‹ L'apprentissage - hier, aujourd'hui, demain. --Chapitre 38 sur 69 · EN QUOI L ON EXAGERE IO · texte numérisé non relu

EN QUOI L ON EXAGERE IO

En quoi Ton exagère

Mais la crise est-elle à ce point désastreuse pour l'industrie, l'ouvrier et même le consommateur ?

Prenons garde. N'oublions pas que d'aucuns ont intérêt à agiter contre les lois ouvrières le spectre de la décadence. A force d'entendre répéter partout que l'apprentissage subit une crise mortelle, on finit par le croire. Fermons les oreilles aux cris des alarmistes et regardons les choses d'un peu près. Que voyons-nous ?

Nous voyons qu'il y a encore en France de bons ouvriers et de bonnes industries, de l'apprentissage et des apprentis. Nous voyons de tous côtés s'élever des écoles d'industrie. En, réalité, la crise n'est pas aussi grave que voudraient le faire croire les adversaires des lois ouvrières.

Il y a encore de bons ouvriers.

Si les produits de l'industrie n'ont pas toujours toutes les qualités désirables, est-ce une raison pour en accuser les ouvriers ? Qu'on leur donne du temps et de la matière première de bonne qualité, et les produits seront bons. Mais ils doivent travailler vite, vite, encore plus vite, faire de la quantité et non de la qualité. Ce ne sont même pas les patrons, considérés individuellement, qui sont responsables. C'est la concurrence, l'impitoyable concur-

I08 LA « CRISE » DE l'aPPRENTISSAGE

rence qui renverse tous les faibles sur son passage en rafale. Et la concurrence, c'est-à-dire la guerre économique, est la loi du régime capitaliste qui donne au patron, au travail, à la morale, à toute la société, ce but unique : gagner de l'argent !

Qui « fraude », même aux dépens de la santé publique, le vin, le pain, la farine, les produits alimentaires et mille autres aussi nécessaires ? L'ouvrier ou le patron ? — C'est la concurrence qui « sabote » l'industrie. Pour « gagner de l'argent », les capitalistes ont transformé le siècle de la vapeur en « siècle de la camelote » (i).

D'autre part, on confond fréquemment « décadence professionnelle » avec « transformation du travail et de l'apprentissage ». C'est la confusion que commet un ancien ministre de l'industrie quand il regrette « que les ouvriers ne sachent plus aujourd'hui confectionner un objet en entier », Mais, sauf dans la toute petite industrie, cela n'est ni possible, ni nécessaire, ni désirable. Ce qu'exige l'industrie d'aujourd'hui, ce sont des spécialistes. Vouloir ramener l'ouvrier à Va objet entier », c'est supprimer la vapeur, la machine-outil et la division du travail, c'est biffer la révolution industrielle, c'est revenir au régime des corporations, au temps du travail à la main.

Consultons d'ailleurs l'Enquête officielle de 1902.

(i) Le mot est de M, Paul Laf argue.

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