‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 35 sur 69 · LES TROIS FORMULES DE LA CRISE · texte numérisé non relu

LES TROIS FORMULES DE LA CRISE

Tiaux déclarent le plus souvent que l'apprenti est d'ordinaire employé à des travaux utiles. Cependant le cinquième des Chambres de commerce et 36 p. 100 des Syndicats patronaux sont d'un avis contraire.

Quant aux Syndicats ouvriers et aux associations ouvrières de production, près des 3/4 affirment que l'enfant est souvent employé à des besognes inutiles à son instruction (i).

L'enfant est employé à des besognes inutiles à l'apprentissage chez les boulangers, mouleurs, serruriers, mécaniciens, ajusteurs, tourneurs, électriciens, robinetiers, menuisiers, etc.

On ne trouve plus de bons ouvriers, dit-on ; en d'autres termes, il y a décadence professionnelle.

Ici le Rapport officiel sur l'apprentissage est particulièrement affirmatif :

Un fait domine cette enquête et en constitue le résultat le plus important : Il y a décroissance de l'instruction professionnelle des ouvriers français. Cette constatation pénible [que le rapporteur lui-même a soulignée] est définitivement acquise au débat, car elle est faite par les deux tiers des institutions économiques ou professionnelles qui ont répondu et l'on sait que ces institutions sont entre elles très différentes, pour ne pas dire très opposées.

Les réponses au questionnaire signalent — mais avec des contradictions, des « oui » et des « non »

(i) Rapport Briat, p. 196.

— la décadence professionnelle ou le déclin de l'industrie chez les boulangers, cordonniers, mégissiers, menuisiers (syndicat patronal de Paris), ébénistes, monteurs en chaussures, tailleurs d'habits (d'après les syndicats ouvriers), chapeliers (syndicat patronal de Paris, Chambre de commerce de Saint-Étienne), ourdisseuses, dévideuses, coupeurschemisiers, lithographes (i), métallurgistes (en général), maréchaux- ferrants, couteliers (conseil de prud'hommes de Thiers), taillandiers (Chambre de commerce de Saint-Étienne), ouvriers en limes (syndicat patronal du Chambon-Feugerolles), serruriers, fondeurs (syndicat patronal de Paris, syndicat ouvrier du Havre, Familistère de Guise), mouleurs, constructeurs-mécaniciens, etc.

Causes de la décadence

Les dommages causés à l'industrie et aux travailleurs par la décadence de l'apprentissage sont si considérables, — dit le rapporteur de l'Enquête, — qu'ils « ne peuvent même pas se mesurer ». On peut du moins essayer de déterminer les causes de cette décadence.

Est-il nécessaire, pour cela, de remonter, comme

(i) V. le Rapport sur l'apprentissage dans l'imprimerie, Office du Travail, i vol. (1902), p. xciii et suiv.

on le fait quelquefois (i), jusqu'en 1791, à la dis- 'solution des corporations ? L'enquête de 1902 ne signale plus cette cause lointaine. Pourquoi l'aurait-elle signalée ? Sans doute, les corporations étaient les gardiennes de l'apprenti et de l'apprentissage. Mais s'imagine-t-on que si la Révolution n'avait pas aboli les jurandes, le chef-d'œuvre et la maîtrise, l'industrie en serait encore à l'apprentissage du temps jadis ?

1° Le machinisme. — En réalité, la première et la principale cause de la crise dont souffre l'apprentissage, c'est la machine à vapeur, mère du machinisme.

« Je ne sais si je m'abuse — écrivait Marat dans son Ami du Peuple, quelques jours après le décret du 17 mars 1791 qui supprimait les corporations. — ' mais je ne serais pas étonné que dans vingt ans on ne trouvât pas un seul ouvrier qui sût faire un chapeau ou une paire de souliers. » Aujourd'hui, il est vrai, peu de chapeliers savent faire un chapeau et peu de cordonniers une paire de souliers. Mais à qui la faute? Au législateur de la Constituante ou à l'inventeur de la chaudière tubulaire ?

