SAUVONS LES ENFANTS
teurs mécaniques. Elle ne se trouvait applicable qu'à 70.000 enfants.
D'autre part, elle soulevait des difficultés techniques. La journée courante était de quatorze heures. Certains ouvriers, par exemple les tisseurs de coton de la région rouennaise, travaillaient bien seize et dix-sept heures par jour, mais c'était probablement une exception. Pour appliquer le demi-temps, il aurait donc fallu réduire à sept heures, et non à huit, la journée des enfants. Il aurait également fallu des écoles professionnelles pour recevoir les apprentis pendant le repos. Or, il y en avait un petit nombre, et la plupart de celles qui existaient (Arts et Métiers de Chalons, d'Angers, d'Aix; École spéciale des Maîtres mineurs d'Alais, École La ^lartinière de Lyon, École Colbert de Paris, etc.) n'étaient pas à la portée d'enfants trop souvent illettrés.
Il n'est donc pas étonnant de trouver, vingt ans plus tard, dans les Mémoires des Instituteurs de 1861, des témoignages d'une précision éloquente sur l'exploitation des enfants « industrialisés » dès l'âge de huit ans :
« Nous connaissons des pères de famille qui, pour le plus mince salaire, attachent leurs enfants à un métier dès lâge de g ans et les forcent à travailler plus de douze heures par jour soit en fabrique, soit à la main. » {Instituteurs de la Somme.)
« Il faut être placé comme nous près du foyer du
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mal pour juger de ses irrémédiables effets. A lo ans, quelquefois même à 9 ou à 8, de tout chétifs enfants nous sont enlevés pour aller se perdre corps et âme dans la poussière et le désordre des fabriques moyennant quelques sous par jour ! J'ai vu quinze petits garçons employés à une machine à dévider. Ils étaient assis sur des tabourets très élevés pour les empêcher de descendre et tenir leur attention plus éveillée. Chacun avait devant soi trois ou quatre bobines et en aspirait sans relâche les flocons. L'un d'eux, un peu moins jeune, tournait la roue et on voyait son pauvre corps se dévier et la sueur perler sur son visage à l'expression assombrie... » (Instituteurs du Nord.)
« Dans l'Aisne, il y a, dans les villages, des sucreries où de pauvres petits êtres de 7 à 8 ans, occupés pendant de longs jours à un travail abrutissant, s'étiolent dans un air lourd et sont exposés à la corruption la plus dépravée. » (Instituteurs de l'Aisne.)
« Dans l'Aube, on rencontre des enfants de 10 à 12 ans n'ayant de la vie que le souffle et tout contrefaits à la suite d'un travail pénible. » (Instituteurs de l'Aube.)
Or, il y avait environ 225.000 enfants dans l'industrie : 125.000 dans les petits ateliers et 100.000 dans les « usines à feu » (5.000 de huit à dix ans, 18.000 de dix à douze ans, 77.000 de douze à seize ans). (Enquête officielle de 1868).
Le péril était grave. Les enfants n'étaient pas « sauvés ». Mais l'Empire ne fît rien, pas même appliquer la loi de 185 1 sur l'apprentissage.