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CHAPITRE NEUVIÈME

point n’est besoin de faire la différence entre tel et tel péché plus grave ou plus bénin, car tous disparaissent dans l'immense océan du seul grand péché: ne pas être en Dieu. |

La jeune fille répondit, la mine rêveuse:

—— Je crois que je pourrais ressentir ce que tu décris. |

I lui prit da main d’un geste caressant :

— Il est si difficile de s'exprimer, dit-il. Ta langue n’est pas da mienne. Ce n’est pas de la langue allemande que je parle, Térésa. Les mots sont partout les mêmes, sans doute, pourtant ils nous servent à exprimer ce que vous n'avez pas l'habitude d'y démêler, vous autres. C’est pourquoi j'ai choisi les livres où les pieuses femmes parlent le langage de l'Église. J'ai pensé que tu comprendrais, peut-être.

Elle lui mit les bras autour du cou et dit:

—— Bien-aimé, parle ta langue. Si je ne saisis pas clairement, tout au moins l'intuition pénètre mon cœur. O bien-aimé, je sens que tu vis en moi.

Il se tut d'abord, le regard rêveur, puis reprit :

— Un de mes ancêtres chercha longtemps le bonheur suprême. Il éleva, dans son àme, un temple précieux à la divinité, maïs oublia qu'on ne pouvait échapper à Satan, partie indivisible du Dieu éternel. Et le Diable se vengea ; il frappa le jeune corps du pauvre fou «et fit, de sa belle âme, le jouet de la foule. Écoute, Térésa, ce qu'il chanta:

La voix de Frank Braun tremblait d'émotion. Il

semblait que sa propre âme se dévoilât dans le tendre hymne de Novalis qu’il récitait avec tant de conviction: Rares sont ceux qui connaissent — Le secret de

l'amour, — Qui éprouvent l’insatiable appétit — Et + la soif inextinguible. — La sisnification divine — de +

la Sainte-Cène — est une énigme à nos sens terrestres. — Mais quiconque a jamais, — sur de chaudes lèvres aimées, — Aspiré l’haleïiné de la vie, — Quiconque a senti Son cœur fondre — Au contact de la sainte + flamme, — Quiconque à fini par mesurer du regard +. — L'infini profondeur du Ciel, — Celui-là se nourira de son amour et se désaltérera de son Sang — Pour toute éternité! — Qui donc a compris le sens élevé — Du corps terrestre? — Qui donc peut prétendre — Qu'il sait ce qu’est le sang? — Rien qu’un + seul Corps, — Un seul! — Et dans le sang céleste se baigne le couple heureux! — La mer des Mondes a déjà E Ë rougi, — En chair odorante — S’est amolli le rocher! — Jl ne finit jamais le doux repas ! — Jamais il ne se | À. rassasie, l'amour! — Jamais il ne peut posséder — | + = Assez profondément, assez exclusivement l’aimé. — ” Des lèvres toujours plus tendres — Transforment la 4 sainte nourriture. — Davantage, Davantage, encore! - + — Une volupté toujours plus chaude — Envahit : J’äme! — Plus assoiffé, plus affamé, — Devient de + cœur. — Ainsi se perpétue la jouissance de l'amour — 4 D’éternités en éternités.— Si ceux qui sont à jeun — Y goûtaient une seule fois, — Ils abandonneraïent tout — Et viendraïent s'asseoir — A la table du Désir — Qui n’est jamais vide. — Ils reconnaîtraient

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