‹ L'apprenti sorcierChapitre 21 sur 249 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

séances de pénitence, avec chant et vacarme, sur toutes Sortes d'instruments. Encore une invention américaine, importée par mon cher neveu!

— Pietro Nosclere est votre neveu, monsieur le curé?

— Ne vous l’avais-je pas dit? Pietro est l'enfant de mon unique sœur. C’est aussi, un peu, pourquoi je cherche à lui épargner toute histoire avec les autorités laïques et religieuses. Vous comprenez maintenant, que je ne puis vous accompagner pour aller prêcher devant des banquettes vides! Ce serait compromettre la dignité de Notre Sainte Mère l'Église. Quant à vous, docteur, trouverez-vous le repos désiré avec ce charivari de tambours, de castagnettes et de flûtes? Il est vrai que l’auberge de Raïimondi est au bout du village, sur le bord du petit dac, tandis que la ferme de l'Américain, avec sa grange bruyante, se trouve dans la montagne. à l’autre extrémité. |

Frank Braun remarqua en riant:

— Vous voyez bien que le bruit du Val di Scodra ne me gênera guère!

— Vous voulez toujours y aller, docteur?

— Comment donc! Dès demain matin, Qui sait? Cet Américain fera peut-être mon affaire.

— Votre affaire?

— Oui, mon révérend. Je collectionne les types Curieux. C’est une de mes marottes à moi.

— À quoi pourra-t-il vous être bon?

— On ne sait jamais. L'occasion décide. Christophe Colomb courait bien le monde avec une idée qu'il avait

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volée à un de ses amis. Qui sait ce que peut découvrir Pietro!

Le vieil ecclésiastique haussa les épaules, d’un air méprisant. |

— Pietro? Aucune pensée n’habite en lui!

Et si on lui donnait une pensée?

Laquelle ?

— N'importe! Celle qu’il lui faut! Il existe, dans les vallées profondes de vos montagnes, une force mystérieuse, fomentatrice d’extases. Chaque année, elle $e consume maladroitement, en feux de paille. On ne devrait jamais laisser une force inexploitée.

—— Mais cette force est une maladie, docteur. Plus vite le feu s'éteint, mieux cela vaut pour tout le monde.

Les yeux de l'Allemand jetèrent des éclairs. Il murmura :

— Non, vénérable vieillard, ce n’est pas vrai. Rien ne doit périr avant d’avoir: vécu.

— Quand il s’agit du mal?

— [ke mal a le même droit à la vie que tout le reste. Et puis il n’y a de laïd que ce qui est mesquin.

Sa voix se fit plus forte; ses mains étreignirent |a serviette.

— Laissez croître ce que vous appelez le mal. Il deviendra quelque chose de grand. Tout ce qui est grand est beau.

— Le terrain sur lequel je me place ...

— Don Vincenzo, interrompit Frank Braun, Je connais le terraim sur lequel vous vous placez. Est-il vraimént nécessaire que tout le monde fasse de même?

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