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CHAPITRE TROISIÈME

Le géant levait les yeux au ciel, gloussait, croassait, secouait son goître.

Frank Braun ne put étouffer son envie de rire. Les assistants [Ie regardèrent scandalisés; mais aussitôt, ils entonnèrent un nouveau Cantique en l'honneur du fils de Dieu.

Ici, comme dans toutes les sectes d’exaltés, Jésus jouait un rôle presque exclusif. Même chez ces montagnards, imprégmés de catholicisme, les Saints semblaient avoir Complètement disparu, C’est à peine si la Sainte Vierge était citée. Toutes les prières, tous les cantiques avaient été choisis dans le paroissien du diocèse de Trente. En dehors des courts sermons de pénitence et des confessions publiques, l'Américain n’avait rien rapporté de son exil lointain.

Un peu déçu dans son attente, avec une bonne dose d’ennui, Frank Braun quitta la salle en se disant que don Vincenzo avait raison et que tous ces gens se fatigueraïent bientôt de leurs simagrées. L’Américain n'était vraiment pas du même bois que-le père Alfieri de Padoue !

Assis devant sa table, Frank Braun travaillait. Les jours et des semaïînes passaient. Rien n'existait plus pour lui, en dehors de son œuvre. C’est à peine s’il remarquait encore que -la jeune fille continuait à l'éviter. Il ne s'adressait à elle qu’en cas de besoin, comme à une étrangère,

Les feuillets manuscrits s’entassaient les uns sur les autres.

D'une écriture ferme, il traça le titre de son premier chapitre: LES LATINS, et dès la première phrase, il aïfirma ce terme, vide de sens.

Il étudia les différents pays; par exemple, la péninsule ibérique. Un peuple quelconque d'habitait. Les armées romaines, recrutées dans des quatre coins du monde et comptant à peine un dixième d'éléments italiques, y apportaient leur langue; puis vinrent les Goths, les Maures, les Berbères, les Juifs, les Francs.

Toute Ia population se métissa et, seule, resta la langue romaine.

Pourquoi le latin s’était-il ainsi imposé dans la contrée, malgré la domination des conquérants étrangers? Parce que, lorsque les Romains arrivèrent, le pays n'avait pas encore de langue; mais une centaïne de dialectes différents. N’était-ce pas ainsi que les États-Unis étaient devenus anglais, que le Mexique et l'Amérique du Sud avait subi l’emprise espagnole?

Frank Braun posa la plume et sourit.

Un jour dans de chaco bolivien, il avait rencontré un grand fourmilier. Le gaïillard qui se tenait debout dans une clairière, devant un gros nid de termites, tourna la tête vers lui, impavide et curieux, puis (se remit à fouiller le sable avec ses pattes de devant. Les termites, effrayés, grouillaient sur le monticule bouleversé. Le fourmilier sortit sa langue, gluente et pointue, la roula, tel un serpent, sur les fuyards. «N'est-ce pas

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