CHAPITRE XXVI
Guerre et Marine.
Resjject à l'année. — Oubli nécessaire. — Larmée est la sauvegarde de lintégritc de la patrie. — (>araetère anti-social mais inévitable de rannce. — Maintien de nos institutions militaires avec des pénalités adoucies.
Réorganisation des bureaux de la guerre et de la marine. — Réunion des des deux ministères sous le même clief. — Améliorations apportées à la nourriture, à l'équipement de nos soldats et à notre armement par le régime collectiviste.
Appelé à parler de larmée, nous le ferons avec un profond respect pour sa valeur, pour ses gloires, pour ses revers même, et nous nous garderons de raviver les haines en évoquant le souvenir des sanglantes répressions dont elle a été linstrument. S'il est impossible d'arracher du livre de l'histoire certaines pages douloureuses, nous pouvons du moins nous dispenser de les agiter et d'en faire les étendards de représailles futures, contre les(juelles protestent la justice et l'humanité. Nous voulons non pas maintenir la situation actuelle, en renversant les rôles et en assurant le bien-être d'une classe par l'oppression d'une autre, mais supprimer les classes, mettre fin aux luttes séculaires, faire naitre la réconciliation définitive, l'apaisement complet du bonheur universel. Dans de tels sentiments, nous avons le droit de dire qu'en appelant de tous nos vœux la suppression des armées permanentes, nous ne sommes [)as un détracteur de notre armée nationale, et que si au point de vue philosophique, nous ne pouvons considérer la guerre autrement que comme un reste de la barbarie, et l'armée que comme une institution antisociale, nous ne songeons pas à rabaisser le mérite et les qualités individuelles de nos soldats et de leurs chefs.
D'ailleurs notre année restera, pendant longtemps j)eut-èlre, la prineipale sauvegarde de 1 intégrité de la patrie à laquelle, ([uoi(|ue internationaliste, nous croyons être aussi i'erniement attaché que les chauvins les plus intempérants. Jusqu'à ce que l'union rraternelle des peuples émancipés perniette de la licencier définitivement, nous devons donc, non seulement ne pas l'afTaihlir moralement par des attaques inconsidérées, mais la renlorcer s'il est possihle en montrant que, sans tlistinction de nuance, tous les Français rentoiirent de sympathie et de confiance.
Nous venons de dire que l'armée est une institution antisociale ; elle l'est par son hut, qui est la destruction des hommes, c'est-à-dire tout à fait contraire à celui de la nature et des sociétés ; elle l'est par ses moyens, car pour rendre le soldat propre à tuer ses semhlahles, il tant le soumettre à des règlements dont la rigueur fait frémir, hriser sa volonté par la discipline, en faire un instrument passif, c'est-à-dire le dépouiller des plus nohles prérogatives de l'être humain.
Peut-il en être autrement, peut-on concevoir une armée sans cette discipline de ter, sans ces règlements draconiens ? Oui," peut-être... Mais le point d'interrogation qui se pose est trop redoutahle pour (|u'on puisse se décider à en courir les risques. Si l'expérience venait à échouer, si nous n'arrivions qu'à détruire de nos propres mains le palladium de notre indépendance, les imprudents qui auraient accompli cette œuvre néfaste ne seraient-ils pas voués à l'exécration des générations futures? La générosité de leurs intentions serait-elle pour eux une excuse suffisante ? L'humanité entière ne leur demanderait-elle pas compte des retards qu'ils auraient apportés à sa régénération en laissant disparaître la France, son flambeau?
Ne touchons donc pas à l'armée. Laissons-lui son esprit, ses institutions, malgré ce (juils présentent pour nous de choquant et de blâmable. Bornons-nous à adoucir quehjues pénalités, par trop disproportionnées avec les fautes, et inconciliables avec notre civilisation. Faisons la part du mal nécessaire. Ne reculons devant aucun sacrifice pour renforcer l'armée s'il est possible. Le vieux proverbe latin disait : Si tu veux la paix, prépare la guerre. Nous disons, nous : Ayons une armée
puissante ; c'est le meilleur moyen de tuer le militarisme dans un avenir prochain.
Ce que la société collectiviste pourra faire, non seulement sans amoindrir la force de notre armée, mais au contraire pour l'accroître, ce sera de réorganiser à fond son administration. Les bureaux de la guerre et surtout ceux de la marine forment des corps fermés, inaccessibles à toute influence extérieure, et contre lesquels viennent se briser les volontés des ministres eux-mêmes. Il faut faire cesser cet état de choses scandaleux, qui n'a pas même pour se justifier les services rendus à la défense nationale, puisque tout le monde reconnaît, particulièrement pour la marine, que les ressources énormes mises à sa disposition sont gaspillées sans profit.
De plus, l'antagonisme inexplicable qui existe entre les deux ministères se manifeste à chaque expédition par des opérations désastreuses.
Il faut en finir, et le meilleur moyen consiste à réunir sous un même ministère la guerre et la marine. Les partisans de tous les sldtii (]iu) allégueront une foule de raisons pour s'opposer à cette concentration dans une même main de toutes nos forces défensives ; nous leur répondrons qu'il est impossible que la marine soit plus mal administrée, et que tout changement ne peut que lui être profitable.
Faisons observer encore que, par la seule mise en pratique de ses institutions, le collectivisme fera cesser les principales causes de désorganisation et d'afTaiblissement de notre armée et de notre marine : si nos vaillants soldats sont nourris de viandes malsaines, de conserves avariées, si leurs vêtements et leurs chaussures sont de mauvaise (jualité, si nos cuirassés ne peuvent prendre la mer sans accident, c'est parce que les industriels chargés des fournitures ont intérêt à livrer de mauvais produits. Il n'en sera plus ainsi quand l'Etat dirigera lui-même tous les services. Avec une dépense égale, on pourra améliorer sensiblement la condition des soldats et celle des officiers, et en même temps augmenter la valeur de notre armement.