‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 31 sur 69 · LOI DU 30 MARS · texte numérisé non relu

LOI DU 30 MARS

cédentes, parce que, depuis le premier palier de la loi, les patrons s'abstiennent d'embaucher des ouvriers de moins de dix-huit ans. Ce fait a été constaté dans un grand nombre d'industries et principalement dans la construction mécanique, l'industrie du bâtiment et les petits ateliers de maréchaux, cordonniers, bourreliers, tailleurs, etc.. Cette situation continue à avoir les plus graves inconvénients pour l'apprentissage. » (Inspecteur de la division de Dijon, Rapport de 1905.)

Dès l'année 1900, le grand nombre des renvois faisait dire à un inspecteur : « Les patrons ne devraient cependant pas perdre de vue que le recrutement de leur personnel ouvrier ne saurait être assuré sans la collaboration de l'enfant aux travaux de l'usine. »

Les statistiques sont incertaines; mais il est sûr que, depuis 1900, des milliers et des milliers d'apprentis et de « petits ouvriers » ont été ainsi congédiés des usines.

« Nécessité est mère de l'industrie », dit un vieux proverbe. On a inventé de nouvelles machines pour remplacer les enfants : la loi de dix heures aurait donc provoqué des progrès dans l'outillage.

C'est ainsi qu'un inspecteur signale qu'une vaste usine de Montluçon n'emploie plus un seul enfant, après en avoir occupé 102 en 1899. Comment ? « Par une disposition spéciale des nouveaux laminoirs de tréfilerie. »

C'est aussi pour la suppression des enfants que la machine à souffler les bouteilles a pénétré dans

78 LA LÉGISLATION DE l'aPPRENTISSAGE

les verreries françaises depuis 1900. Avant la machine, avec le pénible soufflage à la bouche, un four de verrier ocupait 20 personnes, 4 par place (un cueilleur, un grand gamin, un souffleur, un porteur). La moitié de ce personnel n'avait pas 18 ans, et, par suite, tombait sous le coup de la loi. Aujourd'hui, on emploie 4 machines et 9 ouvriers majeurs. La production est beaucoup plus grande, le prix de revient sensiblement inférieur et les apprentis éliminés.

Campagne contre les lois ouvrières

En même temps commençait une véritable « campagne » contre la loi, sous prétexte qu'elle aggrave la « crise de l'apprentissage ».

En 1902, M. Charles Ferry, député de l'Est, écrivait au ministre du Commerce et de l'Industrie :

« Les industriels et les ateliers qui forment de jeunes apprentis les renvoient pour échapper à l'obligation de la réduction du travail à dix heures et demie. Ainsi l'apprentissage, cette condition absolue de l'éducation professionnelle des ouvriers, est compromis dans sa source même.

« C'est une singulière façon, en effet, de favoriser la formation des apprentis que de tenir à un patron le langage suivant : Tu as cent ouvriers ; ils travaillent onze heures ; si tu laisses un apprenti entrer dans l'atelier,

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