CHAPITRE NEUVIÈME
facilement de la prison rigide de la foi, et nul chemin, Si petit soit-il, n’y ramenait.
Il revécut en pensée les derniers événements. Ils avaient été tous deux dans la grange de l'Américain. Mister Peter avait fait tout ce que lui, Frank Braun, lui avait soufflé. Le succès était immense. Pietro avait lutté avec le Seigneur comme Jacob avec l'archange: «Je ne te lâche pas, Bénis-moil! » Pietro avait obligé le Seigneur de le bénir, de lui prêter la grâce de changer le vin en sang et de guérir, par attouchement, la paralytique Sybilla.
Tout le monde l'avait vu, tout le monde y croyait. Pourquoi seul entre tous ne pouvait-il croire? Pour les gens du Val di Scodra le breuvage de Pietro était du sang. Pourquoi sa langue à lui, Frank Braun, reconnaissalt-elle le bon vin pur? Pour tous 1a guérison de Sybilla Madruzzo était miraculeuse, pourquoi savait-il qu'il ne s'agissait là que d’un fait facilement explicable?
Le tombeau de saint François de Paris, à lui tout seul, avait guéri des tas de gens de la même façon. Anne-Marie Couronneau était impotente, au point que tous Îles médecins l'avaient déclarée incurable et elle quitta le tombeau en portant ses béquilles sur ses épaules. Mademoiselle de Coirin souffrit douze ans durant d’un cancer à la poitrine et aux jambes, le tombeau de saint Médard la guérit sur-le-champ. Pendant une douzaine d'années, ces prodiges se renouvelèrent constamment.
La Sainte Tunique de Trèves rend à la baronne de Droste-Vichering l'usage subit de ses jambes paralysées.
Lourdes et Knock, Kevelaer et le val de Pompéi se disputent la gloire de la pratique de la magie blanche.
Quant à la magie noire, eile triomphe avec Apollonius
de Thyane, concurrent sérieux du Nazaréen. Toutes les
forces, pratiquées jadis par les mages égyptiens devant
le trône du Pharaon, le voyageur moderne peut les voir au Caire ou- à la srande foire de Tanta. Les derviches de Saïdje attirent les serpents, les raidissent à l’aide de leur baguette qui rappelle celle de Moïse. Les moines-mendiants d'Ilwanje se passent un sabre à travers le corps, s’enfoncent des clous pointus dans la chair, mettent leurs bras dans le feu, avalent des charbons rouges et se plantent des aiguilles dans les yeux. Les sorciers de l’'Oultranghi montrent, dans une coupe remplie d'encre de galle, les physionomies des personnes que leurs clients désirent voir. Les Yoghis indous dorment soixante jours, enterrés dans le sol; les prêtres d'Alvinthra font pleuvoir du sang et les Belgogs annamites règnent, comme Méphisto lui-même, sur l’armée des puces, des poux et des punaises. Les magiciens parses inscrivaient, en Cinq mots cabalistiques, le sceau de Salomon au creux de la main gauche et les noms des quatre archanges sur la coquille d’un œuf. IIS prononçÇaient ensuite leur formule et l'œuf se mettait à marcher de lui-même. Les mages afghanistans $e saisissaient des esprits devas qui flottent dans lair, comme ceux de Thèbes et de Luxor s’emparaient des esprits des morts. Les moines d'Ourga du Yémen quittaient le sol à leur gré, se mettaient à voler et se moquaient de toutes les lois de la pesanteur.
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