s'étendre sur les services intérieurs de manutention, de vente, de comptabilité de ces magasins: leur fonctionnement sera infiniment plus simple ({ue celui des grands magasins actuels, tout en étant basé sur les mêmes principes. Il est inutile de dire que les employés n'auront nullement pour mission de pousser à la vente, et que les clients seront laissés parfaitement libres de borner leurs achats à ce dont ils auront réellement besoin. Toutes les marchandises seront marquées en chilïres connus ; il n'y aura ni discussion sur le prix, (jui représentera toujours exactement leur valeur, ni réduction pour achats importants, ni escompte, ni reprise de marchandises ayant cessé de plaire.

Un registre d'observations, mis à la disposition du pul)lic, recueillera les plaintes qui pourraient être portées soit contre les employés, soit contre le fonctionnement des services. Un extrait journalier en sera adressé au directeur départemental. (Lette précaution, ajoutée à de frécjuentes inspections, suffira pour maintenir partoid le bon ordre et les convenances.

Dans les villes où existeront j)lusieurs magasins spécialisés, il y aura un directeur général (|ui aura en outre la direction de diverses petites industries qui se trouveront naturellement attachées à son service, telles ([ue hôtels, cafés, restaurants, coitleurs, tailleurs, cordonniers, couturières, modistes, lingères, blanchisseuses, repasseuses, etc..

Il est toutefois nécessaire d'expliquer que le directeur des services commerciaux d'une ville n'aura pas à se préoccuper de la i)arlic industrielle des professions ci-dessus, mais simplement de ce (jui concerne leurs rapports avec le public ; ainsi, en ce qui concerne les tailleurs, il existera un local dans lequel les clients viendront prendre mesure des vêtements et les essayer, mais les commandes seront exécutées par les vastes ateliers munis de machines perfectionnées, mues mécaniquement et fonctionnant selon le principe de la division du travail.

Les hôtels, cafés, restaurants, magasins et ateliers de coiffure seront administrés par des gérants ; nous n'avons pas besoin d'entrer dans des détails à ce sujet : chacun sait que les grands établissements de ce genre fonctionnant actuellement appartiennent à des sociétés et sont gérés par des employés, — ce qui prouve qu'il n'y a rien de chimérique à généraliser le système. — Il est entendu que des inspecteurs spéciaux s'assureront en permanence que les conditions exigées sont bien remplies, et d'ailleurs le service du contrôle qui s'étendra à toutes ces branches permettra toujours au public de signaler les faits dont il serait mécontent et d'en obtenir la cessation.

II y aura, dans les villes, un nombre suffisant de magasins de tailleurs, cordonniers, couturières, modistes, lingères, blanchisseuses, repasseuses, etc., pour permettre au public de s'y rendre sans avoir à faire de trop longues courses ; il y aura même dans chaque série de ces établissements des degrés dans leur luxe: ainsi certains magasins seront spécialement affectés aux vêtements ordinaires, d'autres aux vêtements fins ; il pourra même y avoir des degrés entre ces deux termes ; à chacun d'eux correspondra une différence sensible entre les prix, de façon à ce que le luxe se paye, mais que ceux qui le désireront puissent toujours le trouver à leur portée.

Dans les petites commnnes, les hôtels, cafés et restaurants seront souvent confondus dans le même établissement. Les autres petites industries seront groupées clans le magasin général lui-même, dont elles formeront des rayons spéciaux.

Ainsi il y aura dans chaque commune, au magasin général :

Un coilTeur ((iii, s'il n'est pas continiiolk'Tnent occupé, devra èlre chargé en même temps d'un autre service (vente de mercerie, parlumerie, etc.) ;

Un tailleur avec, au besoin, un ou plusieurs ouvriers, qui prendra les mesures, fera choisir au client l'élorte qu'il préférera sur un carnet d'échantillons, fera les essayages et livrera au client. De plus il fera les réparations. Il est certain que la nouvelle organisation du travail du vêtement aura pour effet de diminuer, dans une forte proportion, l'usage des vêtements confectionnés ; aussi se dispensera-t-on d'en avoir un stock dans les magasins généraux des petites communes. On n'en aura même dans les magasins des grandes villes qu'autant qu'ils seront fréquemment demandés par le public ;

Un ouvrier cordonnier qui procédera comme le tailleur ; mais l'usage des chaussures confectionnées étant plus répandu, chaque magasin des communes devra en avoir un stock.

11 y aura de même, dans chaque commune, une couturière, une modiste, une lingère, une blanchisseuse, une repasseuse, avec un nombre d'ouvrières qui variera selon les besoins.

Même organisation pour les charrons, maréchaux, etc.

Il est entendu cpion ne fera, dans les petites communes, que les objets de fabrication courante et que les objets de luxe ne se trouveront tjue ilans les magasins des villes.

Commerce extérieur.

