CHAPITRE CINQUIÈME
deux choses: moi d’abord, puis cé qui n’était pas moi, formé non pas d'éléments divers comme je le eroyais jadis, mais un tout unique.
«Et la vérité chanta dans les branches:
Nous vivons dans la joie, sans ennemis, dans un monde [d’inimitiés.
Nous vivons dans la joie, sains parmi les malades. Nous vivons dans la joie, sans ambition parmi les ambitieux. La gaieté est notre nourriture, comme elle est celle des [dieux irradiants.
«Je prêtai l'oreille à ces douces paroles. Et je sentis que l’autre chose qui n’était pas moi n'existait point, que c'était le néant.
«Un nouveau chant s’éleva dans la nuit. Il venait de mon cœur. Mon cœur était un luth, une flamme, une blessure.
«Et voilà ce que chantait le luth:
O lumière inépuisable, porte-moi dans le m# nde de l’im- [mortalité!
Laisse-moi vivre, libre dans les larges espaces du firmament! Laisse-moi jouir de l'éternité, au pays des désirs et des [mannes célestes!
« La voix se tut et je sentis mon moi s'évanouir, car j'étais plongé dans la première eau de la béatitude. Entre le moi et le non-moi plus d'opposition. Je ne faisais qu’un avec le néant. Le néant était la divinité et moi j étais dans le néant et la divinité.
«Alors, pour la première fois, je perçus le voisinage
de Dieu. Ce contact engendra en moi l'Enfant des Temps. Ainsi, de la source sacrée, s’écoulait, goutte à goutte, la seconde eau. Ainsi s’évaporèrent, comme la rosée au soleil, l'Espace et le Temps.
I n'y avait plus ni passé ni avenir. L'instant présent avait tout englouti, s'étendait sur tout. Il était un son, une flamme, une blessure. Et le son saignaït, la flamme chantait, la blessure illuminait le ciel. Alors, du néant, jaillit la troisième eau, qui était la erande lumière.
«La clarté s’éleva et il n’y eut plus qu’elle. Là où coule la troisième eau tout est lumière et magnificence.
«Ce n’est pourtant rien, comparée à la dernière eau, car la dernière eau c’est Dieu lui-même. On ne 5e fond pas en lui, on grandit jusqu'à lui. L'être qui est capable de sentir cela est Dieu!
« Comme j'atteignais la source suprême, des vers géants, venus du cloaque, rampèrent jusqu'à moi, innombrables, de toute éternité, rouge-feu comme les mensonges.
«D'un seul coup, tout s’écroula. Ce furent les ténèbres.
«Je me retrouvai sur le sol humide, plus misérable encore, maintenant que j'avais entrevu les cieux ouverts — entrevu seulement.
«Et les rouges mensonges burent la dernière eau sacrée. En moi monta la grande haine. %.
«Je saisis la crinière du cheval noir qui paissait à mes côtés. Je l’enfourchai et partis au galop. Derrière moi suivaient les serviteurs, quatre puissants cavaliers. Sur un cheval blanc, le premier portait la couronne et l'arc victorieux. Sur un cheval roux, le second brandissaït
Cor, 2e
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