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CHAPITRE XIX

Colonies.

La France est une médiocre colonisatrice — Nécessité des colonies j50ur les nations collectivistes. - Notre domaine colonial est suffisant. — Devoirs du peuple colonisateur envers le peuple asservi. — Illusions dangereuses.

— Le décret (h-émieu.x et les Juifs d'Alsférie. — La colonisation en Algérie.

— Résultats bien imparfaits — Difficulté de la production et de l'écoulement des produits. — Riscpies disijroportionnés aux bénéfices. — Le régime capitaliste contrarie les améliorations du sol — Son but est avant tout de faire rapporter de gros intérêts au.\ capitaux. — Le but du collectivisme est de produire beaucoup. — Recrutement des travailleurs coloniaux parmi les condamnés, les indigènes et les volontaires français.

— \'illages et lots de culture. — L'écliec des tentatives antérieures ne prouve rien — Exemple tiré de la culture du caroubier. — Développement des autres cultures. - Exploitation des mines. — Résultats généraux.

— Application de la même métbode aux autres colonies.

Nouvelle organisation coloniale — Le problème à résoudre. — Institutions administratives. — Gouverneur général. — Censeurs. — Equilibre de ces deux pouvoirs — Conseils généraux et conseil de gouvernement. — Budget de la production. — Représentation coloniale.

C'est un dicton courant que la France n'est pas une nation colonisatrice ; non que les colonies lui manquent : elle a. Dieu merci, une pari assez belle du monde barbare, bien qu'elle se soit laissé ravir l'Indoustan, le Canada et St-Domingue ; mais évidemment à cause du parti médiocre qu'elle sait tirer de celles (jui lui appartiennent.

Il serait injuste de prétendre que la stérilité de nos entreprises coloniales tient exclusivement à la forme sociale actuelle, puisque l'Angleterre, avec le même régime, a su retirer des siennes des avantages considérables. Mais il ne nous sera pas diflicile de démontrer que si la France collée-

tiviste avait à rivaliser avec lAnglelerre individualiste, elle conquerrait de haute lutte la suprématie.

Les colonies, utiles à la plupart des nations, deviendront indispensables à celles qui se donneront des institutions collectivistes : il faudra, en efTet, trouver un écoulement pour l'énorme excédent de population qui en sera la conséquence prochaine et qui, à un moment donné, se trouvera à l'étroit sur le sol de la métropole, quelle que soit Taugmentation de production, résultant de la perfection scientifique qui sera apportée dans l'agriculture et dans l'industrie ; il faudra de plus procurer à la métropole les matières premières et marchandises qu'elle ne peut produire elle-même, et pour lesquelles elle ne doit pas rester tributaire de l'étranger.

Le domaine colonial de la France nous semble d'ailleurs parfaitement suffisant pour répondre à tous ses besoins présents et futurs : il lui suffira de le mettre en valeur. Nos colonies, en effet, se sont accrues depuis quelques années dans une proportion considérable : l'hido-Chine, Madagascar, la Tunisie, le Congo, le Soudan peuvent parfaitement produire toutes les matières premières dont notre industrie a besoin, et notamment le colon, dont nous importons chaque année pour 150 millions de francs, provenant d'Egypte, des Indes et d'Amérique.

La France, en s'annexant un territoire occupé par des peuples d'une civilisation inférieure, ne doit pas oublier qu'elle se crée des devoirs envers eux ; elle doit les traiter avec humanité, facili(er leur développement, veiller à ce qu'ils ne manquent pas du nécessaire, et les amener graduellement à un état social plus parfait. Sur ce dernier point il faudra se garder des illusions et considérer le temps comme le principal facteur de l'œuvre civilisatrice. Jusqu'à ce qu'elle soit accomplie, les peuples conquis devront rester nos sujets, n'être appelés à aucune part dans la direction des affaires publiques et être gouvernés selon leurs mœurs. Exceptionnellement et comme la plus haute récompense qui puisse être ambitionnée, le titre de citoyen français sera accordé aux indigènes qui l'auront méritée par leurs services et leur développement intellectuel. Dans aucun cas on ne naturalisera en bloc une nation

