‹ L'apprenti sorcierChapitre 62 sur 249 · PES · texte numérisé non relu

PES

Les choses existent... parce que nous les voyons !

OSCAR WILDE (Décadence du Mensonge).

Térésa ramait, le buste tendu. Frank B raun, au gouvermail, dirigea l’embarcation vers le milieu du lac. HS firent ainsi le tour, à toute allure. Comme la

jeune fille avait chaud, elle retroussa ses m anches, ouvrit

sa blouse, Ses muscles se raidissaient dans un rythme

. régulier.

L'Allemand immobilisa la barque au milieu des

TOSEAUX.

À l'ouest, da lune avait dépassé la montagne et semait sur l’eau, à travers les branches, des sequins d'argent. Derrière le couple c'était la chanson puissante de la Piave. |

La jeune fille quitta son banc. s’accroupit aux pieds de Frank Braun, et rejetant ses nattes sur son dos, suppliante réclama: |

— Le conte, le beau conte de fée ?

— Le conte ? répéta-til lentement. — Oh! c’est une histoire très triste.

. Il lui avait posé la main sur la tête et, pourtant. il ne s’apercevait plus de sa présence. Les paupières mi-

LS

closes, il regarda monter la lune, à travers les branches,

et miroiter l’eau tranquille. Quelle sécurité dans cette cachette silencieuse du Val di Scodra, quelle douceur dans. cette grotte de verdure, si loin de la vie, si loin du monde ! Dans ce nid mouvant, nul ennemi ne pouvait le découvrir. Il était seul !

Cependant, il sentait une présence à ses côtés, une affection muette dont d'existence le réconfortait. Quoi donc au juste? Marfa, la chèvre, ou le chat, ou peut-être Térésa ? Qu'importait le nom ! N’avait-il pas besoin d’un confident ? Il le connaissait bien ce besoin d'épanchement commun à tous les hommes. Les croyants avaient leur confesseur, les autres leurs maîtresses, ou leurs amis ; lui n'avait ni confesseur, ni maîtresse, ni ami. Jadis, ïl avait eu un Caniche. Quand le chien lui léchait la main ou remuait la queue, il se sentait soulagé, pardonné. Depuis, son caniche était mort.

Il caressa Térésa, comme autrefois sa bête fidèle. Il se crut encore dans la maison maternelle, alors qu’il allait chaque jour à l'école. C'était au crépuscule ; il était vautré sur le tapis devant la cheminée, seul avec son caniche noir. | — Viens, Al! Il y a longtemps que je ne t'ai parlé. J’ai tant de choses à te raconter !

Pelotonnée à ses pieds, la jeune fille demeurait muette.

Il poursuivit:

= «— Vois-tu, mon cher Ali, il m'est encore arrivé un malheur. Te rappelles-tu le soir de la semaine dernière où nous sommes allés nous promener près du château ?

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