Les importations de la France dépassent annuellement ses exportations d'un chilTre cpii varie mais qui s'élève toujours à plusieurs centaines de millions. Celle somme représente donc une (piantilé d'or qui, ciKUjue année, passe de F'rance à l'étranger. Heureusement elle est plus (|ue compensée par diverses causes, ce (jui l'ail (|ue notre pays, malgré la décadence relative de son industrie el de son agriculture, continue à s'enrichir. Dans la société future, il ne sera nullement intéressant de pousser à l'exportation pour augmenter de plus en plus la masse d'or existant en France. Il n'en résulterait

pour les citoyens IVançais aucun accroissement de bien-être, et si nous drainions Tor étranger, ce qui nous serait facile par suite de la supériorité de notre organisation industrielle (à supposer qUe les autres nations ne suivissent pas notre exemple), nous linirions j)ar exciter leur convoitise et les amener à se coaliser contre nous pour nous reprendre Tor dont nous les aurions peu à peu dépossédées.

D'autre part, il ne laudrail pas laisser le chitTre de nos importations présenter sur celui de nos exportations des excédents croissants, — ce qui aurait })our résultat de faire passer tout notre or à l'étranger et nous mettrait dans l'impossibilité d'en retirer les objels dont nous aurions besoin. Il sera donc nécessaire de tenir à peu ])rès égale la balance des deux chiffres, ce qui sera toujours facile puisque la production ne sera guère limitée que par notre volonté.

Il est toujours avantageux pour un pays de pouvoir suffire lui-même à tous ses besoins et de n'être tributaire d'aucun autre, car si la guerre éclate entre lui et ses voisins, il n'est pas exposé à se voir brustjuement privé d'objets d'utilité.

Cependant il ne faut rien exagérer dans cette voie et ne pas s'acharnera créer et faire vivre dans ce pays des industries ou cultures placées dans des conditions économiques sensiblement inférieures à ce qu'elles sont dans d'autres pays.

Supposons, par exemple, que les essais qui devront être tentés pour produire du coton dans nos colonies donnent de mauvais résultats soit comme qualité, soit comme prix de revient. Supposons, d'autre part, que nous réussissions à produire à bon marché de grandes quantités de vin et de soie. Il sera plus avantageux pour nous de renoncer à la culture du coton et de développer la production du vin et de la soie dont l'écoulement à l'étranger compensera les dépenses de nos achats de coton.

Autre temple :

Si le minerai de fer existant en France ou dans nos colonies ne contient ((u'une proportion insuffisante de métal ou soit chargé d'impuretés rendant onéreuse la fabrication, il vaudra mieux, pour nous, tirer notre minerai de l'étranger.

En résumé, la règle à adopter sera de produire nous-mêmes

tout ce que nous pourrons produire au prix où nous rachèterions à lélrani^er ou même à un prix un j)eu supérieur, mais (le continuer à tirer de l'étranger les objets ou matières premières (jue nous ne ()ourrions profluire (\uv dans des conditions très onéreuses.

Il est bien entendu (jue nous ne tirerons de Tétranger (juune quantité de produits équivalente à la valeur de ceux que nous pourrons lui vendre, et que si, par des circonstances quelcon(|ues, ses marchés nous étaient Termes, nous devrions coûte que coûte produire nous-mêmes tout ce dont nous aurions besoin.

Cette éventualité est d'ailleurs assez invraisemblable, car, étant admis que nos moyens de production seront à peu près illimités, il nous sera toujours facile d'écouler nos produits à l'étranger pour compenser nos achats. Nous pourrons en elYet abaisser nos prix de vente même au-dessous du })rix de revient et cela sans aucun inconvénient.

Les indications générales qui précèdent suffisent presque pour faire comprendre le fonctionnement du commerce extérieur : il sera à peu près identique à celui d'une grande maison d'exportation et d'importation sous le régime capitaliste.

Le budget du travail, de la production et de la consommation déleriuinera chaque année la quantité des produits à écouler à l'étranger et de ceux à en tirer.

La France aura, dans toutes les villes importantes du monde, des consuls qui, à la dilférence des consuls actuels, exerceront réellement des fonctions conformes à leur titre. Ils seront principalement chaigés, en elîet, de renseigner le ministre du commerce sur les facilités d'achats et de ventes qu'ils, constateront dans leur région, et sur les ordres qu'ils recevront, de passer des traités pour réaliser ces transactions au mieux des intérêts nationaux.

Ils devront de plus se tenir très au courant des progrès industriels et agricoles (jui seraient réalisés dans les pays où ils auront leur résidence, suivre attentivement tous les perfectionnements, toutes les inventions, qui amélioreront les conditions de la production, et les signaler au ministère, de façon à ce que la France n'ignore rien de ce qui se passera

au-delà de ses frontières et soit en mesure de profiter immédiatement des avantages qui en résulteront pour les autres nations.

S'il y a sural^ondance de main-d'œuvre et si l'on cherche des emplois pour les bras disponibles, ce qui sera presque toujours le cas, le commerce extérieur fera faire exclusivement par les bateaux français les transports des marchandises qu'il achètera, comme de celles qu'il vendra dans les pays où les communications maritimes sont possibles. Il s'adressera à cet elïet au service des transports et de la navigation, dont nous parlerons plus loin, et ce service fera construire un nombre de bateaux suffisant pour donner salisfaction aux demandes qu'il recevra. Si au contraire la maind'œuvre est rare, on fera faire par l'étranger tout ou partie de ces ti-ansports.