ou une race, comme Crémieux la fait, en 187U, de ses coreligionnaires d'Algérie, mesure funeste qu'on ne devra pas hésiter à rapporter. Les instincts de bas mercantilisme, de lucre sordide de la race juive en font une acquisition peu enviable, pour une nation dont les institutions seront réi)anouissement de l'altruisme le plu^ pur. D'autre part, on ignore trop en France, où l'on voit journellement des juifs ressemblant à tout le monde, que la plus grande partie de ceux d'Algérie sont restés aussi sauvages que les Arabes, et qu'il est écœurant autant qu'humiliant pour un Français de voir des égaux dans ces affreux bonshommes, costumés en Turcs il'opérette, moins la propreté, ne connaissant de notre langue qu'un incompréhensible sabir, sans moralité, sans dignité, prêts à toutes les sales besognes pourvu qu'on les paye, constituant en un mot ce qu'on peut appeler la lie d'une population. A côté de cette tourbe, il existe, nous le reconnaissons, des juifs qui ont pris les mœurs, la langue et le costume français ; mais si on pouvait leur arracher cette enveloppe, combien on les trouverait peu dilïérents de leurs frères non transformés!.. D'ailleurs nous le répétons, qu'aux plus méritants d'entre eux, aussi bien qu'aux plus méritants des Arabes, on accorde le titre de citoyen français, nous n'y voyons aucun inconvénient ; mais que ce litre leur appartienne de plein droit par la simple raison qu'ils sont juifs, c'est une monstruosité qu'il faudra faire disparaitre.

Puisque nous venons de parler de l'Algérie et que, sauf quelques iles qui nous appartiennent depuis des siècles, elle est, à beaucoup près, la colonie où la France a fait le plus d'efforts et de sacrifices, et où elle a obtenu le plus de résultats, nous continuerons à la prendre pour sujet d'étude, les critiques que l'anivre colonisatrice algérienne de la société cai)italiste pourra nous inspirer devant s'appliquer avec beaucoup plus de force à nos autres colonies.

Nous avons vu bien des auteurs s'extasier sur la transformation derx\lgérie depuis c[u'elle appartient à la France. Il est certain qu'on a beaucoup (ait ; mais quand on examine ce qui reste à faire, on se sent ramené à plus de modestie. D'immenses surfaces de terres fertiles restent couvertes de

broussailles ; ce qui est cultivé lest généralement fort mal et par conséquent produit fort peu; on ne tire qu'un très faible parti des cours d'eau qui, employés à l'irrigation, permettraient de décupler le rendement des terres riveraines ; on n'a rien fait pour modifier le climat et régulariser les rivières au moyen de reboisements métbodiques ; on n'exploite à peu près pas les richesses minérales qui abondent. Ce vaste paj^s qui nourrissait Rome, ne commence que depuis peu d'années à se suffire à lui-même ; la comparaison entre la colonisation romaine et la nôtre est humiliante pour nous. Encore ne pouvons-nous en juger que par les ruines qu'ont laissées derrière eux les Vandales, les Arabes et les Turcs. Mais ces ruines jonchent le sol algérien. On les retrouve au cœur des montagnes kabyles, dans les endroits où il n'y a même pas d'habitations françaises. PZlles prouvent combien les Romains occupaient fortement ce pays ; ils y construisaient des palais et nous y élevons des masures, sauf il est vrai dans les grandes villes. Il est juste de dire qu'ils ont eu plusieurs siècles pour parachever leur œuvre, tandis que nous n'avons commencé la nôtre que depuis moins de soixante-dix ans ; mais ils n'avaient pas comme nous les chemins de fer et la navigation à vapeur.

Quand on quitte les villes, où le commerce a créé une certaine aisance et qu'on pénètre dans les villages et les fermes isolées, on est frappé du peu de prospérité qu'on y constate. La plupart des colons vivent péniblement; beaucoup, venus en Algérie avec un pécule, s'en retournent ruinés après avoir courageusement travaillé ; l'usure les écrase ; les expropriations sont fréquentes et les terres se vendent à vil prix. Comljien de villages, de création récente, sont déjà abandonnés et tombent en ruines !