A quoi bon faire un long apprentissage là oii

(i) V. par exemple le rapport de M. Charles Gide sur l'Économie sociale à l'Exposition de 1900, t. V de l'introduction générale.

nous avons vu la machine supprimer la fabrication à la main ? Apprentissage de quoi ? Quelques semaines, quelques jours, parfois même quelques heures suffisent à un simple manœuvre pour « apprendre » à conduire la machine.

Non seulement la machine a rendu l'ancien apprentissage inutile (i) dans des centaines de métiers, mais elle l'a rendu nuisible, notamment dans les industries de métaux. Comment, en effet, la main de l'ouvrier obtiendrait-elle la nécessaire et rigoureuse précision de l'alésage mécanique ? Comment travaillerait-elle au centième de millimètre ? Comment pourrait-elle fabriquer les séries interchangeables? faire les grosses pièces? aller aussi vite et produire autant que la machine ?

(i) Ceci est bien plus vrai encore au pays des machines, aux États-Unis, a Les machines automatiques et semi-automatiques dispensent de tout apprentissage et main-d'œuvre quelconques. C'est pour suppléer au manque de bras que les hauts-fourneaux de Pittsburg se chargent et que les coulées se font automatiquement, sans autre intervention que le contrôle général des appareils. On voit des usines en plein travail avec de ci, de là, un ouvrier surveillant une machine. Dans les manufactures de souliers de Salem, dans les blanchisseries de Chicago, dans les fabriques de machines à coudre, d'appareils photographiques de Rochester, etc., l'ouvrier est entraîné par les outils, dont le travail est réglé d'une façon automatique. Remplacer le travail humain, rare et cher, par le travail machinal, est l'axiome industriel des États-Unis. » (Omer Buyse, Méthodes américaines d'éducation générale et technique, 1908, p. 2j.)

« Pour quelles causes les industries ont-elles cessé de former des apprentis ? » demandait le questionnaire de l'Enquête. A chaque page, on lit cette réponse invariable : « Machinisme... machinisme... machinisme... »

2" La spécialisation. — Avec le machinisme est née la grande industrie moderne. La dure loi capitaliste de la concurrence a pesé sur les grandes usines. Pour triompher dans la lutte industrielle, il a fallu produire vite, beaucoup et à bon marché : les industriels ont profité de la division du travail pour spécialiser l'ouvrier, le petit ouvrier, et, par suite, l'apprenti lui-même. En répétant perpétuellement le même geste, le même travail, en dirigeant toujours la même machine, le travailleur a acquis, dans sa spécialité, une habileté, une vitesse et une puissance de production énormes. ^lais il a forcément perdu la pratique « du métier ».

Voici un exemple tout à fait remarquable, et d'autant plus intéressant qu'il s'agit de l'industrie mécanique, dont la plupart des autres industries sont tributaires. Un député très compétent, ancien chef d'atelier de l'école Diderot (industries des métaux), disait récemment à la tribune de la Chambre :

« Jadis... on pouvait trouver un mécanicien. Aujourd'hui il faudrait appeler de ce nom celui qui conduit une machine... Il y a quarante ou cinquante ans, on

trouvait encore des ouvriers capables d'exécuter un modèle, de forger les pièces. Cela paraîtrait énorme pour des ouvriers d'aujourd'hui. J'en ai connu cependant qui avaient assez de compétence pour prendre un dessin et livrer la machine en marche, après avoir fait toutes les opérations de forge, d'ajustage, de tour et de montage. Aujourd'hui on n'en trouverait plus, la concurrence ayant obligé les industriels à spécialiser les ouvriers.

a Ceux qui percent ne savent que percer, ceux qui forgent ne savent que forger, ceux qui mortaisent ne savent que mortaiser. Le forgeron est incapable de se servir d'une lime, l'ajusteur ne sait pas forger ses burins et ses bédanes : on les lui donne tout faits. Les trois quarts des prétendus ajusteurs-mécaniciens d'aujourd'hui ne savent pas faire un foret.

