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CHAPITRE NEUVIÈME

proéminente. Sybüilla Madruzzo, courbée Jusqu'à lexcès, mordait, de ses dents, la pointe de ses pieds et roulait, au lieu de marcher, à la facon d’une roue. Le tailleur, mince comme un fil de fer, la faisait avancer, à coups de fouet.

Tous étaient là, attendant leur réplique. Lui, il était assis, en face d'eux, dans la boîte du soufileur.

Cette boîte c'était son propre crâne. Et de son crâne sortaient les rats, par centaines. Ils se répandaient sur la scène tandis que s’évanouissaient tous les personnages, tels des fantômes. Et les rats frétilaient, olissaient… riaient.

Ils riaient!

Ils s’assirent. Chacun d'eux prit sa longue queue entre ses dents, et la coupa, d’un coup sec des mâchoires. Tout à coup des centaines de vers se mirent à ramper sur le sol, que leur bave rendit luisant.

Oh! ïl savait que tous ces vers rampaient vers lui, qu'ils entreraient dans sa bouche, dans ses oreiïliss, dans ses yeux, dans ses narines… ces centaines de vers, nus et luisants.… .

Il poussa un eri.

Quand il s’éveilla, les tempes lui brûlaient. Ses draps et ses couvertures gisaient à terre et la brise du lac rafraîchit sa chair, baignée de sueur. Un frisson le secoua; il claqua des dents, tenta de se réchauffer en s’enveloppant d’une couverture.

— Je suis malade. murmura-t-il. Je vais avoir la fièvre.

Il se fit d’amers reproches. Quelle imprudence d’être resté si longtemps assis sur le lit de la jeune fille, vêtu d'un mince pyjama de soie. — Pourquoi, en somme?

Maintenant il ne pourrait plus s'endormir. Et les

rats et les vers Se multipliaient; n'était-ce pas ses pen- #

sées ? Pas un trou pour se cacher. I se réveillait, dépouillé de toute croyance. Il n’était plus qu'un mendiant sans foi. Son royaume s'était évaporé en fumée. , Il sentait bien à présent qu'il ne serait jamais un faiseur de miracles. Il n’était qu’un piètre magicien! Il SOng'eA:

— Le miracle est une magie légitime, obtenue avec l’aide céleste. Pietro croit”au ciel. Il est donc faiseur de miracles. La magie, au contraire, est un miracle illégitime, obtenu par les forces de l’abîme et cet abîme est la cervelle humaine. Adepte de la magie noire,

jamais il n’apprendraïit cette magie blanche qui, seule,

apportait le bonheur avec la foi.

I savait bien qu'il n'y avait aucune limite à la puis-

sance de l'esprit. L'homme était le maître de la création,

docile à sa volonté. Aucune barrière entre l'esprit et la nature.

Cependant il y avait un mur formidable autour du bonheur. Quiconque l'avait dépassé ne pouvait rentrer dans son ombre. Il errait dans le néant et ne trouvait aucune terre ferme où poser le pied. Hélas! on sortait

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