CHAPITRE CINQUIÈME
le glaive. Sur un cheval noir, le troisième élevait, dans sa main, la balance exacte. Le quatrième était la Mort. Son coursier était de couleur blafarde. Elle cachait l'enfer dans les plis de son manteau.
«Vingt durs sabots foulaient des cadavres nus. Mes quatre serviteurs se taisaient. Moi, je riais dans la nuit sombre...
«Tel était mon rêve. . Et mon rêve n’était que la vie.
«Une fois réveillé, je m'appliquai au mal.
« Et je m’aperçus que tout ce qui. venait de l'enfer était aussi grand, aussi beau que ce qui venait du ciel. Seul, ce qui venait de la terre n'était que mesquin et laid.
«Hélas! je n'étais qu’un homme. La manne céleste
n’était pas pour moi et j'étais trop faible pour la chaleur de l'enfer. Je partageai la nourriture des hommes, je vécus leur existence, j'imitai leurs gestes.
«ŒEt ma vie n’était qu'une pourriture. Et mon haleine sentait la charogne.
« Alors je me réfugiai encore une fois dans mon anire. Je restai seul, trois Jours et trois nuits, malade, ulcéré. Je vomis mon grand dégoût. C’est ainsi que je guéris.
«Maintenant je suis dibre! En moi sont morts tout amour et toute haine. Que m'importe le monde! Seul, tu vis encore, mon bon chien, rêve alangui d'un temps qui n’est plus. |
«Maintenant je suis libre! Toutes les chaînes sont tombées. Une épaisse cuirasse, qu'aucun feu ne saurait
fondre, protège mon cœur. J'ai gagné la paix intérieure, le seul bien suprême que l’homme puisse atteindre.
«Parfois, les vieilles nostalgies relèvent la tête et se mettent à chanter. Ce n’est pas à moi qu’elles s’adressent. J'imagine qu'elles parlent à quelque étranger, mort depuis longtemps. Toutefois, leurs chansons m'attristent. C’est une langue que je ne comprends plus.
«A, tu es mon ami, tu es mon âme, tout ce qui subsiste encore de mon bonheur détruit! Laisse-moi caresser tes boucles noires.
«Crois-moi, ce fut un rude combat! Mais personne n'a pu mabattre. Seules, les vieilles blessures saignent encore.»
Il se tut.
Deux larmes coulèrent lentement sur son visage creusé.
Térésa en fut meurtrie. Elle posa sa tête sur les genoux du jeune homme et, comme un chien fidèle, lui lécha les mains.
Il tressaillit d’abord et voulut retirer sa main. Il n'en eut pas le courage. N’était-ce pas la douce caresse des jours anciens ?
Il murmura:
— Ali, mon vieil Ali. Térésa, mon enfant chérie!
Il s’aperçut qu’elle avait pleuré.
— Pourquoi pleurer à cause de moi? C’est vrai, on ne devrait jamais raconter d'histoires tristes. Je vais chanter, cela vaudra mieux.
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