CHAPITRE TROISIÈME
le Symbole de la langue espagnole, qui dévore, elle aussi, les Indiens par milliers!» songea Frank Braun et
tout en s’écriant: « Maudit Dago! » il logea une balle dans
la tête de l’avide mammifère, car il n’aimait guère les Espagnols.
Oui, c’est ainsi que la langue latine absorba les cent idiomes de la péninsule, excepté l’escuara des montagnes basques, et encore, pour combien de temps ?
Certes, la langue de Rome se mélangea, se décomposa. Pourtant c’est elle qui avait triomphé. Mais où était la race latine? Le peuple autochtone était toujours semblable à lui-même, ayant bien reçu une petite soutte de sang italique, comme plus tard il reçut:du sang gotih, maure, juif. Quel non-sens de l’appeler une race latine!
La France n'offrait-elle pas la même image? La Gaule, vaincue, adopta la langue de Rome, puis imposa cette même langue aux Goths, aux Burgondes, aux
Francs, aux Normands. Du premier envahisseur elle prit
la langue, du second le nom et resta, malgré tout, ce qu'elle était.
La Roumanie a reçu de Rome son nom et sa langue; cependant son peuple à moins de sang latin que tous les autres. Il a le sang des criminels, exportés au deuxième siècle sur les bords du Danube par l’empereur Trajan.
Reste l'Italie, la mère-patrie. Au sud, des Grecs, au nord des Gaulois, au milieu le Latium et Rome. Puis une multitude d'esclaves, venus de partout. Enfin les Goths, les Vandales, les Lombards, les Normands, les Sarrasins. Pendant des siècles des hordes blondes fran-
chissent les Alpes. La langue de Rome l'emporte sur tous les vainqueurs.
Mais la langue a-t-elle jamais eu quelque chose de commun avec la race?
Les nègres haïtiens sont-ils de race latine parce qu'ils parlent français ? Les frelons noirs des États-Unis sont-ils anglo-saxons parce qu'ils baragouinent l'anglais ?
La langue est une chose, la race en est une autre. Tous les systèmes qui différenciaient les peuples d’après la langue sont donc nécessairement faux.
Quelle chance que l’histoire des pays méridionaux soit plus vieille de deux ou trois mille ans, pour démolir la légende des peuples latins! La chose est plus difficile avec la fable des peuples germains et slaves. Les Bulgares, les Finnois de l’Oural se répandirent dans la vallée du Danube, se mêlèrent aux peuples autochtones slaves, donnèrent au pays un nom tout en adoptant sa langue. A leur tour les Magyars se mêlèrent aux vaincus et furent absorbés par eux. En revanche ils imposèrent leur nom et leur langue.
Il s’égarait, cherchait péniblement les différents rameaux des peuples dispersés, reprenait vite pied et repartait en guerre, de plus bel, contre da théorie de la langue. Les mille petits détails qu'il avait glanés, au cours de ses randonnées, lui fournissaient autant de flèches acérées.
Ainsi il avait connu, jadis, en Saxe, un brave professeur de lycée qui appreniait l'allemand à ses élèves et leur déclamait, avec le pathos coutumier, les odes de Klopstock. Comme sa classe lui laissait des loisirs, il