CHAPITRE QUATRIÈME
comme je voulais jeter au chat une Souris, prise dans Ja Souricière, il sauta sur moi, Mme souffleta, mit le chat en fuite et laissa la souris s’échapper.
— Et toi, que répondis-tu?
La jeune fille regarda son confesseur avec étonnement,
— Moi ? Rien. Il me gronda ; me dit que le chat n'avait qu’à les attraper lui-même ses SOUris et que si jen capturai, je pouvais les assommer ou les noyer, non pas les torturer inutilement. Il me deman da si je comprenais cela. Je gardaïi' le silence ; alors, il me serra les doigts à me les faire craquer. Par bravade je n’ai pas crié. Je tombai à genoux, malgré moi, et il ne lÂcha prise que lorsque je lui eus juré sur la Madone de ne plus jamais donner de souris au chat.
Après une courte hésitation, elle poursuivit:
— En quittant la salle, je l’ai entendu parler tout seul. Cela lui arrive souvent, mon père. Il a même dit quelque <hose que j'ai mal Compris et qui s’adressait à moi, bien que je ne fusse plus là: Voici ses paroles : «Certes, tu peux faire sou ffrir, Mais pas inutilement. Torturer est un art, peut-être le plus grand de tous. Seulement les hommes sont des imbéciles, ils torturent Sans Savoir.»
Elle se tut, attendant une réponse.
Le vieux prêtre ne souffla mot. Il évoquait à nouveau la figure de l’étranger. Elle avait maintenant cette expression glacée qui d'avait tant inquiété.
— Que dois-je faire? demanda la jeune fille.
— Je n’en sais rien, murmura le vieillard.
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Alors elle posa le tête sur les genoux de son confesseur et sanglota. Il sentait les larmes de la jeune fille mouiller sa soutane. Il aurait voulu lui venir en aide. Mais comment! Il lui caressa doucement les cheveux. Tout à coup, elle se releva, haletante, et lui prit la main.
— Mon père, s'écria-t-elle, est-ce vrai? Est-ce la Madone qui l’a envoyé?
Son regard quêtait une affirmation.
Le prêtre le comprit bien.
Et, dans ce regard, il aperçut le troisième aspect de l'étranger, le jeune homme rêveur, enthousiaste, chimérique.
Il eut l'intuition que cette figure-là emplissait toute l'âme de sa pénitente.
Et le mot qu’elle attendait lui vint aux lèvres presqu'à son insu; toutefois, il se contint, détourna les yeux et répondit:
— Je l'ignore.
La jeune fille soupira profondément. Le vieux prêtre ressentit cette douleur comme la sienne propre.
Elle balbutia en serrant convulsivement les mains de son confesseur:
— Mon père, si ce n’est pas la Madone, qui est-ce
alors ? — Je ne sais pas, répéta le prêtre.
Cependant il ajouta aussitôt, pris de compassion devant cette lourde peine:
—— Tu l’aimes donc bien ?
- Térésa répondit, dans un souffle:
-— Oui, mon père, plus que ma vie.
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