LES METIERS AUTOMATIQUES
textiles, ces métiers, au cours du xix* siècle, chassent peu à peu des fabriques les anciens métiers à bras. Le travail de l'ouvrier, ou plutôt de l'ouvrière, se réduit de plus en plus à la surveillance de la machine et au rattachage des fils qui cassent. Sauf pour le metteur en carte (i). que devient l'apprentissage du tisseur, jadis si délicat et parfois si difficile ?
Le voici réduit à sa plus simple expression avec le merveilleux métier à tisser les toiles de coton, de chanvre et de lin, récemment inventé par l'Américain Northrop, exposé en 1900, et, depuis, introduit dans quelques usines françaises du Nord, de l'Est et de la Normandie. La navette de ce métier se charge automatiquement quand sa canette est épuisée ou quand son fil, le fil de trame, se casse. Dans ces deux cas, une nouvelle canette, chargée de trame, et placée dans un barillet voisin, est chassée par un « revolver » sur l'ancienne canette qu'elle remplace. L'enfilage du nouveau fil dans l'œil de la navette se fait tout seul, et le tissage continue
(i) La mise en carte, opération fondamentale dans l'important tissage des façonnés, est la reproduction d'un dessin (de tissu à fabriquer) sur une « carte » quadrillée où chaque ligne de petits carrés représente un fil de la chaîne (en long) ou un fil de la trame (en travers). La carte passe alors aux mains du liseur chargé de préparer les cartons à trous qu'utilisent les métiers pourvus de la mécanique Jacquard. L'apprentissage du dessinateur, du metteur en carte et du liseur ne saurait être supprimé par la machine.
sans intervention de l'ouvrier. Celui-ci n'a guère qu'à surveiller les fils de la chaîne. Il peut s'en aller, le métier Northrop travaille en son absence. Un fil de la chaîne se casse-t-il ? Instantanément le Northrop s'arrête et attend que l'ouvrier — l'ouvrier ? le surveillant, plutôt ! — le remette en marche après avoir rattaché le fil de chaîne.
Un seul ouvrier conduit à lui seul dix Northrop dans une usine de Malaunay (Seine-Inférieure). Il peut en conduire douze, quinze, dix-huit et même vingt. Avec seize métiers, il peut tisser six cents mètres de calicot par jour, c'est-à-dire cent fois plus que le plus habile tisseur à bras. C'est, dans l'industrie contemporaine, l'un des plus curieux triomphes de l'automatisme.
Le travail mécanique
Ce ne sont pas seulement les tissus qui se font à la machine, c'est la lingerie et le vêtement.
Ici règne la machine à coudre, inventée vers 1830 par l'ouvrier tailleur Thimonnier, né pauvre et mort pauvre. Aujourd'hui, on coud à la vapeur, à l'électricité, avec une vitesse qui peut atteindre 3.500 tours à la minute. Les machines Saurer, exposées en 1900, étaient munies d'un appareil mécanique à enfiler les aiguilles. Il y a des types spéciaux de machines pour coudre les chaussures