NOUVEAUTES DU TRAVAIL MODERNE
L'ouvrier n'est pas l'esclave de la machine, c'est la machine qui est l'esclave de l'ouvrier.
Loin d'être diminué, comme le prétendait Sismondi, le travailleur est grandi par les noirs géants qu'il subjugue. Il fait un geste, apptiie sur une manette, tourne une manivelle, et les Titans modernes lui obéissent docilement.
L'ouvrier les aime, ces bons et beaux serviteurs de fer qui rendent sa tâche moins fatigante. Mais il leur reproche de lui prendre parfois son pain en le chassant de l'usine au moment oti ils y entrent. Ignorant, il voudrait les briser. Conscient, il leur pardonne les misères présentes en songeant qu'ils éteindront peut-être les misères futures. Les ouvriers qui savent l'histoire et qui pensent, disent :
C'est grâce aux esclaves, aux machines de chair et d'os, qui peinaient, produisant pour le petit peuple hellénique, que celui-ci a pu connaître la liberté et jouir de l'existence sous toutes ses formes.
Eh bien ! ces esclaves émancipateurs, nous les avons, et plus nombreux, à notre service. Ils sont de fer et d'acier. Ce sont les machines, ce sont les chevauxvapeur. Le voici, le Messie ! Le Rédempteur, le voilà ! Ce sont ces travailleurs, de création humaine, qui permettent et commandent à notre humanité réconciliée, devenue une grande famille, d'en finir avec la dernière forme de l'esclavage, le salariat (i)...
(i) Jnles GtTESDE, Conférence à la Société d'études économiques et politiques de Bruxelles (1894).
fjÔ LA RÉVOLUTION INDUSTRIELLE
Il ne s'agit donc plus d'apprendre le travail à la main — celui d'autrefois — mais le travail à la machine, celui d'aujourd'hui et de demain,
La machine a accentué la division du travail déjà commencée dans le travail à la main sous la nécessité de produire vite.
Le même ouvrier ne fait entièrement aujourd'hui ni une serrure, ni une clé, ni une montre, ni un soulier, ni un chapeau, ni une épingle, etc.
Il ne faut pas moins de dix-huit opérations pour fabriquer une épingle, soixante pour une bottine de femme, soixante-dix pour une carte à jouer, trois cent cinquante pour une montre de la Elgin national zvatch Company. Jean-Baptiste Say, qui rapportait l'exemple des cartes, avait vu une fabrique oi^i trente ouvriers faisaient 15.500 cartes par jour. Si chaque ouvrier avait dû faire lui-même les soixantedix opérations, il n'aurait peut-être pas terminé deux cartes par jour. 60 d'une façon, 15.000 de l'autre : la différence explique pourquoi la division du travail est, dans l'industrie, d'une « nécessité » élémentaire.
La puissance de la vapeur a permis, dans les vastes usines appropriées, les travaux gigantesques jusqu'alors impossibles : énormes machines-outils, canons destructeurs, plaques de blindage, cuirassés et paquebots géants, — forteresses et villes flot-