CHAPITRE DIXIÈME
importe, Songea-t-il, que je marche ou nor, J’attendrai ici, quelqu'un passera peut-être! »
Du fond du ravin s'élevait un léger tintement. Il écouta anxieusement et reconnut le son des clochettes de chèvres. Il jeta -un nouveau cri, toujours sans réponse. L’écho même resta muet. Il s’astreignit à descendre. L’obscurité profonde: lui était propice, le rendant aveugle à tout danger. Il se cramponnait aux rochers, aux buissons, glissant parfois, roulé sur les pierres et Îles ronces, se déchirant les mains et Je visage. En bas il se trouva pris dans des tailks qu’il traversa tant bien que mal. I lança un nouvel appel. Il n’entendait plus les clochettes. Le troupeau devait être dépassé depuis longtemps. Le ravin étroit descendait à pic: au fond coulait un torrent. Il y roula, s'y traîna à tâtons, à quatre pattes. Soudain il aperçut, non loin de lui, quelques lumières et découvrit, longeant le ruisseau, le sentier qu'il avait perdu. I le reprit et sortit des gorges.
À la porte de la première masure solitaire, il frappa, implorant qu'on le laissât entrer. La vieille hôtesse n’ouvrit pas et lui cria, par la fenêtre, d'aller au diable. Il demanda:
— Comment s'appelle le village?
Sans réponse, il continua sa route et rencontra un paysan qui conduisait un char à bœufs. Par lui il sut qu'il était près de Cimégo.
-— Conduisez-moi au poste de douanier! dit-il.
Le paysan refusait. Frank Braun mit la main à sa
= poche pour lui donner de l'argent. Alors il remarqua, seulement, le délabrement de ses vêtements.
— Sacrebleu! s’écria Aloys Drenker, C'est vous? Je croyais que l'on m'amenait un chemineau de la pire espèce.
H l'aida à descendre du chariot et le soutint, d’un +. bras ferme, en le voyant chanceler. Il questionna, effrayé: |
— Qu'avez-vous? | à
— La fièvre sans doute. e
— Je le crois aussi, affirma le douanier. |
Tout en appelant la servante, il installa le malade à | sur une chaise, le déshabilla, le lava soigneusement 2. avec de l’eau chaude et, après lui avoir passé une | chemise propre, le mit au lit.
Frank Braun voyait les grosses mains le manier délicatement, presque maternellement, avec mille précautions. C’étaient de lourdes mains rouges, fortes et bonnes, aptes à tous les travaux. Entre ces mains-là il se sentait en sécurité. :
Le douanier tendit au malade un grand verre de gro.
—. Buvez, tandis que c’est chaud!
Frank Braun dut avaler un second, un troisième verre brûlant.
— C’est le meilleur remède, le seul! disait le douanier en riant. | -
Frank Braun retomba sur loreiller. Il voulait remercier, la parole lui manqua. Il proféra quelques sons, puis s’endormit.
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