« Quant aux apprentis qui collaborent avec eux, ils sont destinés aussi à n'être que des spécialistes » (i).

Oui, les apprentis eux-mêmes sont spécialisés. Or, les spécialités sont plus faciles à apprendre que le métier complet. Elles sont même parfois si faciles, avec les machines, que les industriels, poussés par les nécessités de la concurrence, ne forment plus d'apprentis. Quand ils engagent des enfants 'de 13 à 18 ans, il les emploient comme « petits ouvriers » et leur donnent immédiatement un petit salaire pour un petit travail.

C'est ce petit travail, toujours répété, qui tue

(i) Discours de M. Dubois, député de Paris, Journal officiel, 3 juillet 1908, p. 1495.

l'apprentissage. Tel est le cas de ce garçonnet, employé pendant dix-huit mois à percer le même trou au bout de la même tige : l'enquête faite par le Conseil des prud'hommes révèle que le patron lui donne deux francs par semaine et refuse de continuer s'il est obligé d'apprendre le métier à ce faux apprenti. Tel est aussi le cas, parmi des milliers d'autres, de cet apprenti bijoutier, qui, pendant trois ans, ne fit que façonner des têtes de boutons (i).

L'Enquête de 1902 signale la disparition partielle de l'apprentissage, pour cause de spécialisation, de travail aux pièces chez les fondeurs, serruriers, quincailliers, horlogers, charpentiers, cordonniers, etc.

A propos des cordonniers, un ancien ministre du Commerce a pu dire, non sans raison, dans une conférence sur l'apprentissage, que parmi les 12.000 ouvriers en chaussures employés dans les usines de Fougères, il n'y en a peut-être pas un seul qui soit capable de faire à lui seul une paire de bottines (2). « Je ne fais que le talon Louis XV », disait déjà, en 1883, au cours d'une enquête, un ouvrier parisien.

(i) Georges Alfassa, La Crise de l'apprentissage, conférence faite au Musée social, 1905.

(2) Conférence de M. Dubief au Cons.er\-atoire des Artset-Métiers, 4 juin 1907.

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3° La misère des parents. — A ces deux causes économiques — machinisme et spécialisation — des causes sociales sont venues se joindre pour intensifier la crise.

La misère en est une. En effet, la misère des parents leur interdit de faire, pour leurs enfants, les frais d'un long apprentissage à l'école ou à l'atelier. Elle les oblige même à compter le plus tôt possible sur le petit salaire et les « pourboires » du petit manœuvre pour grossir un peu le pauvre budget familial. Les enfants eux-mêmes témoignent le désir d'être payés « comme des hommes ». « Désir d'un gain immédiat », répond l'Enquête à chaque page, « voilà une des causes de la disparition de l'apprentissage ». Même des familles qui pourraient attendre, sacrifient à ce gain immédiat l'avenir de leurs enfants.

4° L'intérêt des patrons. — De leur côté, beaucoup de patrons sacrifient l'avenir de leur industrie à leur intérêt du moment.

Les apprentis gâchent de la matière première, du bois, du fer, etc. Les patrons, pour éviter ces dépenses, ne forment plus d'apprentis. Ou bien, s'ils en forment, ils ne veulent pas mettre un tour de précision, une machine chère entre les mains de ces apprentis, qui peuvent l'abîmer, en tous cas ne lui font pas produire suffisamment. Et l'apprentissage ne se fait pas ou se fait mal.

C'est dans Tintérêt du patron qu'un jeune tourneur, par exemple, fait jusqu'à i8 ans des boulons, encore des boulons et toujours des boulons ! L'apprenti se transforme ainsi en ouvrier à bon marché, « qui gagne peut-être dix sous, mais rapporte peut-être quatre francs par jour au patron » (i).

C'est leur intérêt aussi — un intérêt souvent mal entendu — qui conduit les industriels à combattre les lois de protection ouvrière. On renvoie l'apprenti pour faire douze heures. Ou bien on ne le prend pas, car il est soumis à la loi de 1898 sur les accidents du travail, et le patron préfère s'assurer pour un ouvrier qui produit beaucoup que pour un apprenti qui produit peu.