C'est qu'il est passé, le temps où les hommes aventureuxqui partaient pour les colonies, en revenaient presque tous avec une fortune, le temj)s où des planteurs, cultivant au moyen d'esclaves, vendaient très cher des produits qui leur coûtaient peu. Actuellement les meilleures exploitations deviennent médiocres, ou même tout à fait mauvaises, à raison de la concurrence qui limite les profits et augmente les risques. La

lulle jiour la vie est dure, j)oiir le colon ([iii doit vaincre une double dirUcnllé : produire, puis vendre ses produits. La pioduclion à Iheclare n'est, en somme, i)as su[)érieurc à ce qu'elle est en France ; elle n'est pas moins coûteuse ; aux fléaux qui éprouvent l'agriculture Irançaise s'ajoutent les fléaux spéciaux à l'Algérie : le sirocco, dont le souffle bridant enlève parfois les quatre cinquièmes d'une récolte, les sauterelles, dont les ravages sont connus :, puis, spécialement pour la vigne, les altises, coléoptères sauteurs qui rongent le parenchyme des feuilles. Le colon a tout ù créer dans ce pays neuf; il man((ue toujours d'avances ; deux ou trois mauvaises années consécutives peuvent le ruiner complètement.

Cependant la plus grande partie des récoltes échappent à ces causes de destructions qui, heureusement, ne sont pas générales. Reste alors la deuxième difflcnlté : la vente à un prix rémunérateur des produits. Plus que les cultivateurs de France, les colons algériens sont victimes des fluctuations que l'agiotage, ou simplement le jeu naturel de l'offre et de la demande, apporte dans les cours. Ceux des vins varient parfois du simple au double d'une année à l'autre. Dans ces conditions il n'y a aucune sécurité pour le producteur qui peut être réduit à la misère au sein même de l'abondance.

Quand on se rend compte de la nature des causes qui font obstacle à la prospérité des colons algériens, on constate qu'elles tiennent surtout à l'organisation de la société capitaliste. L'initiative individuelle (jue cette organisation a, prétend-on, pour etTet de développer au suprême degré, recule devant des entreprises qui ne lui promettent (fu'un profit disproportionné aux risques à courir. Et quand elle brave ces dangers, et va hardiment de l'avant, elle succombe souvent dans une lutte désespérée contre des difUcultés multipliées, lutte inégale puisqu'elle reste réduite à ses propres forces et ne reçoit de la société aucune assistance.

Il reste -en Algérie, avons-nous dit, de vastes surfaces de terres fertiles couvertes de broussailles. Le débroussaillement, compli([ué [)arfois d'un assainissement du sol, coûte cher. Pourquoi un capitaliste lenlreprendrait-il quand il trouve à profusion des terres défrichées, à un prix moindre (jue les frais

qu'il aurait à faire pour arracher les broussailles? C'est pour cette raison que les progrès des défrichements sont si lents.

On pourrait, par l'irrigation, augmenter considérablement le rendement des vallées. Mais l'aménagement d'un cours deau nécessite des capitaux considérables et le concours de tous les propriétaires intéressés. L'entente se fait difficilement et les capitaux ne se trouvent jamais. Puis aurait-on l'écoulement des produits spéciaux que l'on pourrait obtenir par l'irrigation? Des tentatives de culture du coton, de la ramie, du café qui, faites dans de bonnes conditions, devaient réussir, ont échoué. Un industriel qui emploie du coton n'a pas à se préoccuper d'en cultiver en Algérie, [)uis(ju'il en trouve abondamment à un prix au-dessous duquel il n'arriverait peut-être pas en courant les risques d'une culture nouvelle. Un cultivateur, ([ui gagne péniblement sa vie au jour le jour avec des céréales et des prairies, ne peut pas davantage courir ces risques qui s'augmentent pour lui de l'incertitude de la vente de ses produits, dont la qualité ne peut être connue du jour au lendemain sur le marché. De là routine, stagnation et misère.

Il en est de même des entreprises de toute nature qui peuvent être tentées en Algérie : elles présentent presque toujours des aléas considérables et rebutent souvent les spéculateurs.

