‹ L'apprenti sorcierChapitre 224 sur 249 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

— Oui, répondit-elle en fermant des yeux. Je repose dans les bras du Seigneur.

Pendant ce temps, les paysans avaient achevé l’excavation qui devait recevoir da croix. Frank Braun se tenait à côté d’eux, maintenu par Cornaro et Alvassi. La foule encombraiït le plateau et le chemin du Calvaire. Aucune fuite n'était possible.

Tous avaient entonné les litanies des souffrances de Jésus. Le prophète roux invoquait le Fils de Dieu et la communauté répondait:

— Ayez pitié de nous!

Les invocations sauvages emplissaient l'oreille de Frank Braun et retentissaient dans sa cervelle.

Jésus couvert d’une sueur de sang, Jésus à qui on à craché au visage, Jésus flagellé,

Jésus couronné d’épineés,

Jésus sacrifié comme un agneau,

Jésus, dépouillé de tout vêtement!

À : C'était de da sainte, c'était de Térésa qu'il s'agissait. EL Elle était à la fois le Fils et la Mère!

. Et les lèvres de Frank Braun répétaient les paroles

de la foule:

- — Ayez pitié de nous!

3 Il avait une impression subite de rapetissement. La

sainte, au contrainte, grandissait à l'infini.

: Il détourna son regard de cette figure sereine qui 1 Souriait à la mort. Il eût voulu crier. Ses lèvres demeu- 1. raient scellées. Il ferma les yeux. Dans un suprême et à 4 : sauvage effort, il tenta de rester le spectateur impassible

de la sanglante tragédie, jouée par ces fous. Il serra les poings, se mordit la langue. Quoi! Ne pouvait-1l plus voir mettre à mort une créature humaïne®?

Quatre fois il avait vu fonctionner Îa guillotine. I] avait vu la tête de Josefa Kreuter voler, sous la hache du bourreau. Il avait assisté à plusieurs pendaisons, connaissait le garot espagnol et la grande chaise de Sing Sing. Qu'était en fin de compte l'impression produite par ces exécutions? A peine une légère saveur, désagréable à la langue, quelque chose d’aigre-doux, un goût de sang. Évidemment la première fois ces histoires vous émotionnaient. Bientôt, cependant, on ne S’intéressait plus qu'aux détails, à la technique, au travail du bourreau. Une bonne exécution devait être ‘apide et adroite. C'était un résultat positif qui annulait tout sentiment,

Aujourd'hui le sentiment était au premier plan. Frank Braun en était accablé. L'angoisse lui serraïit la gorge,

Pourquoi?

N'y avait-il aucun dérivatif?

Il chercha..

Girolamo Scuro taillant sa pièce de bois, comme un menuisier dans son atelier, mesurant de l'œil le Christ ?

Ratti et ses gens creusant le trou?

Non, ces gens n'étaient pas des bourreaux. Ils étaient des instruments, dans les mains de la sainte, ils obéissaient à ses ordres.

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Le bourreau est un homme libre, qui exerce un

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