‹ L'apprenti sorcierChapitre 136 sur 249 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

Combien de fois, étant enfant, il avait grimpé jusqu'à la caverne des géants du Neanderthal. La vieille échelle, aux échelons fatigués, branlait. L’apparence du danger ne prêtait que plus d’attrait à l'équipée.

Assis dans la caverne, il rêvait qu'il en était l'habitant des vieux âges, qu'il se trouvait poursuivi et qu'il 1e devait pas bouger. Pour donner plus de vraisem-

blance à la scène, il clamaiït le Cantique du Persécuté: :

«Célèbre le Seigneur, le puissant roi des Cieux !» «Célèbre-le, mon âme, unie aux chœrs des Anges !«

Comme il entendait des voix, venant d’en bas, il se taisait, en pensant: «Ce sont les sbires!» Ce n’était que sa mère, très mécontente, car chaque ascension à la caverne coûtait une paire de culottes.

Plus tard, si son intérêt cessa pour le Cantique du Persécuté, il grandit d'autant plus pour les premiers humains.

Il s'arma d’une pelle et d’une bêche, à la recherche de quelque autre homme-singe. NH rêvait, lui aussi, d’un bel œuf doré! Ses fouilles furent infructueuses. Il les cessa au crépuscule. Néarmoins il resta dans la grotte, tandis que rampaïent les ombres et que dansait la flamme de sa chandelle. Il considérait toujours l'étroite fissure de la paroi rocheuse. Pour un homme, impossible de se glisser dans cette fente! On ne pouvait qu'y lancer des pierres, au loin. I s’imaginait cette crevasse, longue de plusieurs lieues. Elle s’enfoncait dans les entrailles de la terre, puis s’élargissait jusqu’à former une immense caverne, de Ià débouchaït dans une profonde vallée,

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ronde comme un ancien cratère, recouverte d’un toit de rochers, en forme de cônes, par où l’on entrevoyait il du ciel bleu. C’est là qu'habitaient les hommes de Neanderthal. Ils y vivaient, depuis des siècles, pêchant, chassant, disputant leurs vies aux sauriens monstrueux. Ah! si l’on pouvait franchir l’étroit passage! D'une plume inhabile Frank Braun traça de sin-

œuliers dessins sur son papier. Il était obligé d'inscrire ce qu'ils représentaient, sans cela il ne s’y serait plus reconnu. Il écrivit donc: Brontosaurus, Hatteria, Plesio- | saurus, hommes du Neanderthal…. Il trouva que l’un | | de ces dessins ressemblait à Pietro Nosclere et l’autre à Girolamo Scuro. Pourtant la mâchoire du valet était beaucoup plus forte; il tenait davantage du singe. + : + Le douanier resta quatre jours absent. Frank : Braun, au lit, écrivait, rêvassait, jouissait de la con- à valescence, sans avoir été véritablement malade. Il était à la fenêtre quand le douanier rentra. Il l’interpella: D on - — Avez-vous fait une bonne capture? Ë p Aloys Drenker sauta de cheval en grommelant: |: — Rien du tout! Nous avons passé quatre nuits FX blanches, sous la pluie, pour rien. Lés gaillards avaient flairé quelque chose. N'importe, on les aura! é Frank Braun demeura encore quelques jours chez : son hôte, qui le retenait, prétextant la nécessité de con- | B tinuer la cure, qui consistait en beuveries à deux. ,

Un matin Drenker le réveilla:

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