C'est que — nous sommes encore forcé de le répéter — pour le producteur individualiste il ne suffit pas de créer l'abondance des produits : il faut qu'il trouve un bénéfice à leur vente, qu'il fasse rapporter un gros intérêt à ses capitaux.

La société collectiviste, au contraire, n'a qu'un but : produire beaucoup ; la question du bénéfice à réaliser ne se pose pas pour elle'. Elle supprime donc presque toute la difficulté.

Disposant d'une main-d'œuvre surabondante, elle peut exécuter tous les travaux de mise en valeur du sol et développer considérablement sa production. Elle peut attendre des années le fruit de ses améliorations, tandis que le capital recherche des revenus immédiats.

Suivons pas à pas les progrès qu'il sera facile de réaliser sous le régime collectiviste.

Nous avons dit que les pénitenciers, organisés dans des

conditions nouvelles, fourniraient une partie de la maind'cruvre; une autre partie serait l'ournie par la population indigène, ([ui nous rendra en achats de marchandises la plus grande partie de l'argent (|u'elle recevra en salaire; pour le surplus on créera des armées coloniales dans le meilleur sens du mot, c'est-à-dire des armées dans lesquelles la pioche remplacera le fusil.

Chaque année, un appel sera fait dans toutes les communes aux volontaires coloniaux à qui on olTrira les avantages suivants : haute paye, travail moindre que dans la métropole, nourriture et logement confortables, bonne hj^giène et soins médicaux empressés. Tous les jeunes gens à l'esprit aventutureux, avides de voir du pays, s'engageront d'autant plus volontiers que chaque année ils pourront rentrer en France. On ne manquera jamais de bras.

Des détachements seront envoyés sur tous les points où il y aura des travaux à exécuter. Ils y seront installés dans des baraquements vastes et salubres, et soumis à une discipline aussi douce que possible ; les distractions ne leur seront pas ménagées. Bref, on s'efforcera de leur rendre la vie agréable, tout en exigeant d'eux une somme de travail suffisante.

Au fur et à mesure des défrichements, des villages bien pourvus de toutes les choses nécessaires à la vie sociale seront créés, des lots de culture établis et mis à la disposition des journaliers de première classe ; les volontaires coloniaux auront la préférence à mérite égal. Ces lots seront naturellement plus avantageux que ceux de la métropole ; ils seront donc très recherchés par les journaliers qui trouveront que les lots métropolitains se font trop longtemps attendre, ce qui se produira chaque fois que le nombre des demandes excédera de beaucoup celui des lots disponibles.

Les nouveaux colons seront alors soumis au régime des cullivateuis de France ; ils n'auront plus (pi'à produire, assurés d'ini écoulement rémunérateur pour leurs produits. Pour({uoi ne prospèreraient-ils pas ?

Qu'on n'allègue pas l'insuccès des tentatives de colonisation antérieures ; on pourra les considérer comme faites dans des conditions analogues à celles que nous venons d'indiquer,

mais, en réalité, elles étaient dépourvues des éléments essentiels de la réussite. On a bien créé des villages ; on a bien donné à des colons des maisons et des terres ; mais on ne leur a fait aucune avance pour se procurer les bestiaux, instruments aratoires, semences, etc., et pour assurer leur existence en attendant la récolte; on a laissé ces pauvres gens sans assistance aux prises avec des difficultés inattendues pour eux ; on n'a pas créé de débouchés à leurs produits. Aussi beaucoup se sont découragés ou ont échoué. Leur situation ne saurait être comparée à celle des colons de la société collectiviste.

Un exemple entre cent fera comprendre le parti qu'une administration intelligente, servie par des moyens à peu près illimités pourrait tirer de nos colonies.

Il existe en Algérie un arbre nommé caroubier qui y pousse spontanément et que Ton greffe pour en améliorer les fruits. Il produit une gousse de 15 à 20 cent, de long, très charnue, et contenant une pulpe sucrée. Les indigènes s'en nourrissent et en nourrissent leurs bestiaux qui en sont très friands. Le surplus est acheté par des commerçants anglais qui le distillent pour en retirer de l'alcool et utilisent le déchet pour l'engraissement des bestiaux. Le caroubier croit partout dans le Tell, en plaine et en montagne, dans les terrains riches et dans les rochers ; une fois greffé il ne demande pas de culture; la récolte en est facile, peu coûteuse et rémunératrice. Seulement une plantation de caroubiers ne donne de produits que dans 10 à 12 ans et peu de colons peuvent attendre aussi longtemps.

