‹ L'apprenti sorcierChapitre 167 sur 249 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

qu'une influence funeste, après avoir eu un autre but, N’était-il pas vraisemblable que d’autres organes, en décadence, jouassent un autre rôle, dans l’organisme, que celui de propagateur de maladies? La glande pinéale était, peut-être, le reste d’un ancien organe sensoriel,

La chaîne des idées apparaissait complète. Seul, un maillon manquait. La conscience humaine a-t-elle le pouvoir de rétrograder momentanément?

Des exemples nombreux se présentèrent à l'esprit de Frank Braun. La volupté, la colère, la peur, manifestations de l'instinct animal primitif, ne s’accompagnaient-elles pas de Ia même conscience que chez nos barbares ancêtres? Ici, le processus physique et l’état de conscience se trouvaient si étroitement liés que les séparer devenait impossible. Enlevez à la peur ses symptômes corporels, il n’en reste plus rien. De même, l'être qui à faim ou soif, perd sa conscience d'homme actuel. Il retourne à la forme ancestrale que nous nommons instinct.

Tous ces phénomènes étaient parents de l’extase. Plotin affirmait que les animaux percevaient des idées pendant l’accouplement et aspiraïient à l’éternelle contemplation. Gœthe aurait dit que leur sentiment était celui des <augustes ancêtres». En réalité cela constituait un retour en arrière, non un envol vers les hauteurs. Cependant, pour tous les saints, l’extase était le plus haut point de la volupté suprême.

Or, la faim, la soif, les macérations étaient précisément les moyens employés pour arriver à d’extase. Que de fois la peur panique ou les accès de fureur précé-

daïent l’extase! La musique, l'ivresse, tous les procédés sensuels étaient également mis en œuvre pour y atteindre. :

Ainsi l’extase était donc le sommet, ou plutôt le fond de l’abîme. Si les autres sensations ramenaient la conscience de l'individu vers l'animal, l’extase, elle, conduisait plus loin, là où il y a unité définitive entre le Moi et le Non-moi.

Frank Braun respira profondément. Il tenait la clef du problème. L’extase était un retour à la vie animale, la plus primitive, celle où les excitations engendraïent, non de repésentations, mais des réactions immédiates. U'était un phénomène atavique, tel un enfant à bec de lièvre ou un cheval avec trois sabots à chaque pied, un état où toutes les limites qui nous séparent du monde extérieur étaient anéanties. La notion de l’espace et du temps, la conscience de la volonté n’existaient plus. Le Moi absorbait le Non-moi pour devenir le Moi pur.

Et ce Moi devenait Dieu. C’était le dernier atavisme qui existât encore!

Accoudé à sa fenêtre, l'Allemand contempla longuement la nuit, profonde et silencieuse. Il était, de nouveau, le vainqueur; mais cette victoire ne le réjouissait pas. La défaite seule eût pu iui donner le bonheur.

En fin de compte, le bonheur était le but le plus digne de notre effort, plus précieux que les plus belles victoires de la connaissance. Et ce pur bonheur était

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