‹ L'apprenti sorcierChapitre 166 sur 249 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

moi. Depuis Descartes personne n’osait plus le contester. Chez les animaux inférieurs, sans nerfs ni cerveau, Îles excitations extérieures ne produisaient qu’un effet immé-

diat. Sans qu’il y eût de leur part ni perception, ni volition. Dans ces conditions il était impossible que de tels animaux eussent une Conscience semblable à la nôtre,

capable de saisir l'opposition entre le Moi et le monde extérieur. Sa conscience ne pouvait être qu’un sentiment ee d'unité entre le Moi et le monde extérieur. Et cela c'était Éprécisément l'essence de toute extase, supprimant toutes les limites, faïsant, de l’homme, l'Univers et de l'Univers, l’homme.

Ayant posé ces prémices, il chercha un phénomène physiologique justifiant sa théorie. Quelle était la différence pathologique entre l’extase et l’état normal?

Dans l’extase il y avaït, d’abord, la sensation de voler, de planer, déjà fréquente dans le rêve. Le rêve et l’extase ne sont-ils pas de même essence? —— Des hommes

| volants nous sont signalés, maintes fois, au cours des 2 siècles. Gautama Bouddha, Maha Sumata s’avançaient en planant. Jamblique, disciple de Platon, s'élevait, à dix coudées au-dessus du sol. La chronique des extatiques chrétiens citait une foule de pieux personnages dont les corps flottaient librement dans l'atmosphère, tel celui de sainte Thérèse. Ici, comnre partout, c'était la mystique chrétienne qui allait le plus loin, opérant des prodiges supérieurs à ceux des saints hindous et égyptiens. Sainte Christine deProud s’envolait vers le ciel, par-dessus villes et villages. Les Acta Sanctorum abondent en attestations de bourgeois et de paysans, témoins de ce

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miracle. Peu importait que les récits relatifs à sainte Christine — dont Diepenbeck peignit l'Ascension — et à tous les autres faits du même genre fussent Où non, objectivement vrais; leur vérité subjective était certaine. De même que chacun pouvait dire: j'ai volé «en rêve, de même les saints pouvaient proclamer, en toute vérité: je me suis envolé en extase! Pour leur conscience la sensation de pesanteur n'existait plus, remplacée par un autre sentiment: la conscience de l'équilibre. Cette conscience, aucun des êtres, vivant dans l'air, ne la possédait; elle ne pouvait exister que là où le corps avait, à peu près, le même poids spécifique que l'élément ambiant. Cette conscience, les poissons, nOS ancêtres inférieurs, la possédaient. Pour les nageurs, les poumons redeviennent la vessie natatoire d’où ils tirent leur origine. Un phénomène analogue était possible dans l'organe central de notre système nerveux. L'extase réveillait, sans doute, une sensation d'équilibre d'autrefois.

L'autre stade de l’extase était caractérisé par la sensation de lumière. Tous les extatiques voyaient cette lumière et en recevaient la suprême béatitude. Ils ne la percevalient pas avec les yeux, mais la voyaient, les paupières closes, et dans les ténèbres. C'était une lumière intérieure qu'ils sentaïent. La même manifestation n’existait-elle pas chez nos ancêtres, des millions d'années auparavant ?

Que de richesses dans le corps humain qui disparaïissaient lentement, continuant, durant des siècles, une existence rudimentaire, évoquant le souvenir des temps

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primitifs! L'appendice, par exemple, n’exerçait plus

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