‹ L'apprenti sorcierChapitre 53 sur 249 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

la chèvre Marfa et le chat Fritzi. Frank Braun les laissait entrer dans la salle commune, s’asseyait et leur faisait la lecture. La chèvre ne lui prêtait aucune attention. Elle lui donnait de légers coups de corne et flairait sa poche où elle savait qu’il y avait du sucre.

— Va, Marfa — s’écriait-il — tu ne t'intéresseras jamais au problème des races.

Au milieu de la nuit, il entrait chez Térésa, s’asseyait sur le bord de son lit et lui parlait. Elle l’'écoutait, sérieuse et tranquille, comme à l'ordinaire. Puis il s’en allait. Quelquefois il la prenait dans ses bras. Elle fermait alors les paupières et tressaillait de bonheur.

Un soir, on frappa à sa porte. C'était Angelo, le valet, qui venait prier Monsieur de descendre au village, chez Mariano Venier. Sa femme, la Mathilde, se mourait. On réclamait de suite le docteur.

— Je ne suis pas médecin, remarqua Frank Braun.

Angelo haussa les épaules d’un air résigné comme pour dire : « Est-ce que cela me regarde ! » puis äl sortit en déclarant: «Je ne suis pas d'ici. »

Au rez-de-chaussée des éclats de voix se firent entendre. Quelques instants plus tard, l’aubergiste, suivi de Térésa, pénétrait dans la chambre de Frank Braun et déclarait:

— Venier est en bas et refuse de partir. Allez donc voir sa femme, monsieur.

— Puisque je vous dis que je ne suis pas médecin !

Raïmondi approuva poliment de la tête, en ajoutant:

= Vous êtes cependant docteur?

Oui, mais pas en médecine. Je ne puis rien pour

cette femme. | |

L’aubergiste se gratta le menton, cracha et reprit, imperturbable:

— Les gens ne le croiront pas! Ils se figurent qu'étant docteur, vous devez guérir les malades.

On sentait qu'il était, lui-même, de cet avis et qu'il serait très vexé si le docteur étranger qui logeait chez lui refusait d'aller voir la femme de Venier. Il revint done à la charge. |

— [L'Américain y est en ce . moment. Il veut la

ouérir par des prières. Vous en savez autant que lui, J'imagine ?

Frank Braun répliqua:

— Je ne veux point m'occuper de pareïlles bêtises !:

__ Alors la jeune fille dit à Frank Braun, d’un ton suppliant:

— Je t'en prie, va chez cette femme! Tu peux tout!

Frank Braun se résigna, prit, dans un tiroir, quel-

ques flacons et quelques boîtes: des gouttes d’opium,

de la quinine, du pyramidon, ce qu'il y avait là. L’aubergiste l’accompagna d’un air de triomphe.

— Vojlà le docteur, cria-t-il au paysan.

Venier était de pauvre apparence : des cheveux noirs sur un front bas et un léger goître. En hâte il regagna Sa maison, suivi de Frank Braun.

Ils pénétrèrent dans la chambre à coucher. Toute une compagnie priait là, à voix haute. Frank Braun reconnut le grand valet. au goître rouge, et Syibille, la

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