CHAPITRE NEUVIEME
— Oh! c’est bien difficile à expliquer. Écoute ce qu’en dit Anne-Catherine Emmerich qui, elle aussi, porta les stisgmates de l’Agneau : «J'ai vu une infinité de choses que les mots n’expliqueront jamais. Qui pourrait exprimer avec sa langue ce qu’il à perçu autrement que par les yeux? Ce n’est point avec mes yeux que je vis ces choses, mais, bien plutôt, avec mon cœur, mon cœur qui ressent ici, au mikeu de dla poitrine, une douleur.» Conçois-tu, Térésa, qu’on puisse voir par le cœur «et non pas par les yeux ?
— Oh! oui, je le comprends très bien. Quand je repose la nuit en pleine obseurité, je te vois quand même. Tu es là, tu vis dans ma poitrine. Parfois je crois y sentir baïtre deux cœurs.
Il eut un regard réprobateur.
— Pourquoi toujours penser à moi, Térésa? Les
femmes dont je te parle, ne pensaient à aucune créature
humaine, elles pensaient à Dieu.
Elle objecta timidement:
—— C’étaient des saintes. L'Esprit saint habitait en elles.
Il s’écria:
— Sais-tu s’il ne descendra pas en toi? Attends-tu que Dieu te demande la permission? Ainsi parle sainte Thérèse : « Dieu vient quand äl lui plaît, sans que nous y soyons pour rien. Si nous résistons il s'empare de notre esprit, comme un géant d'un brin de paille. Toute résistance «est vaine. Qui pourrait s'imaginer que des décisions de Dieu attendissent Jusqu'à ce que, de lIuimême. le vermisseau, gonflé d’orgueil, s’envolât?»
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Elle s'effraya et murmura d’une voix angoissée:
— Je suis pleine de péchés! Crois-tu qu'Il pourrait s’abaisser jusqu'à moi?
Il répondit gravement:
— Oui, je le crois! Dieu n’a-t-il pas fait entrer l'âme d'Élie dans Pietro Nosclere ? La Grâce du Seigneur s'étend visiblement sur le Val di Scodra. Pourquoi la Sainte dont tu portes le nom ne revivrait-elle pas en toi?
Elle s’énervait visiblement, retrouvant en elle, trop vivante, l’image de l’assemblée. Elle tremblait au souvenir de ces. possédés demi-nus, couverts dé sang, se démenant furieusement sous les fouets et les verges. Mais aussi, du troupeau sauvage, surgissait, toute droite, Sybilla Madruzzo, guérie par un miracle terrifiant, dépassant toute imagination. Elle demanda fébrilement :
— Parle-moi encore des saintes femmes.
I acquiesca.
— Un jour le Sauveur visita Catherine de Sienne et lui dit : «Je remplirai ta vie de miracles si étonnants que l'humanité ignorante, cette multitude de chair et d'os, refusera d'y croïîre; je parerai ton âme de tant de grâäce que ton corps luimême en sentira les bienfaits et ne vivra que de façon extraordinaire.» Et la Sainte, jusqu'à sa mort, n’usa ni d'aliments, ni de boisson, nourrie seulement par la lumière du Rédempteur. Louise Lateau dédaigna, de même, toute nourriture terrestre, ne recevant que le Saint Sacrement. Tous les vendredis saignaient les saintes blessures de son front, de ses pieds, de sès mains et de son flanc gauche. Alors elle voyait le Seigneur. Elle nous raconte : « Le senti-