‹ L'apprenti sorcierChapitre 49 sur 249 · HER · texte numérisé non relu

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Il reprit done le prochain bateau pour l'Allemagne. Son absence avait duré trois semaines, en tout. Frank Braun, l'ayant rencontré dans la rue, par hasard, lui demanda:

— Eh bien, monsieur Bandmann, vous voilà de retour en Allemagne?

Bandmann le regarda avec étonnement et répliqua, l'air vexé:

— Speak you english?

Il était déjà devenu Américain.

À bout de souvenirs, Frank Braun écrivit:

«Mon perroquet parle aussi bien l’allemand qu’un pasteur luthérien. C’est certainement un Germain.»

Âme égarée Du Golgotha,

Satan est bon,

Héloïse est là !

G. CARDUCCI (Hymne à Satan).

Térésa s’agenouilla sur le petit banc, le front dans les mains, sans regarder le vieux prêtre, assis devant elle dans un fauteuil.

Elle se confessait.

Elle parlait d’une voix assourdie, mais sans hésitation. Le vieillard se cardait de l’interrompre. Il l'écoutait patiemment. Ses yeux, errant à travers la chambre, se posèrent sur une image aux couleurs vives, encadrée d’or, qui représentait, de manière naïve. le Val di Scodra, Sa patrie. Il apercevait le lac rond au fond de la vallée. les taches brunes des toits aux flancs verts de la montagne.

I! soupira. Où était le temps lointain de son enfance, alors qu'il dévalait avec 6a chèvre jaune les sentiers rapides? Et, maintenant, cet Allemand vivait là. Luimême l'y avait envoyé, et sa pauvre pénitente. . ...

Térésa se tut. Elle releva la tête, son regard anxieux, implorant, fixé sur le visage du prêtre.

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Le vieillard vit luire les beaux yeux bleus, à travers les longs cils. N’était-elle pas aussi une Allemande? Il songea à la mère de Térésa, fille d’un instituteur, père de dix-sept enfants, trop heureuse d'avoir été demandée en mariage par un sergent-major aux chasseurs impériaux. Hélas, peu après la noce, il avait quitté le service pour s'installer au Val de Scodra. Ce fut un véritable tombeau pour la jeune femme. Personne à qui parler, la solitude Ia plus absolue! Ce n'était pas la dangue qu'elle apprit très vite à connaître, qui la séparait des gens du village, c'était le petit peu de culture intellectuelle qu’elle possédait. Elle parut toujours à ces brutes des montagnes une étrangère, une intruse détestable. Sa seule société fut sa petite Térésa. Quatorze ans elle ne vécut que pour sa fille, d’une humble vie repliée, nostalgique, sans espoir. Puis elle mourut, pauvre plante trop vite fanée, ombre lamentable de la belle Maria de Brixen.

Quelques minutes s'écoulèrent avant que le vieux prêtre parlât. Il ne savait que dire à sa pénitente. Elle avait péché, maïs quelle était sa faute? |

Les lèvres de Térésa remuèrent à nouveau et des mots S'en échappèrent, lentement. Il les lut sur sa bouche plutôt qu’il ne les entendit:

— Monsieur le curé. est-ce vrai? Est-il un envoyé de la Madone?

Le prêtre frémit; une sueur légère perlait à son front. Et la même question l'obséda: «Quelle est sa . faute ? »

Alors, brusquement, sans préambule, il lui demanda:

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