PSYCHOSES D EPUISEMENT
maîtres les plus exigeants ; il n'en fut rien. » On légiféra de nouveau sur la matière en 1825, en 1833, etc. La bourgeoisie anglaise continuait à se livrer à une cruelle exploitation de l'enfance ouvrière.
Voici comment le ministre du comnrerce légitimait cette même exploitation en France (séance de la Chambre du 12 janvier 1841) :
« Il faut surtout ne pas perdr.e de vue que l'admission des enfants dans les fabriques dès l'âge de huit ans est, pour les parents, un moyen de surveillance, pour les enfants un commencement d'apprentissage, pour la famille une ressource... L'habitude de l'ordre, de la discipline et du travail doit s'acquérir de bonne heure, et la plupart des mains-d'œuvre industrielles exigent une dextérité, une prestesse qui ne s'obtiennent que par une pratique assez longue et qui ne peut être commencée trop tôt... »
Mais, comme la loi ne fixait pas d'âge minimum pour l'entrée dans les usines, c'est avant huit ans qu'on y enfermait les enfants. En 1837, le ministre du commerce signalait des enfants de six ans dans les manufactures ; dans l'Aisne, l'Ain, la Marne, les \'osges et quelques autres départements, on les prenait à sept ans. Vers 1840, il y avait même, à Saintei\Iarie-aux-]\Iines, de pauvres petits dévideurs de cinq et six ans qui travaillaient quatorze heures par jour et tombaient épuisés sur le métier (i).
(i) Levasseur, Histoire des classes ouvrières et de l'industrie en France de 178c à 1870, t. II, 125.
62 LA LÉGISLATION DE l' APPRENTISSAGE
Un écrivain vigoureux, M. Henri Dagan, a dit que les conséquences d'une pareille exploitation sont « plus graves que celles du vol et de l'assassinat » (i). La froide violence de l'expression n'étonne point quand on se place en face des conséquences révélées par les tables de mortalité et les statistiques de recrutement : à Mulhouse, la vie moyenne de l'ouvrier de fabrique n'était alors que de vingt-cinq ans, tandis qu'elle était de trente-six pour le reste de la population ; dans les centres industriels de Normandie, pour cent conscrits « bons pour le service », il y en avait cent soixantesix impropres audit service. Il est vrai qu'à la même époque, à Manchester, si l'on en croit Je baron Dupin, la moitié des individus qui mouraient n'avaient pas dix ans.
Ainsi, l'industrie se faisait la grande pourvoyeuse de la mort. La science explique ce triste fait. En 1897, au Congrès international de la Protection ouvrière, tenu à Zurich, un hygiéniste disait:
« Entre toutes les causes qui exercent un effet délétère sur l'organisme de l'enfant ou de l'adolescent, la plus importante est l'excès du travail. Tout corps qui travaille a besoin de repos pour pouvoir éliminer du sang les déchets toxiques produits par les contractions musculaires et les autres faits physiologiques, et pour remplacer les matériaux consommés. Lui refuse-t-on le
(i) H. Dagan, De la condition du peuple au xx" siècle, p. 244.