‹ L'apprenti sorcierChapitre 50 sur 249 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

— Va-t-il souvent chez l'Américain?

— Non.

Le prêtre s’étonna:

— Non? N'y est-il jamais allé?

— Si, un soir, juste à sept heures. J'étais par hasard à la fenêtre et je l’ai vu rentrer.

Elle rougit, s’interrompit.

— Non, je n'étais pas à la fenêtre par hasard. Pardonnez-moi, mon père. Dès. qu'il sort, je me sens attirée dans ma chambre, à la fenêtre. Et je le suis des yeux. Je ne voudrais pas le faire. J'y suis poussée. C’est plus fort que moi.

Elle baïissa la tête, la voix pleine de larmes.

— Continue, exigea le prêtre.

— Î] est resté, à peine, une heure chez l'Américain. En rentrant pour le souper, il raconta sa visite à mon père et traita tous les chasseurs du diable d'imbéciles. Mon père et Angelo étaient les seules personnes raisonnables du village parce qu'ils ne prenaient pas part à ces bêtises. C’est tout. |

Le vieillard respira. Il se sentait délivré d’une terrible appréhension. Depuis des semaines une angoisse le tourmentait, quelque chose d’imprécis et d’atroce. Ce mal, qui le menaçait, paraissait s'être enfui comme par enchantement, pour faire place à ce pauvre petit mal de rien du tout, confessé par cette enfant aux yeux bleus. Pourtant il ne savait toujours quoi dire à la jeune fille. Pour gagner du temps, il posa de nouveau des ‘questions au sujet de l'Allemand.

Elle lui répondit sans impatience:

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— I travaille tout le jour, et aussi, tard, dans la nuit. Parfois, il se promène ou canote sur le lac.

— Pêche-t-1l?

— Non; il est bon pour les bêtes, mais il torture les gens.

Elle s’interrompit. Le prêtre l’engagea à poursuivre.

— S'il trouve une chenille sur la route, il la ramasse et la porte dans l’herbe pour que personne ne puisse l’écraser. Il m'a grondée parce que javais retiré une toile d’araignée de sa fenêtre. Chez nous tous les animaux lui courent après. Notre grosse chèvre et notre chat viennent le rejoindre dans sa chambre. |

Le vieillard sourit. Il revoyait le visage blond de l'Allemand, si jeune, si joyeux de vivre.

— C’est quand même un grand enfant. songea-t-il,

La jeune fille continua:

— Par contre il bat les gens. Une fois, comme le valet attelait la. mule trop serrée, lui écorchant la peau avec les courroies, la colère saisit Frank Braun, il arracha les courroies et en frappa l’homme, en plein visage.

— Îl à bien fait, remarqua le curé.

La jeune fille leva les yeux. Cette approbation l'avait réconfortée, mais reprise de doute, elle baïssa la tête:

— Moi aussi, il m'a battue.

— Toi aussi? demanda le prêtre.

— Oui; d'habitude il ne s'occupe jamais de moi. C'est à peine s'il me regarde. Cependant un matin

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