Pour ne pas faire de répétitions, nous ne reproduirons pas dans ce chapitre diverses indications relatives au commerce et qui ont trouvé place dans d'autres parties de l'ouvrage.

Rappelons seulement que ce qui touche le prix de vente est contenu dans le chapitre III du présent livre et que certaines exceptions sont mentionnées au chapitre III du livre IV. Ce dernier chapitre indique en outre les limitations de fait ou de droit qui seront apportées à la liberté du commerce privé extérieur et intérieur. D'autres ([uestions relatives au commerce sont traitées aux chapitres VI et X du présent livre, etc.

Les économistes qui tiennent qu'en dehors de l'initiative privée il n'est point de salut pour les honnêtes gens, comprendront difficilement que l'organisation collectiviste du travail puisse la remplacer, surtout dans certains cas où il semble bien, de prime abord, que la première doive se montrer supérieure à tout autre mode de production. Nous ne pouvons passer en revue toutes les professions et expliquer les conditions dans lesquelles elles seront exercées, pour montrer qu'aucune d'elles n'aura à souffrir. Prenons seulement comme exemples celles dans lesquelles la fantaisie individuelle, l'absence de toute réglementation uniforme paraissent le plus

in(lisi)ensal)les, c-"esl-;i-(liie tout ce qui est régi i)ar ce lyran capricieux quOu appelle la mode: vèleuiculs dhouiuies et de dames, chapeaux, etc.

Hàtons-nous de déclarer, pour ue pas uous exposer un seul inslanl à la colère du beau sexe, que nous ne songeons nullenienlà résoudre la diriicullé en supprimant la mode. Loin de nous celle monstrueuse pensée ; nous comptons trop sur le concours des propagandistes leminins en laveur de nos idées pour nous exposer à nous l'aire de toutes les dames des ennemies irréconciliables en les blessant dans le plus sensii)le de leur être. Et puis ne serait-ce pas dépouiller notre société de l'un de ses plus grands charmes que de supprimer cette infinie diversité des costumes de dames qui donne à chacune son expression particulière et lait de leur vue une récréation pour les yeux et l'esprit? Ecartons donc bien vile une pareille hypothèse.

La France est par excellence la nation du bon goût. Ses toilettes sont un objet d'exportation universel : il est indispensable de maintenir cette forme — hélas bien atténuée — de notre ancienne hégémonie, ne fût-ce que pour ne pas réduire sans nécessité le nombre des objets que l'étranger nous demande encore. Heureusement ce sera facile.

Dans les grandes villes, de somptueux bâtiments, dans lesquels l'art mettra toute sa grâce, seront affectés aux commandes et à l'essayage des vêtements d'hommes et de dames. On y trouvera des salons de conversation, de lecture, des buffets bien approvisionnés, des distractions de toute nature. Les dames s'y donneront rendez-vous comme chez les grands couturiers actuels; elles y tiendront les assises de la mode et du goût : toutes les {|uestions délicates relatives à la toiletle y seront discutées à fond. CJiaque dame aura son couturier l)référé ({ui sera, non plus un industriel indépendant, mais le chef d'un des ateliers de la collectivité, et aura sous ses ordres, comme aujourd'hui, un personnel de coupeurs, d'essayeurs, etc. Les divers ateliers seront indépendants les uns des autres et chaciue chef aura intérêt à développer le sien, c'est-à-dire a augmenter sa clientèle en lui donnant pleine satisfaction, car il sera rétribué en proportion de la

production de son atelier. La concurrence ou plutôt Témulalion entre les diirérejits chel's d'atelier sera donc vivement surexcitée ; tous s'ingénieront à trouver des nouveautés, à surpasser leurs collègues, et sûrement les elTorts qu'ils accompliront pour bien taire donneront des résultats égaux sinon supérieurs à ceux qui sont obtenus actuellement. Chaque chef, en effet, disposera de toutes les ressources désirables et sera affranchi des tracas d'affaires qui pèsent si lourdement sur l'esprit des industriels capitalistes.

Nous pensons donc que nos aimables concitoj'ennes ne regretteront pas l'ancienne société et qu'après avoir lu les lignes qui précèdent elles ne nous prendront plus pour des sauvages étrangers à toute esthétique.

Quant aux visiteuses qui viennent de tous les bouts du monde se retremper aux sources de l'élégance française, elles non plus ne se plaindront pas : nos palais de la mode seront les temples où elles iront le plus volontiers faire leurs dévotions. Bien plus accessibles que les salons privés, puisqu'ils seront ouverts à toutes les dames, ils seront beaucoup plus fréquentés que les maisons des grands couturiers actuels et, loin de diminuer, le chiffre de nos atïaires d'exportation ne pourra que s'accroître de ce chef.

Cet exemple prouvera à nos détracteurs que le régime collectiviste n'est embarrassé devant aucune situation, et les découragera sans doute s'ils étaient tentés d'accumuler des objections sur des détails non prévus dans ce livre; ils peuvent être convaincus d'avance, en eifet, qu'à toutes il serait facile de répondre.

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