Que l'on plante des caroubiers dans tous les lieux où il ne peut être fait d'autre culture, ce qui est facile avec une maind'œuvre illimitée, et on obtiendra dans une quinzaine d'années ce double résultat, d'améliorer le climat de l'Algérie par des reboisements, et d'y pouvoir élever des quantités immenses de magnifiques l)estiaux.

On pourra aussi, dans les défrichements, réserver les oliviers sauvages qui abondent, les greffer et produire des quantités fabuleuses d'huile.

Au lieu d'être abandonnées, moyennant une redevance infime.

aux indigènes qui les cuHivenl mal, les terres de colonisalion seront toutes travaillées (raprès les procédés scientiliques et rendront vingt fois })lus.

La cullurc du maïs, du sorgho sucré, de la hellerave dans les vallées irriguées, |)ermeUra d'augmenter le nombre et le poids du gros hélail.

Sur les hauts j)laleaux, des recherches géologi(|ues indiqueront tous les points d'eau qui y existent, et Ton pourra développer l'élevage du mouton, qui y réussit admirablement.

La vigne, à qui le climat de l'Algérie convient très bien, sera plantée jusc|u'à concurrence des besoins croissants de la consommation française; cultivée intensivement au moyen des treillages en f\\ de fer et des engrais chimiques, elle donnera des rendements inconnus jusqu'à ce jour.

Ainsi que nous l'avons dit au chapitre des mines, des explorations méthodi(jues feront connaître tous les gisements minéraux et nappes pétrolifères, qui seront mis en exploitation au fur et à mesure des besoins.

Alors l'Algérie pourra facilement, non seulement faire vivre dans l'abondance une nombreuse population française et indigène, mais fournir de plus à la mère patrie une quantité considérable de matières premières et marchandises de toute natine.

Il en sera de même de nos autres colonies, dans chacune desquelles on appliquera les procédés de colonisation appropriés à son climat et à ses ressources. Toutes les entreprises réussiront, car elles seront faites rationnellement, avec des moyens d'action illimités, et leur but sera toujours la production.

Pour atteindre ces brillants résultats, il faudra modifier profondément l'administration coloniale actuelle et doter nos colonies d'institutions propres à favoriser leur expansion.

Le problème est assez délicat.

D'une part, il faudra faire à la liberté et à l'autonomie une part assez large [)our (jue les initiatives fécondes (jui i)Ourront se produire ne soient j)as éloulTées par une administration centrale trop éloignée pour bien juger les questions coloniales.

D'autre part, il laiidra ne pas oublier (jue les colonies sont faites pour la France et non pas la France pour les colonies ; que les branches de la production à développer seront donc surtout celles qui seront insuffisanles dans la métropole ; que celle-ci devra par conséquent garder la haute main sur le mouvement colonisateur pour, pouvoir à son gré l'accélérer, le ralentir ou en changer la direction.

Ce double but nous paraît devoir être atteint par les institutions suivantes :

Le gouverneur général serait nommé par le Président de la République. Il aurait la direction absolue de tous les services coloniaux sans avoir jamais à référer au ministère. Cependant, pour rempèchcr d'abuser de cette autorité quasi-royale, il aurait à côté de lui des censeurs, nommés comme lui par le Président de la République, et qui pourraient opposer leur veto suspensif à toute mesure jugée dangereuse ou contraire à l'esprit des institutions nationales. II y aurait un censeur pour l'agriculture, un pour l'industrie, un pour le commerce, un pour les mines et carrières, etc., c'est-à-dire à peu près autant que de ministères. Chacun d'eux relèverait du ministère correspondant à ses attributions. Les censeurs signaleraient aussi toutes les irrégularités qu'ils pourraient constater dans l'administration courante, et pour la recherche desquelles ils auraient les pouvoirs les plus étendus.

