‹ L'apprenti sorcierChapitre 98 sur 249 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Frank Braun quitta Térésa et remonta dans sa chambre, mécontent de lui. Pourquoi torturait-il cette jeune fille? Où voulait-il en venir avec sa manie de domination puérile? N’était-il pas le César du Val di Scodra? Il était le maître de Nosclere, le prophète, et de tout son troupeau. Par l'argent il tenait Raïmondi et, par Son regard, Térésa. En vérité, ïl était roi!

Ï rit amèrement. Il sentait bien ce qui lui manquait: un peu de Ia foi du charbonnier. Sa volonté régnait dans cette vallée. Pourquoi n’arrivait-il pas à croire, lui-même, en cette volonté ? Une fois, une seule fois, Croire en soi !

En somme, il n’avait besoin que d’une parcelle de cette Toi sauvage qui sévissait ici: Pietro croyait à sa mission divine, Raïmondi à la richesse inépuisable de l'étranger, Térésa à son amour. Trois mensonges ! Étaitce véritablement des mensonges? Cette vallée croyante ne les avait-elle pas transformés depuis longtemps en vérités? Il l’aurait mendiée cette foi qui, seule, donne le bonheur au dernier des vagabonds !

Il se jeta sur son lit, enfouit sa tête dans les oreillers et rassembla ses idées. |

Pietro était le prophète, le Jan Bockelson des montagnes, le roi de la nouvelle Sion du Val di Scodra. Térésa devenait une Sainte, à la fois Di Vara et Rose de Lima. Des miracles éclosaient de toutes parts; d'étranges événements révolutionnaient cette vallée perdue et Ia folie du Sabbat s’emparaîït d'elle. Le monde entier était convié à ce spectacle et lui, Frank Braun, caché dans

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