CHAPITRE DOUZIÈME
elle lui prenait des mains le vase de cuivre et buvait une dongue gorgée du saint breuvage.
Sur l’estrade, les douze garçons se démenaïent comme des forcenés. Leur sang coulait à terre, giclaït contre les murs. L’un d'eux, ayant trébuché, les autres le relevèrent brutalement. Et les fouets claquaient de
plus en plus. Plusieurs assistants escaladèrent l’estrade
à leur tour, se dévêtirent, prirent des verges et se mêlèrent aux danseurs. |
Matilda Venier fut la première des femmes à s’avancer, Quatre ou cina autres la suivirent. Quand un des flagellants s’affaissait, on le tirait à Pécart; un autre prenait aussitôt sa place.
Térésa poussa Carmelina Gaspar, debout devant elle: |
— Flagelle-toi, cria--elle, flagelle-to1!
La jeune fille tressaillit, maïs elle obéit, se déshabilla et le prophète lui donna son fouet. Tremblant de tout son corps, elle resta immobile devant la chaïse de Ia Sainte.
A côté d'elle, Girolamo Seuro retirait ses vêtements. Ses narines frémissaient, sa bouche, grande ouverte, laissait voir son énorme dentition. Nu comme un ver,
il s’empara d’un fouet, s'agenouilla, lui aussi, devant le Christ, marmonna une prière, puis, avec un hurlement sauvage, bondit au milieu des danseurs. Là où son fouet tombait, la peau s’en allait par lambeaux.
A bout de souffle, la femme de Venier s'était affalée sur le premier banc. La vue de Seuro sembla lui donner
des forces nouvelles. Elle se redressa, d’un bond, arracha
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| = sa robe et ses Jupons et, nue COMME le forcené, se mêla = | à la ronde des chasseurs du diable. D'autres suivirent :
| LE cet exemple. À quoi bon robes et pantalons? C'était
» Ê autant d'obstacles aux coups ide discipline, à la orÂce
L : précieuse du sang répandu. «Enlevons tout!» crièrent-ils. É
+ Et tous trépignaient et hurlaïent tandis que claquaïit 1
: =. la lanière des fouets. Sans cesse de nouveaux flagellants =
: = montaient sur l’estrade. On entassa les bancs contre les = É murs pour faire de la place. Chaque espace libre se & : : combla de danseurs. Personne ne restait à l'écart si ce : e. Ê = n’est les vieillards, ou les enfants qui 5e serraient contre É. les murs. = :
; | Tout nu, le prophète était agenouillé devant le : 2 Ée Christ. Une pluie de coups tombait Sur son dos ensan- - Re clanté. Il semblait ne rien sentir, le front contre le sol, È È = absorbé dans sa prière. +
k : Frank Braun me pendait pas des yeux la sainte. É Elle considérait ardemment cette scène Sauvage, cette frénésie sanglante, en l'honneur du royaume de Dieu. Ses lèvres s’ouvrirent et elle lama:
5 Blessés les pieds, blessé le flanc, Blessées les mains, le front sanglant!
Soyez bénies, saintes blessures!
Arrachant des mains de l'enfant la bassine de cuivre, elle but avidement, puis elle se leva.
Son regard tomba sur Carmelina, toujours debout à côté d'elle, nue jusqu'aux hanches, la chair frisson-
nante.
Déshabille-to1! cria-t-elle.
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