‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 37 sur 69 · CONSÉQUENCES DE LA CRISE · texte numérisé non relu

CONSÉQUENCES DE LA CRISE

eu pour conséquence une réduction des salaires ». Et ce n'est pas seulement le salaire des apprentismanœuvres qui est réduit, c'est aussi, par répercussion, celui des ouvriers qualifiés. Même constatation dans les industries de l'ameublement (Enquête officielle et rapport de 1905).

5° « Presque tous les avis formulés sur la question du chômage tendent à affirmer que le chômage est devenu plus intense dans les industries où l'on ne forme plus d'apprentis. » C'est tout naturel pour les industries qui s'en vont. Mais cela paraît contradictoire pour les autres. Néanmoins cela s'explique par la diminution des commandes due à Tinfériorité des produits et par l'embauchage de nombreux manœuvres ou demi-ouvriers. L'ouvrier habile et intelligent, qui travaille vite et bien, est demandé parce qu'il rapporte beaucoup. On a intérêt à le garder. On le garde même s'il est, contrairement aux idées de son employeur, syndicaliste ou socialiste (i).

6° « Parmi les Chambres de commerce, on si-

Ci) Une preuve récente : quand, à la suite des tragiques événements de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges, le syndicat des électriciens décida de protester en provoquant, à Paris, une éclipse partielle de lumière électrique, voici ce que le directeur d'un secteur répondit au ministre qui l'engageait à licencier son personnel : « Notre personnel a obéi à un mot d'ordre, c'est vrai. Et nous le regrettons. Mais nous devons à la vérité de dire qu'au point de vue technique, il est de premier ordre et ne pourrait être facilement remplacé au pied levé. » {Le Temps, 8 août 1908.)

I06 LA « CRISE » DE l'aPPRENTISSAGE

gnale la décadence de la petite industrie, la grande se contentant de manœuvres intelligents. »

7° « Une coopérative de production signale l'affaiblissement physique des ouvriers ; une autre la diminution de la population rurale », etc.

La crise de l'apprentissage atteint donc à la fois : l'industrie, qui périclite sur quelques points, (i) — les petits industriels, que la ruine élimine de plus en plus du champ de bataille économique, — et les ouvriers, qui deviennent un peu plus les jouets du capitalisme industriel.

En somme, tendant à l'élimination de la petite industrie au profit de la grande et à la paupérisation, à l'assujettissement des travailleurs, la crise de l'apprentissage semble favoriser le vaste mouvement de « concentration industrielle et capitaliste » signalé par Karl Marx comme l'un des phénomènes économiques les plus considérables du dernier siècle.

(i) Il est remarquable que le rapporteur de la loi de 1851 sur l'apprentissage signalait déjà la décadence de certaines industries : « L'apprentissage a donné lieu à des abus dont les jeunes apprentis ont été les premières victimes, dont toute la classe ouvrière a souffert, et qui ne sont complètement étrangers ni aux désordres de ce temps, ni à la décadence de certaines branches d'industrie. » (Assemblée législative, séance du 25 décembre 1850.)

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