D'un autre côté, pour que l'apprenti apprenne bien le métier, il faut que l'ouvrier « qualifié » le lui montre. L'ouvrier, ainsi, perd du temps. Or, il n'en faut pas perdre, il faut travailler vite, produire en grande quantité pour diminuer les frais généraux et le prix de revient. Le patron hésite alors à prendre des apprentis.

En prend-il ? D'abord il ne les nourrit plus, ne les loge plus, parce qu'il serait gêné et parce que « la vie » coûte trop cher. Ensuite, il se « rattrape » en les occupant à des besognes de manœu-

(i) Conseil supérieur du travail, session de 1902, compte rendu, p. 75.

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vre qui ne leur apprennent rien. L'apprenti, au moins la première année, balaye l'atelier, range les outils, dérouille des serrures, nettoie des bicyclettes, peint des grilles, porte de la ferraille, roule des charrettes, va porter le courrier, a faire les commissions », chercher du tabac... Ce n'est plus un « apprenti », c'est un « chasseur », c'est un domestique : il « fait les courses ». En route, notre gamin flâne, muse, cause, regarde les étalages, grossit les attroupements de badauds, s'intéresse au cheval tombé, aux batailles entre chiens et chats, apprend à ne rien faire. Selon VÉconomiste français, peu suspect d'hostilité à l'égard des patrons, l'apprenti devient un « instrument » entre les mains de l'industriel, qui « pense à s'enrichir » (i).

C'est ainsi, disait déjà M. Gréard en 1871, montrant l'enfant spécialisé, sacrifié par ses parents et par son patron :

C'est ainsi qu'après avoir été un instrument de domesticité, il devient, du consentement de tous, un instrument de produit.

Dès lors, on en épuise, comme d'un appareil mécanique, comme d'une machine-outil, l'utilité, l'activité, la force ; et sous le poids de ce labeur, aussi inintelligent qu'énervant, ses facultés physiques, intellectuelles et morales achèvent de s'épuiser...

(i) Économiste français, 5 avril 1902, article de M. Hubert Valleroux.

Et c'est à la suite de ces constatations que M. Gréard prononçait le mot déjà cité : « Ainsi conçu, l'apprentissage, cette pépinière de l'industrie, tue l'industrie. »

5° L'insuffisance de la loi. — Le machinisme, la spécialisation, l'incessante transformation de l'industrie, l'intérêt des parents et l'intérêt des patrons suffisent à expliquer les profondes modifications que l'apprentissage a subies, surtout depuis une quarantaine d'années. L'insuffisance de la loi de 185 1, fréquemment invoquée, n'est qu'une cause de décadence bien secondaire à côté des précédentes. L'apprentissage se serait transformé, la crise aurait éclaté, même avec une bonne loi.

Néanmoins, une loi eût été meilleure qui eût assuré l'exécution des contrats — écrits ou verbaux — par les apprentis qui ont quitté leurs patrons et par les patrons qui ont négligé ou renvoyé leurs apprentis. La crise n'eût pas été évitée, mais elle eût été sans doute moins intense. « Croit-on que l'instruction professionnelle serait, dans l'ensemble, aussi médiocre à cette heure, si la loi de 1851, après avoir exprimé ses bonnes intentions, s'était un peu préoccupée d'assurer leur réalisation effective ? A' cet égard, conclut le rapporteur de l'Enquête, la loi de 185 1 est nulle (i). »

(i) Rapport Briat, p. xix.

lOO LA « CRISE n DE L APPRENTISSAGE

6° Causes particulières. — Enfin, en dehors des causes générales de la décadence professionnelle ou de la disparition de l'apprentissage, il est des causes particulières à certaines industries.

C'est, par exemple, la longueur de la mortesaison dans les corporations du bâtiment ; — l'insuffisance des salaires dans des métiers spéciaux comme celui des fabricants d'étrillés ; — la crainte des petits patrons, dans des métiers également spéciaux comme celui de sertisseur, de se créer des concurrents en formant des apprentis ; — le travail aux pièces qui empêche l'ouvrier de s'occuper de l'apprenti (i) ; — le fait du métier trop pénible pour l'apprenti (cause signalée par les ouvriers et les patrons boulangers).

