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CHAPITRE ONZIÈME

Le géant obéit, en grommelant.

Le prophète détoumna les yeux et demanda craintivement:

—— Que me voulez-vous? Pourquoi êtes-vous revenu?

—— Ce n’est pas ton affaire, Je questionnerai, +01 tu répondras, entends-tu ?

— Qui, grinça le prophète.

—— Térésa, dit-elle son âme?

Non! Pourquoi une sainte dirait-elle son âme?

— Se flagelle-t-elle?

Mister Peter se tut.

— Réponds! commanda Frank Braun.

-— Pourquoi ne venez-vous pas aux assemblées? Vous êtes libre. Chacun peut entrer et voir ce qu’elle fait.

__ Pas d’échappatoires! Se sert-elle de la discipline?

— Oui!

Frank Braun sentait son cœur battre à l’étoufier. Il haleta: |

— Qui frappe--elle?

L’Américain s'impatientait.

—— Avec la verge du Seigneur elle châtie ses frères et ses. sœurs. Elle frappe la chair coupable et verse le sang pour celui qui est mort sur la croix.

Un brouillard rouge s’étendit sur les yeux de Frank Braun.

— Et vous, vous la frappez aussi?

— Nous! Frapper une sainte !

L'Allemand aurait embrassé le prophète pour ces paroles. Mais il fut repris de méfiance et recommença linterrogatoire.

Pourquoi est-elle maintenant chez toi ?

— Je ne sais!

Frank Braun le menaça du poing.

— Allons, parle, chien, si tu ne veux pas que je te Casse la tête!

Le prophète tremblait de terreur.

Je vous assure, Monsieur, que je ne sais rien. C’est la première fois qu’elle vient chez moi. Elle nous a déclaré, tout à coup, qu’elle était possédée de Dieu et qu'elle avait besoin d’être seule, loin de la foule. Je Jui ai Offert ma maison. Voilà tout.

Frank Braun sentit que Pietro ne mentait pas.

— Je vais entrer avec toi, dit-il.

L'Américain lui jeta un regard de haïne, sans oser élever aucune objection. Ils pénétrèrent ensemble dans la maison.

Térésa était assise près de la cheminée, au fond de la pièce, avec, seulement, près d'elle, le petit Gino. Les autres — une dizaine de personnes — semblaient se tenir à l'écart, suivant le désir de la sainte.

IS regardèrent Frank Braun avec malveillan ce et Curiosité mais nul ne souffla mot.

L'Allemand avait le dessein d'aller droit à Térésa pour Jui parler; mais la voyant absorbée au point d’ivnorer ce qui Se passait autour d'elle, il se contenta de l'examiner et s’assit près de la fenêtre.

Térésa tenait le crucifix à deux mains. Ses regards allaient au delà du présent. Un sourire de béatitude se joua sur ses lèvres: elle se leva lentement; le crucifixlui glissa des doigts. On eut dit qu'elle voyait le Seigneur.

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