CHAPITRE QUATRIÈME
et, en balbutiant, remercia l'Allemand d’avoir œuéri Matilda. Sans doute, les gens du village pensaient que c'était lui, Pietro, qui avait sauvé la femme de Venier, parce que personne ne lui avait vu donner la médecine à la malade; mais il n’en était pas ainsi.
— Vous avez déjà raconté cela? demanda Frank Braun.
— Pas encore, répliqua mister Peter. Je le ferai dimanche prochain à la réunion. Je proclamerai que cest le docteur allemand qui à guéri notre sŒ@ur.
Frank Braun le tint sous son regard et ordonna tranquüillement :
.:— Tune le feras pas |
Pourquoi? C’est la vérité Il faut toujours respecter la vérité.
— Tu ne le diras pas. J'irai à J’assemblée et-si tu le dis, je me lèverai et J'affirmerai que tu mens. Ce n'est pas moi qui ai guéri la femme de Venier, c’est bien toi.
Pietro se prit la tête à deux mains.
— Moi ? — bégaya-til — moi ? Pourtant vous lui avez préparé la médecine ?
— Non, je ne t'ai donné que de l’eau claire. Je ne Suis pas médecin. Je ne peux pas guérir les gens. C’est toi qui à sauvé la malade, toi et tes prières. C’est à toi que Jésus a donné la force de la 2räce, pas à MOI.
Pietro tournait fébrilement son chapeau entre ses doigts. Il rassemblait lentement ses idées, s’efforçait de Saisir, Comprit enfin. Alors il se lew a, les yeux brillants.
— Monsieur le docteur, est-ce bien Vrai ?
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— Qui, c'est vrai! répliqua Frank Braun, en se- À : couant vigoureusement la main de Pietro. 6
Et il ajouta, mentalement : | — Pourquoi ne mentirais-je pas, puisque cela te | cause tant de plaisir ? | L'Américain gonfla la poitrine. Ses épaules étroites apparurent élargies. On eût dit qu'il grandissait. Il éten- | 6 dit les mains, ouvrit les lèvres à demi, comme s’il L s'adressait à son auditoire. | Et Frank Braun songea : « Tu devrais me remer- { Ra cier, mon garçon, Car maintenant tu crois en toi. » { Ils se dirigèrent, tous deux, vers la porte, J’Amérieain, trébuchant comme un homme ivre. Sur les lèvres minces et exsangues se jouait un sourire triomphant, qui disparut dès qu'il rencontra le regard du docteur. Il ne perdit pas la foi en lui-même, acquit, seulement, 4 en même temps, celle de la puissance suprême de l'autre. l Il dit humblement :
—— Merci beaucoup, monsieur le docteur. à Frank Braun répondit :
— Il n'y a pas de quoi. Un de ces jours j'irai à
Cid
ton assemblée. Adieu, Élie !
— Pourquoi m’appelez-vous lie ?
Frank Braun pensait à part lui: 4] — Vilain fou, ne te sens-tu pas déjà un prophète ? | I ajouta tout haut :
— Va en paix. Je t’expliquerai cela une autre fois. "de A peine Pietro était-il sorti que Térésa revint. Elle Æ
paraissait, surexcitée, les joues en feu. Elle haleta :
. Pourquoi était-il ici? Qu’a-t-il dit ?