L'Enquête de 1902 invoque encore : la longue durée de quelques apprentissages ; — les sommes versées au patron comme prix de l'apprentissage

(i) « Il nous a été donné, à la Société de protection des apprentis, de connaître d'un cas particulièrement caractéristique et douloureux : un mécanicien de précision, qui avait chez lui depuis de très longues années un ouvrier, habile d'ailleurs, avait embauché le fils de celui-ci comme apprenti ; pensant qu'il ne pourrait jamais être mieux instruit que par son père, il l'avait placé à l'établi de celui-ci. Au bout d'un an, il fut obligé de retirer l'enfant et de le placer chez un confrère parce qu'il n'avait rien appris, son père, pour ne pas diminuer sa production, ne s'en étant pas occupé une seule fois. » (Georges Alfassa, La Crise de l'apprentissage, conférence.)

CAUSES DE LA DÉCADENCE lOI

(boucherie) ; — les lois scolaires ; — le désir de ne pas se lier par un contrat (i) ; — la réduction des commandes ; — la résolution des ouvriers, par exemple dans l'imprimerie, de ne rien apprendre aux apprentis, dans la crainte, souvent justifiée, de se voir remplacer par ces demi-ouvriers à bon marché.

On signale aussi la création des écoles professionnelles ; mais, au contraire, un Conseil de prud'hommes se plaint du trop petit nombre de ces écoles. Il est évident que l'apprentissage à l'école est « autant de pris » sur l'apprentissage à l'atelier.

Il est même arrivé — chose en apparence contradictoire — que le trop grand nombre d'apprentis a causé la crise de l'apprentissage. C'est le cas de l'imprimerie. Dans l'industrie du livre, la machine à composer (linotype ou monotype) a fait moins de mal à l'apprentissage — au moins jusqu'ici, car elle réserve peut-être des surprises — que l'abus, commis par les petits patrons sous l'empire de la con-

(i) « Depuis que l'usage a prévalu de ne plus exiger de prix d'apprentissage et de rémunérer les apprentis, l'apprentissage ne nécessite plus d'engagements spéciaux. Le patron, n'ayant plus d'intérêt immédiat, certain, à s'engager visà-vis des apprentis, préfère conserver sa liberté d'action. » Ceci, qui est dit à propos des industries du meuble (Office du travail, Rapport sur l'apprentissage dans l'ameublement, i vol., 1905), peut s'appliquer à la plupart des industries.

ciirrence (i), et qui consiste à prendre un grand nombre d'apprentis mal payés à côté d'un petit nombre d'ouvriers payés au tarif syndical. Le résultat, le voici : jusqu'au jour où, d'un commun accord entre patrons et ouvriers, on limite le nombre des apprentis, « l'industrie du livre devient, selon M. Keufer, ouvrier typographe, secrétaire de la Fédération du Livre, une profession de plus en plus éprouvée et misérable, où pullulent les apprentis, voués à une production à bon marché, mais d'une instruction technique à peu près nulle (2) ».

7° Cause générale : Le régime social. — En dernière analyse, la cause des causes, c'est le régime social.

Pourquoi le patron n'apprend-il plus ou apprendil mal le métier à l'apprenti ? Parce que ce n'est point son intérêt et parce que l'effroyable concurrence, qui écrase impitoyablement les vaincus, oblige les industriels à sacrifier tout sentiment d'humanité, toute idée généreuse et même toute grande vue d'avenir à la tyrannie du prix de revient.

Pourquoi l'apprentissage commence-t-il si tôt.

(i) Concurrence déchaînée en 1870 par la proclamation de la liberté de l'imprimerie et la suppression définitive du brevet d'imprimeur, qui datait de l'ancien régime et des corporations.

(2) Mouvement socialiste, 15 juin 1908, « Enquête ouvrière sur la crise de l'apprentissage ».

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