CHAPITRE CINQUIÈME
Je rencontrai Técla.….. Mais non, tu ne peux pas te souvenir. Tu étais encore à la chasse aux canards! C’est vrai, tu as de la chance, tu abîmes les plates-bandes, tu poursuis les canards, tu déchires les pantalons des gens qui ne te plaisent pas, tu salis la maison et tout le monde t'aime! Dis, Ali, comment fais-tu? Moi, ils me tourmentent tous. Écoute! J'ai donc rencontré Técla, le long des fossés du vieux château. J'ai rougi, j'ai eu honte, je ne la saluai pas. J'ai toujours honte. Pourquoi, mon bon chien? Je la suivis, avec l'intention de lui parler. Elle w’attendit un peu. Je fis demi-tour, sans oser l’aborder. Rentré chez moi, ayant honte de Jui adresser une lettre, je lui écrivis un poème. Sais-tu, Ali, ce qu’elle a fait? Elle l’a donné à sa tante. Sa tante l’a envoyé à mon professeur de mathématiques qui l’a remis au directeur. Le samedi j'ai eu deux heures de cachot et le pire c’est qu'ils le diront à maman. Si encore cette tante avait donné mes vers aux professeurs d'allemand ou de grec. Ils m’auraient réprimandé, c’est tout. Elle choisit ce sale professeur de mathématiques parce qu’elle Sait que je suis nul en mathématiques, et que cet animal ne peut pas me sentir.
«Le proviseur a déclaré qu’il ne fallait jamais envoyer de poésies. On ne peut cependant pas garder ses vers jusqu’à ce qu’il y en ait de quoi faire un livre. Je n’ai causé aucun tort à Técla. Pendant l'été j'ai cueilli des roses au jardin. Maman m'a grondé et se demandait où elles passaient. Je les envoyais à Técla. Elle les a toujours acceptées. Maintenant elle me moucharde auprès de sa tante, à qui j'ai pourtant donné deux de mes
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‘cochons d'Inde, il y à trois semaines. Tu vois, A, tout
le monde est méchant avec moi. Comment m'y prendre
pour les rendre bons?»
Frank Braun se tut. Son regard suivait le jeu du clair de lune, à travers les saules.
La jeune fille, à ses pieds, semblait boire ses paroles. La voix douce et triste de l'Allemand lui amenait les larmes aux yeux. Elle considérait la chevelure blonde du jeune homme, ses lèvres mi-ouvertes. On eût dit un enfant solitaire, abandonné de tous. |
Térésa sentit en elle le’désir de le réconforter, de
le prendre entre ses bras et de le presser sur sa poitrine, comme une mêre,
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— Me voici encore de retour, reprit Frank Braun. Viens tout près de moi, mon bon chien! Regarde, je t'ai rapporté le plus beau collier du monde. C’est une œuvre d’'Ascanio de Taglia-Cozzo, un élève de Benvenuto. Il l'avait faite pour le dogue de la blonde duchesse de Ferrare. Saïs-tu qui me l’a donné? Une femme belle et avisée. Et sais-tu pourquoi? Parce que ses lèvres n’auront plus de baïsers pour moi.
«Veux-tu connaître cette histoire, Ali?
«J'étais au palazzo Gerelli, comme chaque nuit. Quand nous nous réveillâmes, moi et la plus belle femme de Pise, les cassolettes de cuivre brûlaient encore et, par la porte ouverte du balcon, filtrait une lueur pâle. La lumière du jour naïssant est un vilain poison. Elle rend
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