CHAPITRE CINQUIÈME
«Et ces vers nous rongent, toi, moi, tous Ceux qui ont une âme. Je ne sais pas si tu as une âme. Je ne te le souhaite pas, ma pauvre enfant. Un mauvais démon
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m'en a donné une et ül me faudra da traîner toute ma vie. s>
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« Ali avait une Âme qui aimait la mienne. Où est-elle?
« Veux-tu que je te raconte sa mort?
« J'étais à la maison, en vacances. Nous nous promenions, tous les deux, près du vieux château. Je croisai la voiture d’un de mes amis. Au moment où je prenais congé de mon ami, mon Caniche sauta aux jambes des chevaux, en aboyant, reçut un coup de sabot, tomba et la voiture passa sur lui. Il avait l’épine dorsale brisée.
«Je Pemportai dans mes bras; il me regardait sans
œémir et léchaït les larmes qui me tombañent sur les mains. |
«C’est ainsi qu'il mourut.
«Je lui ai créusé une tombe dans le jardin de ma mère, à l'ombre d’un grand yucca. Pariois je pense aux racines de cet arbre qui plongent dans la terre profonde. Deux sortenit des orbites de mon chien, la troisième jaillit de son cœur. Elles boïvent ainsi la vie et tandis que mon ami défunt se décompose, le grand yucca croît en beauté et secoue, plein d’orgueil, ses petites clochettes blanches, au-dessus du pauvre Ali. Alors je me demande si le yueca n’est pas mon ami, lui aussi. Mais non, il a dévoré mon caniche noir dans sa tombe. Le yucca est méchant, comme tous les êtres sans âmes.»
Les yeux de Frank Braun brillaient étrangement et ses lèvres mi-closes avaient un rictus douloureux. I]
L'APPRENTI SORCIER étendit le bras, comme pour étreindre un rêve lointain. Térésa eût souhaité être un atome de ce rêve.
Longtemps, Frank Braun demeura immobile et silen- Cieux.
Anxieuse, Térésa posa sa tête sur les genoux du jeune homme dont elle sentit les doigts caresser ses cheveux bouclés.
he ..
Il dit alors:
__ Ali, mon bon chien, me voici de retour, après bien des années. Étends-toi près de moi. Vois-+tu le feu dans la cheminée?
«Des années j'ai parcouru les pays lointains. Je suis un renégat et j'ai déserté tous les camps.
«J'ai bu avec de nouveaux amis, j'ai embrassé bien des femmes; c'étaient des prostituées et mes compar gnons, des coquins. Ils prirent mon argent, ef, tout en s’abreuvant de mon vin, versèrent du poison dans mon verre. J’ai vécu dans l'ombre des sages. Leur sagesse était un mensonge. J'ai chevauché, en compagnie de joyeux cavaliers. Leur courage était un mensonge. J'ai remué la terre avec des paysans. Leur labeur était un mensonge. J'ai brûlé d'enthousiasme avec des peintres et des poètes. Leur art était le plus impudent des mensonges. Ma main se durcit à force d’avoir (té serrée par des milliers de mains et ma bouche saïgna à force de baisers. Tout cela, mensonges!
«Mes rêves, eux-mêmes, mentaient. C'est alors que dans la solitude et l’obscurité, à l'ombre d’un arbre imaginaire, je compris qu'il n’y avait plus au monde que