Ainsi, d'une part, les mesures urgentes ne pourraient être ni retardées ni entravées par la transmission des dossiers à Paris et les lenteurs bureaucratiques : elles seraient prises sur place et aussitôt appliquées ; d'autre part, celles qui paraîtraient dangereuses seraient ajournées par les censeurs et soumises à la décision de l'autorité centrale. Comme il faut admettre du bon sens et de la modération dans les vues du gouverneur et des censeurs, presque toutes les mesures ne soulèveraient aucune opposition. Ce système nous paraît infiniment plus pratique que celui des rattachements, en vigueur actuellement et qui limite étroitement les attributions du gouverneur général en le plaçant sous la dépendance de tous les ministres.

Les conseils généraux actuels seraient maintenus. Pour les colonies comprenant un seul département, le conseil général

lormeraitlo conseil degouvernement, avec radjonction (le (jnelques personiialUcs éinineiites ; poiu- les colonies composées de plusieurs déparlenients, tous les conseils généraux, complétés comme il est dit ci-dessus, se réuniraient pour former le conseil de gouvernement.

Chaque année le gouverneur général proposerait au conseil de gouvernement un budget du travail et de la production, dans lequel il tiendrait compte de l'orientation (jui lui serait donnée par le ministère, en vue de l'utilité générale de la République, autant que de l'utilité particulière de chaque colonie. Ce budget, en outre de renonciation du personnel et des dépenses des services courants, contiendrait l'énumération des travaux neufs à entreprendre dans le courant de l'année pour l'agriculture, l'industrie, les bâtiments, les transports, etc., les ressources à l'aide desquelles il pourrait y être lait l'ace, et par consé(iuent la subvention en main-d'œuvre et produits fabriqués qui devrait être demandée à la mère patrie. En indiquant l'emploi de la production prévue, il déterminerait, s'il y avait lieu, l'excédent disponible qui pourrait être envoyé en P'rance, en échange des sacrifices qui lui seraient demandés.

Le conseil degouvernement donnerait son avis, accepterait ou modifierait les projets du gouverneur, et ce dernier enverrait à Paris ses propositions et les votes émis sur elles, favorables ou défavorables.

La Chambre des députés aurait à statuer ; car, quel que soit notre désir de faire la place large à l'autonomie, il est inadmissible qu'une assemblée coloniale dispose à son gré d'une partie des ressources nationales sans l'assentiment de la Chambre française ; celle-ci ne discuterait d'ailleurs pas les projets, à moins qu'ils ne lui parussent contraires à l'intérêt général ; elle apporterait seulement aux crédits demandés les réductions ([u'elle jugerait nécessaires, d'après les ressources disponibles.

Le budget une fois approuvé ou modifié, tous les travaux admis seraient exécutés sous le contrôle des censeurs.

Ainsi tous les besoins réels des populations coloniales seraient exprimés au conseil de gouvernement, et il n'y aurait

aucune raison pour qu'ils ne reçussent pas satisfaction ; toutes les idées heureuses feraient leur chemin, puisqu'elles ne seraient plus arrêtées par des intérêts antagonistes. D'autre part, les colonies marcheraient d'accord avec la métropole et ne pourraient pas s'engager dans une voie contraire aux intérêts de cette dernière.

Il va sans dire que les colonies conserveraient leurs représentants à la Chamhre des députés ; en cas de divergence entre le gouverneur et les corps élus, ces derniers trouveraient ainsi à la Chambre des défenseurs autorisés, pour faire contrepoids à l'autorité du ministère qui, ordinairement, appuierait le gouverneur.

Le gouverneur général aurait autour de lui des directeurs dont le nombre et les attributions correspondraient aux départements ministériels. Les lois et règlements de France seraient appliqués aux citoyens français. La population indigène serait administrée et jugée selon ses coutumes, modifiées dans le sens de la justice et de l'humanité.

Nous croyons inutile d'entrer dans de plus longs détails puisque, sauf les différences que nous avons indiquées, l'administration coloniale sera calquée sur celle de la mère patrie. Les mêmes causes devant produire les mêmes effets, il est évident qu'il n'y a aucune limite à prévoir aux développements de la civilisation, de la moralité, du bien-être dans nos possessions d'outre-mer.

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