CHAPITRE QUATRIEME
I lui baïsa le front.
— Va, mon enfant, accepte ta destinée; c’est la volonté de Dieu.
Incapable de répondre un mot, elle prit les mains du vieux prêtre et y colla ses lèvres, dans un élan de gratitude passionnée.
Frank Braun descendit très tard déjeuner, ayant travaillé jusqu'à l'aube.
Térésa le servit, attendant silencieusement qu’il voulût bien s’apercevoir de sa présence. C'est à peine s’il remarqua son retour. Il mangea vite et sortit.
Le soir et le jour suivant, elle continua à rester debout, près de lui, pendant ses repas. Elle n'osait pas lui adresser la parole. Comme il se taisait toujours, elle se décida à lui dire tout bas:
— J'ai à vous donner le bonjour de la part de monsieur le curé.
— De quel curé?
— De don Vincenzo.
— Ah, merci! mépondit-il, d'air indifférent.
es pensées étaient ailleurs. Cependant les paroles de la jeune fille l'avaient frappé. Il la regarda et s'apercut qu'elle était belle.
— Tu as vu le curé? interrogea-t-il.
Elle soutint le regard et répliqua:
— Oui, j'étais en ville, il y a quatre jours.
— Tu t'es confessée?
Elle fit un signe affirmatif et ajouta:
— Ïl a dit que c'était la volonté de Dieu.
Frank Braun se mit à rire.
— Voilà ce qu'il a dit, lui aussi?
Il lui donna une légère tape sur la joue et quitta l'auberge. @
Dès lors, il s’entretint parfois avec elle. Rien de plus. Il se montrait aimable et affectueux et la traitait un peu à da façon d’un joli garçonmet dont àül eût toléré la présence. Aïnsi il s’accoutumait à l'avoir présente, durant ses promenades. Elle était attentive, patiente et silencieuse comme une bête familière.
Un soir, sur le lac, il se souvint qu’elle parlait allemand. Cela le réjouit.
Il éprouvait le besoin de s’entretenir avec quelqu'un de ses travaux pour voir plus clair en lui-même.
Grave et tranquille, Térésa l’écoutait pendant des heures. Elle saisissait peu de chose; maïs les paroles de Frank Braun lui semblaient merveilleuses.
Son maître lui parlait,
Le printemps avait fait place à Fété. Frank Braun parcourait la campagne avec la jeune fille et comparait volontiers son travail à celui des paysans. Leurs mains rudes semaient, hersaient, labouraient, créaient tout ce qui vivait sur la terre. De même grandissait son œuvre à lui.
Parfois, pendant le jour, quand la jeune fille était occupée, il appelait la chèvre blanche ou le chat. Comme les deux bêtes n'avaient pas de nom, il avait baptisé
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