‹ L'apprenti sorcierChapitre 95 sur 249 · CHAPITRÉ SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ SEPTIÈME

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« Cher don Vincenzo!

«Je vous remercie de votre aimable lettre qui me « prouve, si je ne le savais déjà, que vous êtes ce que «le monde est convenu d’appeler un homme foncière- «ment bon. Je regrette d'autant plus de ne pouvoir « accéder à votre désir. Vous craighez — pardonnez- «mOi de préciser vos appréhensions — que je ne joue «ici, au Val di Scodra, le rôle de la Fatalité, d’une «manière que vous estimez contraire aux intérêts de «votre village natal. Il ne vous suffit plus, don « Vincenzo, de vous en remettre à la volonté de Dieu, «vVOus craignez mon intervention, peu respectueuse, « dans les affaires du Très-Haut. Eh! bien, je ne nie «pas d'envie que J'ai d'agir, surtout maintenant que «vous avez réveillé si à propos mon attention. Dieu «n'est-il pas ce que les païens et les mécréants «nomment le Destin? Donc, si l’homme prend le «rôle du destin, il prend celui de Dieu. Ce jeu-là n’est «peut-être pas très chrétien, mais vous conviendrez «que l’homme ne peut pas en jouer de plus grand. Si « donc l’occasion de remplir cette noble partie se pré- «sentait ici, pourquoi y renoncerais-je? Notre vie «n’est Pas assez riche en faveurs pour dédaigner « Celles que nous envoie un heureux hasard. Je reste- «rai done ici, en attendant, et je désirerais fort, «mon Révérend, que vos pressentiments ne vous trom- « passent point. Certes, je n'ai pas le même optimisme «— ou le même pessimisme — que vous, don Vin- «cenzo. À mon avis il ne se produira rien que de très

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« mesquin et de très ridicule, Je ferai tous mes efforts « pour obtenir une pièce à grand spectacle ; mais ce «n’est pas facile sur le théâtre de la vie! Je ne suis, «hélas, qu'un pauvre apprenti sorcier! Vous aurez « donc très probablement sujet de rire et non de « pleurer. Je reste, mon cher don Vincenzo, votre bien « dévoué. FRANK BRAUN. »

Il plia la lettre, appela Térésa et lui dit:

— Il y à de la place sur la quatrième page; ne veux-tu pas écrire un mot à ton confesseur?

Le visage de la jeune fille s’éclaira. Elle prit la feuille et traça en gros caractères:

Je suis très heureuse! TÉRÉSA.»

Le douanier était reparti depuis longtemps.

Remonté dans sa chambre, Frank Braun s'était accoudé à sa fenêtre. Il faisait nuit; un orage venait d’éclater. Frank Braun ferma la fenêtre et s’assit à sa table. Il n'avait pas envie de travailler; mais le sommeil le fuyait, il feuilleta distraitement ses livres, parcourut ensuite, encore une fois, la lettre du vieux prêtre et murmura:

«— Il se prépare quelque chose de terrible pour le Val di Scodra, pour Térésa let pour vous-même. »

Il répéta cette phrase, avec volupté, tout en brûlant la lettre, à la flamme de sa lampe.

Tout à coup, il crut entendre remuer la serrure de sa porte.

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