CHAPITRE SEPTIÈME
marquait sur nos visages. Le plus sage parti à prendre était de retourner à Bozen, avant la fin de notre permission. Que ne l’avons-nous fait! Ussolo insista tant
pour que nous restions, a moins jusqu’au dimanche suivant! C'était la fête du village voisin, de Cimego, situé de l’autre côté de la montagne, près de la frontière, là où se trouve maintenant mon poste de douane. Ussolo nous avait invités. Il avait des parents à Cimego. Il désirait leur montrer sa belle fiancée et nous, ses amis des chasseurs ‘impériaux.
«Nous n'avions pas le cœur au plaisir et nous h’aurions pas accepté de venir à cette fête, sans les instances d’Ussolo et de Sybilla. Nous décidâmes donc que notre dîner d'adieu aurait lieu à Cimego, avant de retourner au régiment. Nous partirions à la nuit tombante, ferions halte en cours de route, dans une hutte de charbonniers et serions de bon matin à destination.
«Maintenant, il faut que je vous (dise qu’Ussolo aimait bien à boire. Ce n’était pas un pochard, quelques verres suffisaient à le mettre en gaieté. Comme 1 fallait bien arroser la permission et les belles fiançailles, tous les soirs il était pompette et faisait du tapage dans les rues.
« Ce n’était guère du goût de Sybilla. Depuis sa plus tendre enfance elle connaissait l’ivrognerie. Son père, le vieux Carlo Madruzzo, avait le gosier le plus altéré du village. Il n’y avait pas de jour qu'elle ne fût battue par l'ivrogne. Rien d'étonnant à ce qu'elle vit avec déplaisir son fiancé lever le coude. Elle lui adressait d'amers reproches et il lui promettait de ne plus
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toucher à un verre. Naturellement, le soir même, il était gris. Sybilla haïssait donc plus la bouteille entre les mains d’Ussolo qu'entre celles de son père.
« Lorsque nous nous mîmes en route dans la nuit de dimanche, Sybilla s’arrangea pour rester en arrière avec moi, tandis qu'Ussolo et l’adjudant marchaient devant. Raimondi et Sybilla portaient des lanternes. Ussolo traînait une lourde bourriche, pleine de poissons qu'il venait de pêcher dans le lac, destinés à son oncle de Cimego. Je portai le havre-sac dans lequel Ussolo avait emballé du pain, du jambon, des saucisses et cinq bouteilles de bon vin. C’est à celles-ci qu’en voulait Sybilla ! Au bout d’une demi-heure, nous rencontrâämes une source. La jeune fille s'arrêta et me réclama le havre-sac. Quand elle jugea les autres assez éloignés, elle sortit les bouteilles, les déboucha et me demanda si je voulais boire un coup, ce que je fis. Ensuite elle répandit le vin de toutes des bouteilles, les remplit d'eau et les reboucha soigneusement. Nous ne pouvions songer sans rire à la figure d'Ussolo quand il s’apercevrait que son vin s'était changé en eau. Nous rattrapâmes vivement les autres et, tous quatre, nous entonnâmes des chansons de soldats.
« Nous étions partis à neuf heures et nous pouvions facilement atteindre la hutte à trois heures du matin. Nous avions l'intention d'y casser la croûte et de nous y reposer un peu. Nous avions pris nos manteaux et Raimondi portait une couverture pour Sybilla. Comme il faisait froid, Ussolo jeta son manteau sur les épaules de sa fiancée. Nous étions d’excellente humeur.
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