‹ L'apprenti sorcierChapitre 135 sur 249 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Frank Braun connaissait l’inutilité de la résistance. Îl faut finir ce qu’on a commencé. Il SOupira et continua à filer sa soie couleur de violettes.

Les paléontologues n’ont jamais fait que jouer au « lièvre de Pâques ». La mère Nature leur ayant caché dans la terre de jolis œufs, les sages enfants cherchaient partout. Quand la maman criait «Vous brûlez!».ils ray Onnaient et quand elle criait: « Glace!» ils allongeaient lc nez.

Quel jeu délicieux, cette science! Voilà cinquante ADS, On avait trouvé l’homme du Neanderthal. Et les enthousiastes de décréter que c'était l’homme-singe! On avait trouvé le plus bel œuf de Pâques. L’heureux gagnant devint roi. Hélas! des envieux dénigrèrent la découverte apocryphe et déclarèrent que ce n’était qu'un être anormal — les imbéciles nomment toujours anormal Ce qu'ils ne comprennent pas. En réalité, l’homme du Neanderthal était bien un homme, mais pas le premier ancêtre. L’œuf déniché n'était pas encore l'œuf doré, la merveille!

L'être intermédiaire, entre le singe anthropoïde et l’homme, devait donc être cherché dans des temps plus reculés, environ un petit million d'années plus tôt. Il devait se découvrir dans le tertiaire.

On se mit au travail et on déterra de jolis œufs, mais pas celui qu'on rêvait. On remarqua que tous les hommes primitifs ressemblaïent à celui d'aujourd'hui par la denture et qu’ils tenaient du singe l’excessif développement des arcades sourcilières, l'absence de

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menton. On en conclut que le premier homme devait avoir la mâchoire du singe.

Ah! si l’on savait où trouver l'œuf!

Les recherches, demeurées vaines, on se remit à réfléchir et on s’engagea dans la bonne voie. On observa la denture des mammifères. Elle était simple, à l'origine. L'homme, ayant Ia denture simple, était le père du grand singe et non inversement. L'on conclut alors que l’homme du tertiaire devait, plus que celui de Neanderthal, ressembler au singe dans les détails; mais aussi présenter une denture normale.

Si notre grand ancêtre avait les traits du singe et la mâchoire de l’homme, ses fils se divisèrent. Le doux Abel garda la dentition humaine et perdit le masque simesque, tandis que le méchant Caïn développa prodigieusement ses dents puissantes, au préjudice de son crâne et de son cerveau.

Les braves enfants qui jouaient à la paléontologie peignirent de belles petites images, représentant l’œuf doré, tel qu'ils se l’imaginaient. La Mère Nature, les voyant si sages, les appela à Heïdelberg. «Vous brûlez!» dit-elle. Ils trouvèrent l’œuf et se réjouirent. Leur contentement et leur fierté furent sans bornes, parce que l'œuf merveilleux était pareil à leurs petites images.

L'homme d’Heidelberg avait bien plus l'aspect du singe que celui de Neanderthal. En outre, il présentait la denture simple de l’homme d'aujourd'hui. L'homme d'Heidelberg était l’ancêtre primitif. Et c’est de lui et de ses frères que descendirent tous les géants de Cro- Magnon, de Grimaldi et de Neanderthal.

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