LOI DU 30 MARS
triple horaire soulevait parfois d'assez grandes difficultés techniques. Comment faire ? Appliquer la loi en réduisant à 10 heures la journée des hommes et des femmes ? Ou violer la loi, en allongeant jusqu'à 12 heures la journée des femmes et des enfants ?
Des patrons « coupèrent la poire en deux ». Diminuant d'une heure la journée des hommes, mais allongeant d'une heure celle des enfants, ils firent travailler 11 heures par jour. L'inspecteur du travail ferma les yeux.
Il les ouvrit pour voir circuler, dans les filatures et les tissages, les « équipes volantes ».* Grâce au système des « relais », ces équipes travaillaient le nombre d'heures légales, mais séjournaient, selon les rapports des inspecteurs, 13 ou 14 heures à l'usine. La loi était « tournée ». Il en fallait une autre.
Loi du 30 mars 1900
Ce fut la loi des 10 heures (30 mars 1900). Elle ramenait uniformément à 10 heures la journée des femmes, des enfants (jusqu'à 18 ans), et celles des hommes — ils étaient environ 100.000 — travaillant (( dans les mêmes locaux » que les enfants et les femmes.
La durée du travail devait être ramenée à
76 LA LÉGISLATION DE l'aPPRENTISSAGE
10 heures, par deux étapes, et dans un délai de 4 ans : 11 heures, de 1900 à 1902 ; 10 heures et demie, de 1902 à 1904; 10 heures, à partir du 30 mars 1904.
Cette loi a été mal accueillie du patronat. Pour faire onze, douze heures et même davantage, au moins en cas de presse, beaucoup d'industriels, notamment dans le bâtiment, la chaudronnerie, la fonderie, les aciéries, les constructions mécaniques, l'automobile, et surtout dans le meuble (i), ont renvoyé leur personnel de moins de 18 ans. « Te leur ferme impitoyablement l'entrée de l'usine, » dit un patron (2).
Tous les inspecteurs divisionnaires du Travail ont signalé ces renvois dans leurs rapports officiels :
« Les patrons qui ne jouissent d'aucune tolérance (charrons, menuisiers, charpentiers, serruriers, etc.) se refusent à prendre des enfants, à la seule fin de prolonger la durée du travail si les besoins industriels l'exigent.» {Inspecteur de Bordeaux, Rapport de 1903.)
« On peut évaluer à 1.950 ou 2.000 le nombre des enfants renvoyés depuis 1900. Les renvois effectués en 1904 n'ont pas eu l'importance de ceux des années pré-
Ci) « C'est surtout dans l'industrie du meuble que la diminution du nombre des enfants est sensible. » (Rapports sur l'application des lois réglementant le travail en IÇ03 ; Direction du Travail, 1904.)
(2) Économiste français, 24 mai 1902.