‹ L'apprenti sorcierChapitre 83 sur 249 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

— Je vous aï apporté quelque chose, docteur. Personne ne pourra prétendre qu'Aloys Drenker ne tient pas parole !

Térésa apporta à Frank Braun un casque tout neuf, soigneusement empaqueté et lui dit, l'air embarrassé:

— ]l] y à encore une lettre que monsieur le curé a remise à M. Drenker. |

— Une lettre du curé? Pas pour toi? Tu ne lui as donc plus écrit ?

___— Non! répondit-elle, en secouant la tête, la voix mal assurée. Et elle sortit.

Frank Braun ouvrit la lettre. Le vieux prêtre lui écrivait:

« Cher Monsieur, «Je suis inquiet de n'avoir aucune nouvelle du € Val di Scodra. Térésa ne m'a plus écrit depuis qu’elle <est venue se confesser. La jeune fille vous à certaine- «ment avoué que je connaissais votre secret. Je suis «un vieil homme qui n’a plus d'autre but, icibas, que « d'employer ses faïbles forces à adoucir les misères et « à faire le bien. Je me permets donc de m'adresser à « votre Cœur.

« Malgré tout j'aurais désiré rendre visite à mon « village natal. J’ai le pressentiment qu'il s'y prépare < quelque malheur. Notre évêque, à qui j'ai com- «imuniqué mon désir, m'a défendu de partir. Il veut que « j'attende le moment où mes ouailles réclameront, «(lelles-mêmes, leur berger. Vous connaissez ses prin- « CIpes.

« Térésa était mon seul agneau fidèle dans la val-

lée des chasseurs du diable. Vous m'avez pris Térésa, cher monsieur. Loin de moi la pensée de vous adresser des reproches qui exciteraient vos moqueries ! J'ai tout mis dans la main du Dieu de miséricorde et vous pouvez m'en Croire, monsieur, aussi Chaleureuses pour vous que pour ma pénitente sont les prières que J'adresse au ciel.

« Mon souhait le plus ardent — je n'en eus pas de plus ardent depuis de longues années — est que le Seigneur fasse pour le mieux. N'est-ce pas moi qui vous ai envoyé au Val di Scodra ? Ma faute ne serait pas minime s'il arrivait quoi que ce fût.

« Je ne sais pas au juste ce qui pourrait bien $e passer. Je me reproche mes soucis injustifiés. Cependant un affreux pressentiment me ‘poursuit jour et

<nuit! Ma responsabilité d'un malheur, que linfinie

bonté du ciel nous épargnera sans doute, est beaucoup plus grande que vous ne le supposez, cher mon-

. sieur. Lorsque je vis ma pauvre pénitente si malheu-

« reuse à mes pieds, lorsque Je compris la muette Sup-

plication d’un être qui ne voulait pas qu’on l’arrache à ce qui lui semblait le suprême bonheur ici-bas, je ne l'ai pas repoussée, je ne l'ai pas désespérée, vous le savez bien.

« Quand je réfléchis à ce que je fis, à cette minute atroce — et j'y pense cent fois par jour — il me semble que j'ai commis une lourde injustice envers

: cette enfant. Pourtant je crois que si c’était à refaire,

j'agirais encore de même. Le doute me déchire et mon trouble n’a point d'issue |

Page 1