‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 22 sur 69 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

La législation de l'apprentissage

« Prenez les enfants ! » — avait dit \Mlliam Pitt aux industriels d'Angleterre qui se plaignaient des lourdes taxes. Et les Anglais avaient pris les enfants. Et, dès le début de la révolution économique du XIX* siècle, les Français, et les Américains, et tous les peuples industriels prirent les enfants. Les usines devinrent bientôt des « geôles de jeunesse captive ».

L'industrialisation des enfants est une conséquence du machinisme. Ce qui n'eût pas été possible au temps du travail à la main, devenait possible avec la machine qui simplifiait le travail et pouvait se contenter de jeunes auxiliaires.

L'industrialisation des enfants est aussi une conséquence de l'effroyable concurrence nationale et internationale déchaînée dans le monde industriel par les grandes sociétés capitalistes. Pour lutter entre elles, pour produire à plus bas prix, les usines ont fait des économies, cherché la maind'œuvre à bon marché et, par suite, pris la femme et l'enfant. De même, pour lutter contre la grande industrie qui sans cesse croissante les menaçait de

6o LA LÉGISLATION DE l'aPPRENTISSAGE

la ruine, les petits industriels, poussés par la loi de fer de la concurrence, ont, eux aussi, pris la femme et l'enfant pour les mal payer (i).

Et voilà pourquoi, « lorsque le capital s'empara de la machine, son cri fut : Du travail de femmes, du travail d'enfants ! Ce moyen puissant de diminuer les labeurs de l'homme se changea aussitôt en moyen d'augmenter le nombre des salariés ; il courba tous les membres de la famille, sans distinction d'âge ni de sexe, sous le bâton du capital (2). »

« Psychoses d'épuisement »

En Angleterre, les industriels avaient tellement suivi le conseil de Pitt qu'un bill (projet de loi) fut voté dès 1802 pour protéger l'enfance. Bill timide qui se contentait d'interdire le travail de nuit des enfants et « réduisait » leur journée à douze heures. En 18 19, nouveau bill, celui de 1802 restant inappliqué. Le travail des enfants demeure fixé à douze heures — douze heures pour des enfants de neuf à seize ans ! « Ce redoutable minimum, dit le baron Dupin, aurait dû satisfaire l'avidité des

(i) Un exemple parmi des centaines de mille : il n'y a pas dix ans, on donnait 2 sous par jour aux enfants employés, pendant les vacances, dans certaines papeteries du Dauphiné,

(2) Karl Marx, Le Capital, chap. xv.

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