‹ L'apprenti sorcierChapitre 130 sur 249 · L ST · texte numérisé non relu

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A quoi sert la prière du grand-prêtre demandant la pluie si le Rabbi Chaninaber Dosa peut faire le contraire ?

TALMUD, (Joma fol. 53, Taanith. 24).

Frank Braun, ayant considéré le désordre de son lit, acquit la certitude de ne plus pouvoir dormir. Le jour naissait, mêlant sa lueur blême à la clarté verte de la lampe.

Ah! cette lividité de l'aube, avant le lever du soleil, cette luminosité froide, désolée, née avant terme !

Il s’habilla mécaniquement, le corps secoué de

frissons, descendit l'escalier. Où voulait-il aller?

N'importe où, pourvu qu'il quittât le Val di Scodra! Il était décidé à partir, tout de suite, à pied. Ses bagages lui seraient envoyés plus tard. Il déposa, sur la table de la salle commune, une feuille de papier où il avait

écrit: «Je pars pour la ville!» et il sortit.

La lumière du dehors le blessa ; il ferma les yeux et se mit en marche. Il se sentait vide, courbaturé, aussi misérable que cet air anémique du petit matin. Il gravit la montagne, à pas précipités, automatiques. Le brouillard lenveloppait, oppressant sa respiration. Il

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s’arrêta pour réfléchir. Penser à quelque chose lui faisait mal. Il s’aperçut, tout à coup, qu'il avait traversé à tort la grand'route et pris le chemin de Cimégo. II ne voulut pas revenir sur ses pas. Il irait à Cimégo, voilà tout!

Il continua sa course, sans regarder autour de lui. Il marcha ainsi des heures.

C'était le plein jour, mais le soleil n’était pas arrivé à percer les nuages épais. Malgré le froid des hauteurs, Frank Braun avait le corps mouillé de sueur. Il se souvint alors que le douanier avait parlé d’une hutte de charbonniers. Ne l'ayant pas trouvée, il dégeringola un sentier de chèvres qui s’offrait à sa gauche, un raccourci, pensait-il. S’étant à nouveau égaré, il grimpa, redescendit sans s'arrêter. Ses pieds étaient douloureux et ïl souffrait atrocement à chaque respiration.

I s’assit au pied un sapin tortu, dans le dessein d’un court repos. Il sentait quelque chose qui tournait dans sa tête comme une roue. Il tomba sur le côté. À son réveil il se trouva glacé, transpercé de pluie. C'était le plein après-midi. Il se leva, d’un bond, et se mit d’abord à courir pour se réchauffer, puis à rechercher son chemin. Ne le trouvant pas, il résolut d'aller droit devant soi, sans monter ni descendre, si possible. Peut-être rencontrerait-il un berger. Alors ül appela, oublia pourquoi il appelait, se traîna plus loin, sans pensée, sans souvenir, exténué.

Le crépuscule tombait. Il tenta un dernier effort, s’élanca en avant, criant à l’aide. Personne ne l’entendit. Quand ce fut la nuit, il s’assit sur des pierres, « Peu

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